lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2210321 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CHAUVIN-HAMEAU-MADEIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Chauvin-Hameau-Madeira, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 août 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne d'accueillir sa demande de regroupement familial ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen complet ;
- elle est entachée d'une erreur de droit quant au caractère postérieur au mariage de la résidence régulière en France de son épouse ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tenant à la méconnaissance de l'étendue de son pouvoir d'appréciation par l'autorité préfectorale s'estimant en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 434-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 28 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 11 avril 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rehman-Fawcett,
- et les observations de Me Doudard, substituant Me Chauvin-Hameau-Madeira, représentant M. B,
- la préfète du Val-de-Marne n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 23 août 1990 à Sousse (Tunisie) est titulaire d'un titre de séjour valable du 6 septembre 2019 au 5 septembre 2023. Le 8 août 2019, il a contracté mariage avec une ressortissante tunisienne. Son épouse est entrée sur le territoire français en septembre 2020 sous couvert d'un visa étudiant. Le 19 mai 2021, M. B a sollicité le regroupement familial au bénéfice de cette dernière. Par un arrêté du 4 août 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle mentionne notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 434-1 et suivants, R. 434-1 et suivants sur lesquelles elle se fonde. En particulier, pour refuser de délivrer à l'intéressé un titre de séjour, la préfète s'est fondée sur la date de mariage du requérant antérieure à la date de début de validité du visa long séjour valant titre de séjour de son épouse. Ainsi, alors que l'autorité administrative n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation du requérant et que la motivation de la décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, la décision contestée est motivée en droit et en fait. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'ait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.
5. D'une part, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 434-6 de ce code : " Peut être exclu du regroupement familial : / () ; / 3° Un membre de la famille résidant en France ". Aux termes de l'article R. 434-6 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 434-7, le bénéfice du regroupement familial peut être accordé au conjoint et, le cas échéant, aux enfants de moins de dix-huit ans de l'étranger, qui résident en France, sans recours à la procédure d'introduction. / Pour l'application du premier alinéa est entendu comme conjoint l'étranger résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'au moins un an ou d'une carte de séjour pluriannuelle qui contracte mariage avec le demandeur résidant régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 434-1 et R. 434-2 ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il résulte de ces dispositions et stipulations que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas de présence sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose, toutefois, d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il ressort des termes de la décision du 4 août 2022, que, pour rejeter la demande de regroupement familial de M. B, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur la présence en France de la conjointe de l'intéressée et sur la circonstance que la carte de séjour dont disposait celle-ci n'ouvrait pas droit au regroupement familial.
9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. B, Mme C, est entrée sur le territoire français en septembre 2020, sous couvert d'un visa étudiant. Aux termes de l'article L. 434-6 précité, le préfet peut exclure du regroupement familial, un membre de la famille résidant en France. Dans ces conditions, Mme C ne remplissait pas les conditions pour pouvoir prétendre au bénéfice de l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, que pour refuser de faire droit à la demande de M. B de regroupement familial au bénéfice de son épouse, la préfète du Val-de-Marne se soit fondée exclusivement sur la circonstance que son épouse réside en France, la préfète ayant pris en considération l'antériorité de son mariage ainsi que la possibilité pour son épouse de solliciter le renouvellement de son titre de séjour sous son statut actuel ou un autre statut. Par suite, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que la préfète n'ait pas procédé à l'examen de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment des incidences de son refus sur la situation de l'intéressé. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne s'est à tort estimée liée par la seule circonstance que son épouse résidait en France.
11. En quatrième lieu, si M. B fait valoir qu'il a contracté mariage avec une compatriote le 8 août 2019 en Tunisie et que cette dernière est entrée sur le territoire français en septembre 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée le 4 août 2022, leur vie de couple était récente. Il ne ressort pas, par ailleurs, des pièces du dossier qu'il existait des obstacles réels et sérieux à une séparation momentanée le temps qu'une procédure de regroupement familiale puisse aboutir, alors que l'intéressée a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-sept ans et qu'elle n'établit pas, ni même n'allègue, qu'elle y serait isolée. Si le requérant se prévaut de la naissance d'un enfant le 18 avril 2022, rien ne s'oppose toutefois à ce que leur cellule familiale soit reconstituée dans leur pays d'origine. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux objectifs poursuivis par la décision en litige et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni méconnu les dispositions de l'article L. 434-2 précitées. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante ni d'une méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Dewailly, président,
Mme Iffli, conseillère,
M. Rehman-Fawcett, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le rapporteur,
C. Rehman-Fawcett
Le président,
S. Dewailly La greffière,
L. Sueur
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026