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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2210331

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2210331

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2210331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 mars 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a confirmé en totalité l'indu de prime d'activité d'un montant de 4 373,34 euros mis à sa charge pour la période d'août 2019 à janvier 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 12 juillet 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a refusé de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de prime d'activité d'un montant de 4 373,34 euros en tant qu'elle ne lui accorde qu'une remise partielle de 2 141,63 euros ;

3°) de le décharger du paiement de la somme de 4 373,34 euros ;

4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne une somme de 2 000 euros à verser à Me Desfarges, son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Desfarges renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

- sa requête est recevable ;

- il a été privé d'une garantie dès lors que la décision attaquée, prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, ne comporte aucune des informations prévues par l'article R. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'est produit aucun décompte de la créance de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne ni à l'appui de la notification initiale de l'indu de prime d'activité ni de la décision de la commission des recours amiables ;

- la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a pratiqué des retenues mensuelles sur ses prestations familiales alors même que l'indu était contesté ;

- il n'est pas à l'origine d'erreurs dans ses déclarations ; son épouse n'est pas en cessation d'activité ; son statut doit être identique à celui de sa femme c'est-à-dire travailleur indépendant ;

- il peut bénéficier de l'application du droit à l'erreur ;

- il est de bonne foi et peut prétendre à une remise totale de sa dette.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2024, la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Avirvarei, conseillère.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est allocataire de la prime d'activité. Le 17 mai 2021, la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne l'a informé qu'il avait un indu de prime d'activité pour un montant de 4 373,34 euros. A la suite du recours préalable obligatoire introduit par M. A le 19 septembre 2021, l'indu a été confirmé par la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne après avis de la commission de recours amiable. Par une décision du 12 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales lui a accordé une remise partielle de 2 141,63 euros de sa dette de prime d'activité d'un montant globale de 4 373,34 euros. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 21 mars 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a confirmé en totalité l'indu de prime d'activité mis à sa charge et la décision du 12 juillet 2022 en tant qu'elle ne lui accorde pas une remise totale de sa dette.

Sur l'indu de prime d'activité :

2. En premier lieu, il résulte des termes mêmes du premier alinéa de l'article

L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration que cet alinéa ne s'applique que lorsqu'un traitement algorithmique a fondé, en tout ou partie, une décision individuelle. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'indu trouve son origine dans la constatation par la caisse d'allocations familiales que les ressources du requérant devaient être considérées comme des " revenus professionnels non salarié " et non comme des " salaires " et que les ressources de son épouse devaient être considérées comme relevant des " autres revenus imposables " au lieu des " revenus professionnels non salarié ", celle-ci n'exerçant pas d'activité professionnelle. Cette constatation résulte des déclarations fiscales faites par le requérant et les statuts de sa société. Ainsi, la décision notifiant l'indu en litige ne résulte pas elle-même d'un traitement algorithmique de données. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articules L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui par ailleurs prévoient leur communication à tout intéressé qui en ferait la demande, ne peut, à tous égards, qu'être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de la prime d'activité est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application des dispositions précitées de l'article

L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision, la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

5. Par suite, la décision de récupération de l'indu de prime d'activité n'avait pas à établir les bases de liquidation de l'indu qui est réclamé à M. A. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que le décompte de la créance a été communiqué à M. A lors de la notification de la décision prise sur son recours préalable obligatoire par la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales. Le moyen tiré de l'absence de production du décompte de la créance ne peut donc qu'être écarté.

6. En troisième lieu, et à supposer même que des retenues aient été effectuées par la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne alors que le caractère de l'indu a été contesté, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°() ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; / 3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; / 4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; / 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ". L'article R. 844-1 du même code prévoit que : " Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 1° de l'article L. 842-4 : / 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée () ".

8. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit précédemment, que l'indu trouve son origine dans la constatation par la caisse d'allocations familiales que les ressources du requérant devaient être considérées comme des " revenus professionnels non salarié " et non pas comme des " salaires " et que les ressources de son épouse devaient être considérées comme relevant des " autres revenus imposables " au lieu des " revenus professionnels non salarié ", celle-ci n'exerçant pas d'activité professionnelle. D'une part, M. A soutient que son épouse n'est pas en cessation d'activité. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne ait considéré que l'épouse de M. A était en cessation d'activité, mais seulement qu'elle était associée minoritaire sans activité, dès lors qu'elle n'exerçait pas d'activité professionnelle. D'autre part, si M. A soutient que son statut doit être identique à celui de son épouse, il n'apporte aucun élément au soutien de cette allégation, alors qu'il résulte de l'instruction, et notamment de l'avis de la commission de recours amiable, qu'il est gérant et associé minoritaire de la société familiale et que son épouse y est associée minoritaire sans activité. C'est ainsi à bon droit que la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a procédé à ces modifications pour calculer les droits de M. A à la prime d'activité.

9. En cinquième et dernier lieu, M. A se prévaut de son " droit à l'erreur ". Toutefois, la décision attaquée a pour seul objet de récupérer les prestations de prime d'activité versées à l'allocataire. Si le requérant entend ainsi se prévaloir des dispositions de l'article

L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, cette décision d'indu ne constitue ainsi ni une sanction pécuniaire, ni une sanction consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due. Par suite, M. A ne saurait utilement se prévaloir du " droit à l'erreur " institué par ces dispositions pour contester le bien-fondé de l'indu de prime d'activité mis à sa charge.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 mars 2022 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a confirmé en totalité l'indu de prime d'activité d'un montant de 4 373,34 euros mis à sa charge pour la période d'août 2019 à janvier 2021.

Sur la remise gracieuse :

11. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service (). La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

12. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse totale ou partielle en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une ou l'autre parties à la date de sa propre décision.

13. D'une part, il résulte de ce qui précède que les moyens relatifs aux vices de procédure, à l'absence de décompte, à la pratique des retenues et à l'application du droit à l'erreur sont inopérants. Sont également inopérants les moyens contestant la légalité de la décision ordonnant la récupération de l'indu.

14. D'autre part, en se bornant à soutenir qu'il est dans une situation particulièrement précaire, M. A n'établit pas qu'il se trouverait dans une situation de précarité telle qu'il lui serait impossible de rembourser l'indu litigieux ramené à 2 141,62 euros à la suite de la remise partielle qui lui a été accordée, au besoin en se rapprochant des services compétents afin de définir les modalités de remboursement les mieux adaptées à ses capacités financières. Sur ce point, il résulte de l'instruction et notamment des relevés bancaires produits que le compte courant de M. A présentait un solde créditeur au 2 mai 2023 de 12 274,04 euros. Par suite, et alors même qu'il serait de bonne foi, le requérant n'est pas fondé à demander la remise totale de l'indu de prime d'activité qui a été émis à sa charge.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne et au ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Andreea Avirvarei, conseillère,

Mme Lina Bousnane, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

A. Avirvarei

Le président,

X. PottierLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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