vendredi 24 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2210500 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | FERRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 octobre 2022, 29 mars 2023, 12 juin 2023, 13 juillet 2023, 28 août 2023 et 18 avril 2024, la SCCV le Domaine Clémenceau, représentée par Me Ferrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2022 par lequel le maire de Meaux lui a refusé le permis de construire qu'elle a sollicité pour la reconstruction d'un bâtiment avec locaux d'activités en rez-de-chaussée et logements en étage, la construction de quatre bâtiments permettant la réalisation totale de 62 logements, la construction d'un local vélos et d'un local ordures ménagères, ainsi que la réalisation de 100 places de stationnement, sur les parcelles cadastrées section BV n°17, 439, 443, 444, 445 et 446, situées 9-11 avenue Clémenceau à Meaux ;
2°) d'enjoindre au maire de Meaux de lui délivrer l'arrêté de permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui enjoindre de procéder à une nouvelle instruction de cette demande dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Meaux une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie de la qualité pour agir de son représentant ;
- elle a intérêt à agir à l'encontre de cet arrêté dès lors qu'elle est la pétitionnaire ;
- l'arrêté de refus de permis de construire contesté est entaché de l'incompétence de son signataire ;
- il est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;
- il est entaché d'erreur de droit dès lors que la commune de Meaux n'avait pas à fonder son refus de permis de construire sur les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme mais sur les dispositions du plan local d'urbanisme ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il méconnaît les dispositions des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et celles des articles UB 11 et UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qui concerne l'insertion du projet dans son environnement ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que la commune ne pouvait opposer le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie pour refuser le permis de construire sollicité ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que la commune aurait dû délivrer le permis de construire sollicité en l'assortissant de prescriptions pour remédier à la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- le motif dont la substitution est sollicitée tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ne peut légalement fonder l'arrêté attaqué dès lors, d'une part, que la commune de Meaux ne l'a pas invitée à compléter son dossier de demande de permis de construire sur ce point et, d'autre part, que les documents graphiques d'insertion produits suffisent à satisfaire aux exigences de cet article ;
- le motif dont la substitution est sollicitée tiré de ce que la description du projet dans le dossier de demande de permis serait entachée de contradictions en ce qui concerne l'implantation des bâtiments B, C, D et E ne peut légalement fonder l'arrêté attaqué dès lors qu'aucune contradiction ne ressort des pièces du dossier ;
- le motif dont la substitution est sollicitée tiré de ce que l'implantation du bâtiment E vis-à-vis de celle du bâtiment D méconnaît les articles UB 8 et UC 8 du règlement du plan local d'urbanisme ne peut légalement fonder l'arrêté attaqué dès lors que, d'une part, les bâtiments E et D ne sont pas " en regard " dès lors qu'ils ne sont pas en vis-à-vis et ne se font pas face et que, d'autre part, les dispositions précitées ne déterminent pas, lorsque les hauteurs des façades de chaque bâtiment ne sont pas identiques, laquelle des deux hauteurs doit être prise en compte ;
- le motif dont la substitution est sollicitée tiré ce que le projet méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne applicables en zone bleu foncé et en zone bleu clair en ce qui concerne le coefficient d'occupation du sol du bâtiment E ne peut légalement fonder l'arrêté attaqué dès lors que les calculs de surface de plancher du bâtiment E de la commune de Meaux sont erronés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 février, 26 mai, 5 et 27 juillet 2023, la commune de Meaux, représentée par Me Polubocsko et Me D'Andrea, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la SCCV le Domaine Clémenceau en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la société requérante ne justifie pas de la qualité pour agir de son représentant ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirée de ce que le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors qu'il ne comprend aucun document graphique d'insertion des bâtiments B, C, D et E dans leur environnement proche ou lointain, ce qui ne lui a pas permis d'apprécier la conformité du projet aux dispositions de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Meaux ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirée de ce que la description du projet dans le dossier de demande de permis est entachée de contradictions qui ne permettent pas vérifier si le projet est soumis au respect des dispositions de l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Meaux dès lors que l'implantation exacte des bâtiments B, C, D et E ne peut être déterminée ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirée de ce que le projet méconnaît l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Meaux dès lors que le bâtiment E est irrégulièrement implanté ;
- elle sollicite une substitution de motifs tirée de ce que le projet méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne applicables en zone bleu foncé et en zone bleu clair en ce qui concerne le coefficient d'occupation du sol du bâtiment E.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dutour, conseillère,
- les conclusions de Mme Morisset, rapporteure publique,
- et les observations de Me Ferrand, représentant la SCCV le Domaine Clémenceau, et de Me D'Andrea, représentant la commune de Meaux.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 23 septembre 2022, le maire de Meaux a refusé de délivrer à la SCCV le Domaine Clémenceau le permis de construire qu'elle a sollicité pour la reconstruction d'un bâtiment avec locaux d'activités en rez-de-chaussée et logements en étage, la construction de quatre bâtiments permettant la réalisation de 62 logements au total, la construction d'un local vélos et d'un local ordures ménagères, ainsi que la réalisation de 100 places de stationnement, sur les parcelles cadastrées section BV n°17, 439, 443, 444, 445 et 446, situées 9-11 avenue Clémenceau. Par la présente requête, la société pétitionnaire demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la fin-de-non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de justice administrative : " Dans les affaires où ne s'appliquent pas les dispositions de l'article R. 431-2, les requêtes et les mémoires doivent être signés par leur auteur et, dans le cas d'une personne morale, par une personne justifiant de sa qualité pour agir ". Aux termes de l'article 1849 du code civil : " Dans les rapports avec les tiers, le gérant engage la société par les actes entrant dans l'objet social ".
3. La requête précise qu'elle est présentée pour la SCCV le Domaine Clémenceau, représentée par ses dirigeants légaux. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'extrait Kbis de la société et de ses statuts, que M. A est le gérant de la société lequel peut, en vertu des dispositions précitées du code civil, légalement décider d'ester en justice. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que la société requérante ne justifie pas de la qualité pour agir de son représentant doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes des articles UA 11, UB 11 et UC 11 du règlement du plan local d'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales, si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites et aux paysages naturels ou urbains. () ".
5. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants au sens de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
6. L'arrêté attaqué est fondé sur le motif tiré de ce que le projet, de par ses dimensions, son architecture et son aspect extérieur, est de nature à porter une atteinte visible aux lieux avoisinants et au paysage urbain. D'une part, le terrain d'assiette du projet se situe au sein du périmètre du site patrimonial remarquable de la commune de Meaux dans le " tissu de densité faible front de rue hétérogène ". L'environnement du terrain d'assiette du projet est constitué d'un tissu mixte d'immeubles, maisons de ville et pavillons à l'est et au nord du terrain d'assiette du projet du côté de la rue de la Prairie et de l'avenue Clémenceau. De plus, il ressort des pièces du dossier qu'à proximité immédiate du projet, à l'ouest et au sud du côté de la rue Louis Braille et de l'avenue Paul Frot, sont implantés des immeubles collectifs, ainsi que des constructions de facture moderne sans aucun intérêt architectural et d'une taille plus importante que les bâtiments projetés. D'autre part, le projet litigieux consiste en l'édification d'un bâtiment reprenant l'architecture traditionnelle le long de l'avenue Clémenceau et de quatre autres bâtiments au style architectural contemporain en cœur d'îlot. Dans ces conditions, si la commune de Meaux fait valoir en défense que, par leur caractère imposant, ces quatre bâtiments projetés en cœur d'îlot ne s'insèrent par correctement dans leur environnement, cela ne ressort pas des pièces du dossier, les constructions projetées s'intégrant dans leur environnement hétérogène immédiat et n'étant pas, par leur situation, leurs dimensions et leurs caractéristiques, de nature à porter significativement atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, ainsi qu'aux paysages urbains et naturels. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation entachant l'arrêté attaqué doit être accueilli.
7. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
8. D'une part, les préconisations du règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie relèvent d'une législation distincte du droit de l'urbanisme et, à ce titre, ne sont pas directement opposables aux autorisations d'urbanisme. Elles peuvent néanmoins être prises en compte à titre d'élément d'appréciation des moyens nécessaires pour assurer la défense contre l'incendie. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'après avoir cité les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme précité, le maire de la commune de Meaux s'est borné à considérer que " la défense incendie extérieure contre l'incendie (DECI) n'est pas conforme aux dispositions du règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie en raison du sous-dimensionnement de celle-ci ". Si la commune fait valoir qu'en tout état de cause, elle pouvait légalement tenir compte des préconisations du règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie pour apprécier le risque pour la sécurité publique au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, il ressort clairement des termes de la décision attaquée qu'elle a opposé les prescriptions de ce règlement à la demande de permis de construire de la société requérante. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire de la commune de Meaux a commis une erreur de droit doit être accueilli.
9. D'autre part, en vertu de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
10. La SCCV le Domaine Clémenceau soutient que, sans qu'il ait été nécessaire d'apporter au projet des modifications substantielles, la commune de Meaux aurait dû assortir le permis de construire sollicité d'une prescription reprenant celle proposée par le service départemental d'incendie et de secours et permettant ainsi d'écarter le risque pour la sécurité publique en cas d'incendie. Si la commune de Meaux fait valoir en défense qu'assortir le permis sollicité d'une telle prescription l'aurait conduit à s'immiscer dans la conception du projet, cela ne ressort, toutefois, pas des pièces du dossier. Si la commune se prévaut également en défense de la deuxième prescription émise par le service départemental d'incendie et de secours en ce qui concerne l'accessibilité du terrain d'assiette du projet, cette circonstance est sans incidence sur l'erreur de droit qui entache la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire de la commune de Meaux a commis une erreur de droit doit être accueilli.
Sur les substitutions de motifs sollicitées en défense :
11. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
12. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".
13. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
14. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire qu'il contient unenotice architecturale, un plan et des photographies des bâtiments devant être démolis, plusieurs plans de masse, des plans par niveaux, divers plans de façade, des documents d'insertion des bâtiments A et E, ainsi que des photographies de l'environnement proche et lointain. La circonstance que les documents graphiques d'insertion soit insuffisants notamment en ce qu'ils ne représenteraient pas les bâtiments B, C et D par rapport aux constructions environnantes, à la supposée établie, n'est pas de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable, alors même que les dimensions des constructions apparaissent sur les plans de coupe et le plan de masse présents au dossier de demande de permis de construire et que la notice descriptive rappelle l'ensemble de ces éléments. Dans ces conditions, le maire de Meaux ne peut légalement fonder la décision attaquée sur le motif tiré de ce que le dossier de demande de permis de construire serait incomplet au regard des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme en ce qui concerne les documents graphiques d'insertion du projet dans son environnement.
15. En deuxième lieu, la commune de Meaux sollicite une substitution de motifs tirée de ce que la description du projet dans le dossier de demande de permis est entachée de contradictions qui ne permettent pas vérifier si le projet est soumis au respect des dispositions de l'article UB 8 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Meaux dès lors que l'implantation exacte des bâtiments B, C, D et E ne peut être déterminée. Toutefois aucune contradiction dans les pièces du dossier de demande de permis de construire ne ressort des pièces du dossier. Dans ces conditions, le maire de Meaux ne peut légalement fonder la décision attaquée sur ce motif.
16. En troisième lieu, aux termes des dispositions des articles UB 8 et UC 8 du plan local d'urbanisme de la commune de Meaux : " La construction de plusieurs bâtiments non contigus sur une même propriété est autorisée à condition que la distance comptée horizontalement entre tous points des bâtiments en regard soit au moins égale à : / - à la hauteur de façade (cf. art. 10) avec un minimum de 8 m si celle-ci comporte des baies assurant l'éclairement des locaux. Pour les constructions sur patio ne comportant qu'un seul niveau, cette dimension peut être ramenée à 5 m. / - à la moitié de cette hauteur avec un minimum de 4 m lorsque la façade est aveugle () ".
17. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la façade sud-est du bâtiment E et la façade nord du bâtiment D comportent des ouvertures. D'autre part, ces façades sont " en regard " au sens des dispositions du plan local d'urbanisme précitées dès lors qu'elles se font partiellement face. Toutefois, il est constant que ces dispositions n'indiquent pas quelle hauteur de façade il convient de prendre en compte pour la distance à respecter entre deux bâtiments lorsque les hauteurs ne sont pas les mêmes. La hauteur du bâtiment E est de 12,75 mètres, la hauteur de la façade du bâtiment D est de 6,48 mètres et la distance entre ces deux bâtiments est de 10,75 mètres. Dans ces conditions, le maire de Meaux ne peut légalement fonder la décision attaquée sur le motif tiré de ce que le projet méconnaîtrait les dispositions des articles UB 8 et UC 8 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Meaux dès lors que le bâtiment E serait irrégulièrement implanté.
18. En quatrième et dernier lieu, d'une part, l'article 4-1 du " chapitre 5 - dispositions applicables en zone bleu foncé " du règlement du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne dispose que " () Dans la zone de la boucle Nord de la Marne strictement délimitée et reportée sur le plan de zonage règlementaire, le coefficient d'occupation du sol pour les constructions à usage d'habitation ne devra pas excéder 0,40 (sans toutefois dépasser celui éventuellement fixé par le plan local d'urbanisme) ; pour les opérations d'aménagement, ce coefficient est calculé sur l'ensemble du programme ; () ". Le lexique du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne définit le coefficient d'occupation du sol comme " Le coefficient d'occupation du sol qui détermine la densité de construction admise est le rapport exprimant le nombre de mètres carrés de plancher hors œuvre nette susceptibles d'être construits par mètre carré de sol ".
19. D'autre part, aux termes de l'article R. 111-22 du code de l'urbanisme : " La surface de plancher de la construction est égale à la somme des surfaces de plancher de chaque niveau clos et couvert, calculée à partir du nu intérieur des façades après déduction : / 1° Des surfaces correspondant à l'épaisseur des murs entourant les embrasures des portes et fenêtres donnant sur l'extérieur ; / 2° Des vides et des trémies afférentes aux escaliers et ascenseurs ; / 3° Des surfaces de plancher d'une hauteur sous plafond inférieure ou égale à 1,80 mètre ; / 4° Des surfaces de plancher aménagées en vue du stationnement des véhicules motorisés ou non, y compris les rampes d'accès et les aires de manœuvres ; / 5° Des surfaces de plancher des combles non aménageables pour l'habitation ou pour des activités à caractère professionnel, artisanal, industriel ou commercial ; / 6° Des surfaces de plancher des locaux techniques nécessaires au fonctionnement d'un groupe de bâtiments ou d'un immeuble autre qu'une maison individuelle au sens de l'article L. 231-1 du code de la construction et de l'habitation, y compris les locaux de stockage des déchets ; / 7° Des surfaces de plancher des caves ou des celliers, annexes à des logements, dès lors que ces locaux sont desservis uniquement par une partie commune ; / 8° D'une surface égale à 10 % des surfaces de plancher affectées à l'habitation telles qu'elles résultent le cas échéant de l'application des alinéas précédents, dès lors que les logements sont desservis par des parties communes intérieures ".
20. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est partiellement couvert par le plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne. Le bâtiment E sera implanté sur une partie du terrain d'assiette du projet située en zone bleu foncé d'une superficie de 5 472 m². Il ressort des pièces du dossier que la surface de plancher de ce bâtiment respecte le coefficient d'occupation du sol de 0,4 % fixé par les dispositions précitées du règlement du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne applicable en zone bleu foncé. Dans ces conditions, le maire de Meaux ne peut légalement fonder la décision attaquée sur le motif tiré de ce que le projet méconnaîtrait les dispositions du plan de prévention des risques d'inondation de la Vallée de la Marne applicables en zone bleu foncé et en zone bleu clair en ce qui concerne le coefficient d'occupation du sol du bâtiment E.
21. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme (), la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation (), en l'état du dossier ". Pour l'application de ces dispositions, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté du 23 septembre 2022 du maire de Meaux.
22. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 23 septembre 2022 du maire de Meaux est annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
23. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
24. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou d'utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement.
25. Il y a lieu, en application du principe rappelé au point 24, d'enjoindre au maire de Meaux de délivrer à la SCCV le Domaine Clémenceau le permis de construire sollicité le 29 avril 2022, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SCCV le Domaine Clémenceau, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, la somme demandée par la commune de Meaux. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Meaux la somme de 1 500 euros à verser à la société requérante au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 septembre 2022 du maire de Meaux est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Meaux de délivrer à la SCCV le Domaine Clémenceau le permis de construire sollicité le 29 avril 2022 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Meaux versera à la SCCV le Domaine Clémenceau la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Meaux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV le Domaine Clémenceau et à la commune de Meaux.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,
Mme Dutour, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.
La rapporteure,
L. DUTOURLa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
V. GUILLEMARD
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026