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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2210552

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2210552

mardi 26 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2210552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Patureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 février 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté implicitement sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer dans cette attente une attestation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que la décision contestée :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 20 du Traité sur le Fonctionnement de l'Union européenne et l'article 7 de la Directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 dès lors qu'elle est la mère d'un enfant, né le 31 janvier 2011 de son union avec un ressortissant italien, qui bénéficie d'un droit au séjour et est scolarisé en France ; qu'elle-même exerce la profession de vendeuse et son compagnon, qui est à la retraite, perçoit une pension de retraite ;

- méconnaît l'article L.233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3-2b) de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 dès lors que son concubin, de nationalité italienne bénéficie d'un droit au séjour en France avec qui elle a une vie de couple stable ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle justifie d'une vie privée et familiale en France à laquelle tout refus de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires justifient son admission au séjour ;

- elle viole les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale de New-York du 20 novembre 1989 relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dans les conséquences de sa décision sur la situation personnelle.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 15 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 mai 2023 à midi.

Le 26 octobre 2023, des pièces ont été enregistrées pour Mme B, en réponse à la demande qui lui avait été adressée sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, lesquelles ont été communiquées à la préfète du Val-de-Marne sur le même fondement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la directive n° 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bourdin a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante nigérienne née le 31 mai 1976 à Benin City (Nigéria), est entrée irrégulièrement en France en 2018, selon ses déclarations. Par courrier reçu par les services de la préfecture du Val-de-Marne le 14 octobre 2021, Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article 20 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, l'article L.233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3-2b) de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant. Une décision implicite de rejet est née le 14 février 2022, en l'absence de réponse apportée par la préfète à sa demande. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ce refus de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a sollicité le 1er mars 2022, par une lettre réceptionnée le 10 mars suivant, la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Mme B soutient, sans être utilement contredite, que les motifs de la décision en litige ne lui ont pas été communiqués. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposée est illégale pour défaut de motivation.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, la présente décision implique seulement le réexamen de la situation de Mme B et l'intervention d'une nouvelle décision. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision en délivrant à l'intéressée, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par Mme B.

Sur les frais liés au litige :

6. Pour l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du 14 février 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B est annulée.

Article 2: Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de Mme B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3: L'État versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ghaleh-Marzban, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett , conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023 .

La rapporteure,

S. BOURDIN

La présidente,

S. GHALEH-MARZBAN La greffière,

Y. SADLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

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