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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2210559

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2210559

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2210559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBENAZETH-GREGOIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Benazeth-Gregoire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

-elle est entachée d'incompétence ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'incompétence.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 8 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 8 mars 2024 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rehman-Fawcett, conseiller-rapporteur,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, déclare être entré en France le 1er mai 2004. Il a bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur du 29 mars 2010 au 4 mai 2011. Par la suite, il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien valable du 15 mars 2011 au 14 mars 2012, renouvelé jusqu'au 14 mai 2016. Il a bénéficié d'un nouveau titre de séjour du 2 janvier 2020 jusqu'au 1er janvier 2022. Le 12 janvier 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 1er septembre 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté contesté comporte les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de la décision de refus de séjour. Ainsi, alors que l'autorité administrative n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation du requérant et que la motivation de la décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, la décision contestée est motivée en droit et en fait. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaitre le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.

5. Par un arrêté n° 2021/656 du 1er mars 2021 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné à Mme D délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les arrêtés portant refus de séjour et en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme C, sous-préfète chargée de mission. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision de refus de titre attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, d'une part aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ". Aux termes de l'article L. 432-4 de ce même code : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier, que le requérant a été condamné à plusieurs reprises, notamment par le tribunal correctionnel de Créteil le 27 mai 2014 et le 18 juin 2014, tout d'abord pour des faits d'évasion de condamné bénéficiant d'une mesure de suspension de l'emprisonnement, ensuite pour des faits de violence sur une personne vulnérable suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Il a par la suite fait l'objet d'une condamnation par le tribunal correctionnel d'Evry le 11 juillet 2019 à huit mois d'emprisonnement pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 10 décembre 2018. Il a fait l'objet d'une nouvelle condamnation le 17 juillet 2019 par le tribunal correctionnel de Créteil pour des faits de menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 23 juin 2019 et des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours (en récidive), commis le 23 juin 2019. Ces faits ne sont nullement contestés par le requérant et c'est à bon droit, compte tenu de leur nature et de leur réitération, que la préfète du Val-de-Marne a estimé qu'ils étaient constitutifs d'une menace pour l'ordre public.

9. Si M. B soutient qu'il est le père de deux enfants mineurs qui résident en France chez leur mère, avec qui il a vécu en concubinage, il ne ressort toutefois des pièces du dossier aucune pièce probante quant à sa participation à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, ni aux relations qu'il entretient avec eux ou la mère de ses enfants. Il se borne à verser à la procédure des témoignages de ses parents et un témoignage dépourvu de date de la mère de ses enfants, qui sont succincts et peu circonstanciés. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale. Par suite le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er septembre 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de l'admettre au séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, du fait du rejet des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour, ainsi qu'il vient d'être dit, M. B ne peut utilement demander l'annulation, par voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, tel qu'il a été exposé au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ledamoisel, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

Le rapporteur,

C. REHMAN-FAWCETT

La présidente,

C. LEDAMOISELLa greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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