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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2210580

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2210580

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2210580
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP DAGNEAU-BACHIMONT & DUQUESNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 octobre 2022 et 7 juillet 2023, M. C B, représenté par Me Duquesne, demande au tribunal en l'état de ses dernières écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

2°) d'annuler la décision implicite née le 21 octobre 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard un titre de séjour ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour ;

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2023 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hirondel,

- et les observations de Me Duquesne, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant congolais (République du Congo) né le 7 juillet 1984, est, selon ses déclarations, entré en France en 2011. Le 21 mars 2022, il a demandé au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ". En l'absence de réponse à cette demande, une décision implicite de rejet est née le 21 mai 2022. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision implicite de rejet.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / () / L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ".

3. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 février 2023 ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. En vertu des dispositions précitées, la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées. Par suite, il est loisible à l'intéressé de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de la décision implicite ayant le même objet. Il s'ensuit qu'en l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

4. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est ni établi, ni même allégué que M. B aurait, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 232-4 code des relations entre le public et l'administration, sollicité du préfet de Seine-et-Marne la communication des motifs de la décision implicite contestée lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, en l'absence d'avoir sollicité cette communication, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision en litige doit être écarté.

5. En deuxième lieu, alors que, ainsi qu'il a été dit, M. B n'a pas sollicité la communication des motifs de la décision contestée comme le lui autorisaient les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. B fait valoir qu'il vit en France depuis 2011 et qu'il vit en concubinage avec une ressortissante congolaise depuis le 16 août 2019. Toutefois, par la seule production d'une attestation sur l'honneur d'union libre en date du 12 octobre 2022, il n'établit pas la réalité de la communauté de vie, la personne qu'il présente comme sa compagne mentionnant au demeurant, dans une attestation du 28 novembre 2022, n'avoir hébergé M. B à son domicile " qu'à titre gratuit ". Par ailleurs, s'il produit un passeport émis en 2019 qui ne fait pas état de voyages vers le Congo depuis cette date et des bulletins de salaire émis pour les mois d'avril à novembre 2022, ces documents sont insuffisants pour établir que le requérant a fixé sa vie privée et professionnelle en France. Il ressort, en revanche, des pièces du dossier, notamment du formulaire d'admission exceptionnelle au séjour renseigné par le requérant le 21 mars 2022, que sa mère, ses deux frères et sa sœur résident au Congo-Brazzaville ainsi que ses deux enfants nés en 2008 et 2011. Il suit de là que les moyens tirés de ce que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. B.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée, pour son information, au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Dayon, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

M. L'HIRONDEL

L'assesseur le plus ancien,

B. DUHAMEL La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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