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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2210581

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2210581

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2210581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantGARAVEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. - Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2022 sous le n° 2210581,

M. E D, représenté, en dernier lieu, par Me Garavel, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la préfète du Val-de-Marne la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- en l'absence de notification régulière des décisions rendues par la

Cour nationale du droit d'asile, le préfet de Seine-et-Marne ne pouvait, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligé à quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant entachée d'illégalité, la décision fixant le pays de destination devra être annulée pour défaut de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne, qui a transmis les pièces afférentes au dossier, conclut au rejet de la requête.

II. - Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2022,

Mme G F, représentée, en dernier lieu, par Me Garavel, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel que le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- en l'absence de notification régulière des décisions rendues par la

Cour nationale du droit d'asile, le préfet de Seine-et-Marne ne pouvait, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligée à quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant entachée d'illégalité, la décision attaquée devra être annulée pour défaut de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne, qui transmet les pièces utiles du dossier, conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bonneau-Mathelot pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonneau-Mathelot ;

- et les observations de Me Garavel, représentant M. D, assisté de M. A, interprète assermenté en langue anglaise, et Mme F, absente, qui produit des pièces pour les requérants et précise qu'ils sont arrivés en France en 2018 sous couvert de visas touristiques. Ils ont demandé l'asile. Les deux époux sont intégrés sur le territoire français, ils exercent une activité professionnelle. M. D travaille en qualité d'agent d'entretien, depuis le mois d'octobre 2022, auprès de deux employeurs, et Mme F travaille en qualité d'aide-ménagère, depuis le mois de janvier 2022, auprès de trois employeurs. Ils résident à Torcy et travaillent à Saint-Germain-en-Laye. M. D a suivi des cours en distanciel avec une université en Angleterre et a validé son master. Il souhaite développer un projet professionnel en France. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français sont entachées d'erreurs manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation de M. D et de Mme F. Ils n'ont pas d'enfant et pas de famille. Les parents de M. D sont au Sri Lanka.

Le préfet de Seine-et-Marne n'étant ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 10 h 19.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et Mme F, ressortissants sri lankais, respectivement nés en 1975 et en 1973 à Kadawata (Sri Lanka), ont, le 4 décembre 2018, sollicité l'asile. Par décision du 12 décembre 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté leur demande que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmée par décision du 29 mars 2021. Ils ont sollicité le réexamen de leur demande d'asile le 3 janvier 2022, qui a été rejetée comme irrecevable par décision de l'OFPRA du 11 janvier 2022, confirmé par ordonnance de la CNDA du 31 mai 2022. Par deux arrêtés du 18 octobre 2022, le préfet de Seine-et-Marne les a obligés à quitter le territoire français, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés d'office.

2. M. D et Mme F demandent l'annulation de ces deux arrêtés du 18 octobre 2022 par deux requêtes enregistrées respectivement sous le n° 2210581 et le n° 2210583.

Sur la jonction :

3. Les requêtes n° 2210581 et n° 2210583 sont relatives à la situation d'un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté n°22/BC/025 du 22 mars 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à

M. B C, chef du bureau de l'asile et de l'intégration, délégation de signature pour signer notamment toute obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire et toute décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés en litige doit être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / (). ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () ; / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; / () ". Aux termes de l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / () ; / 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ".

7. Il ressort des pièces du dossier que si l'OFPRA a rejeté les demandes d'asile de M. D et Mme F par décision du 12 décembre 2019, confirmée par décision du 29 mars 2021 de la CNDA, les requérants ont saisi l'OFPRA d'une demande de réexamen qui a été rejetée pour irrecevabilité par décision de l'office 11 janvier 2022. Il résulte des dispositions précitées au point 6. du présent jugement que le droit au maintien sur le territoire français d'un ressortissant étranger qui a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile prend fin dès la décision de l'OFPRA constatant l'irrecevabilité de cette demande. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne pouvait légalement, en application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obliger les intéressés à quitter le territoire français. La circonstance que la CNDA ait, par une décision du 31 mai 2022, rejeté le recours de M. D et de Mme F contre la décision de l'OFPRA du 11 janvier 2022, n'a pas eu pour effet de rouvrir leur droit au maintien sur le territoire français. Il suit de là que M. D et Mme F ne peuvent utilement soutenir qu'à défaut d'une notification régulière des décisions de la CNDA des 29 mars 2021 et 31 mai 2022, le préfet de Seine-et-Marne ne pouvait les obliger à quitter le territoire français.

8. En troisième lieu, à l'audience M. D soutient que les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ainsi que sur celle de Mme F, sa conjointe. Il fait valoir qu'ils sont entrés en France au cours de l'année 2018 avec un visa touristique, qu'ils n'ont pas d'enfant, et qu'il travaille depuis le mois d'octobre 2022, en qualité d'homme d'entretien auprès de deux employeurs, alors que Mme F travaille en qualité d'aide-ménagère auprès de trois employeurs depuis le mois de janvier 2022. Toutefois, les pièces qu'il a produites à l'audience soit, notamment, les avis d'impôt sur les revenus 2019, 2020 et 2021, deux certificats médicaux des 29 juin 2020 et

17 juin 2022 le concernant, les trois contrats de travail de sa conjointe des 2 février 2021 et

21 mars 2022, le troisième ne comportant pas de date ainsi que, notamment, des pièces postérieures à la décision attaquée, soit les contrats de travail des 13 octobre 2022 et 28 septembre 2023 qu'il a conclus avec deux employeurs et une demande d'autorisation de travail du 31 octobre 2023, et donc sans incidence, ne sont pas suffisants pour établir une intégration particulière en France à la date des arrêtés attaqués et considérer que le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions en litige sur la situation des requérants alors qu'ils ne peuvent être regardés comme dépourvus de toutes attaches dans leur pays d'origine.

9. En quatrième et dernier lieu, si M. D et Mme F soutiennent que les décisions portant obligation de quitter le territoire français étant entachées d'illégalité, les décisions fixant le pays de destination devront être annulées pour défaut de base légale, il résulte de ce qui a été dit aux points 4. à 8. du présent jugement que ces moyens ne pourront qu'être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D et Mme F ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés en litige du 18 octobre 2022. Il y a lieu de rejeter leurs conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles qu'ils ont présentées sur le fondement des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2210581 et n° 2210583 de M. D et Mme F sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à

Mme G F et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La magistrate désignée,

S. BONNEAU-MATHELOT

La greffière,

S. SCHILDERLa République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2210581,

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