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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2210679

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2210679

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2210679
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 novembre 2022 et 11 avril 2023, M. A C, représenté par Me Koszczanski, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer pendant la durée de cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'authenticité des signatures apposées sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas établie ;

- elle est encore entachée d'un vice de procédure dès lors que cet avis n'indique pas la durée prévisible de son traitement et que le rapport du médecin est incomplet pour ne pas avoir fait état de l'existence d'un risque cardiaques et ne pas avoir rempli les rubriques relatives à la convocation du demandeur, aux examens complémentaires et à la justification de son identité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la délivrance de la carte prévue à cette article n'est pas subordonnée à une aggravation de son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il vit en France depuis plus de dix-sept ans et qu'il travaille régulièrement depuis 2016 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable pour être tardive ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cabal a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant pakistanais né le 11 octobre 1965, est entré en France le 1er septembre 2005. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé valable du 12 août 2015 au 11 août 2016, puis régulièrement renouvelée jusqu'au 12 juin 2020. Par un arrêté du 25 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande de délivrance de titre de séjour mention " salarié " ou, subsidiairement, de renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 25 juillet 2022.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de Seine-et-Marne :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ".

3. Si une personne physique ou morale conteste qu'une décision lui a bien été notifiée, il incombe à l'administration d'établir qu'une telle notification lui a été régulièrement adressée et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste

4. En espèce, le préfet de Seine-et-Marne se borne à soutenir, sans produire aucune pièce à l'appui de son allégation, que l'arrêté en litige a été " réputé notifié " à M. C le 29 juillet 2022. Dès lors, le préfet ne rapportant pas la preuve de la notification de l'arrêté en litige par voie postale ou par sa remise en main propre, il ne peut être regardé comme ayant été régulièrement notifié. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". Lorsqu'une autorité administrative organise, sans y être tenue, une telle procédure, elle doit y procéder dans des conditions régulières.

6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. Il ressort des pièces du dossier que, par une lettre du 28 mars 2022, le préfet de Seine-et-Marne a informé M. C qu'il envisageait de refuser le renouvellement de son titre de séjour dès lors qu'il était " connu des services de police " et qu'il ne fournissait " aucun document prouvant la réalité de [sa] résidence en France depuis les dix dernières années " et qu'il l'a invité à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Dès lors que le préfet de Seine-et-Marne a pris la décision d'organiser, sans y être tenu, une procédure contradictoire, il devait y procéder de manière régulière. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a transmis ses observations par un courrier du 8 avril 2022 dont il produit le certificat de dépôt, soit dans le délai de quinze jours qui lui avait été accordé. Toutefois, il ressort tant des visas de l'arrêté en litige, qui ne vise pas ces observations, que du mémoire en défense du préfet, qui précise que " l'intéressé n'a pas donné suite " au courrier du 28 mars 2022, que les observations de M. C n'ont pas été examinées avant que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour soit adoptée. Dès lors que le requérant y développait des éléments relatifs au trouble à l'ordre public qui lui était reproché, il est fondé à soutenir que l'arrêté du 25 juillet 2022 est entaché d'un vice de procédure pour ne pas avoir respecté le principe du contradictoire.

8. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

9. En l'espèce, en n'examinant pas les observations apportées par M. C sur sa situation avant de prendre l'arrêté attaqué, le requérant a été privé d'une garantie. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, et par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination, doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. L'exécution du présent jugement implique seulement d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la demande de M. C tendant au renouvellement d'un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de présente décision et qu'il lui délivre, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé à M. C la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État (préfecture de Seine-et-Marne) versera à M. C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. D, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le rapporteur,

P.Y. CABAL

Le président,

M. D

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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