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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2210821

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2210821

jeudi 19 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2210821
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantBONET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés les 5 novembre 2022 et 10 février 2023, M. D A, représenté par Me Bonet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 septembre 2022 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a refusé de lui renouveler sa carte professionnelle d'agent de sécurité ;

2°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité privée une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence, faute pour son auteur de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation : il exerce la profession d'agent de sécurité depuis 2015 ; s'il a été mis en cause pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et violence sans incapacité sur un mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime, cette mise en cause n'a donné lieu qu'à une condamnation à une amende de 1 000 euros et n'a pas été inscrite au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ; ces faits présentent un caractère isolé et c'est à tort que le conseil national des activités privées de sécurité a considéré qu'ils étaient incompatibles avec la poursuite d'une activité de sécurité privée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun du 21 décembre 2022, M. D A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Prissette,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- et les observations de Me Daquin, substituant Me Bonet, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A a sollicité le 8 décembre 2021 le renouvellement de sa carte professionnelle. Par une décision du 14 septembre 2022, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de faire droit à sa demande. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, M. E F, directeur du conseil national des activités privées de sécurité, a, par un arrêté du 9 septembre 2022 régulièrement publié sur le site internet du conseil national des activités privées de sécurité et librement consultable, donné délégation à M. B G, délégué territorial Île de France, à l'effet de signer, notamment, les décisions d'octroi ou de refus d'octroi des agréments, cartes professionnelles et autres autorisations prévues au livre VI du code de la sécurité intérieure. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () / ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En l'espèce, la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle mentionne l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure sur lequel elle se fonde et indique que le requérant a été mis en cause pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et violence sans incapacité sur un mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime commis du 26 novembre au 8 décembre 2020. En outre, elle précise que ces faits révèlent un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes, laquelle constitue pourtant une mission essentielle confiée aux agents privés de sécurité, de sorte que son attitude est incompatible avec la poursuite d'une activité privée de sécurité. Elle est, dans ces conditions, et dès lors que le directeur du CNAPS n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation de l'intéressé, suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il ressort des mentions de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen particulier des circonstances de l'espèce.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / () ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, à l'issue d'une enquête administrative, et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les actes commis par le demandeur sont compatibles avec l'exercice de la profession ou la direction d'une personne morale exerçant cette activité, alors même que les agissements en cause n'auraient pas donné lieu à une condamnation inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, ou que la condamnation prononcée en raison de ces agissements aurait été effacée de ce bulletin. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a été mis en cause le 9 novembre 2020 pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et violence sans incapacité sur un mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime commis du 26 novembre au 8 décembre 2020 et ayant donné lieu à une condamnation à une amende délictuelle de 1 000 euros avec sursis. Si l'intéressé soutient que ces faits sont d'une gravité relative, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la seule circonstance qu'ils n'aient pas fait l'objet d'une inscription au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ne faisait pas obstacle à ce qu'ils soient pris en compte par le directeur du CNAPS pour apprécier la compatibilité de son comportement avec la poursuite d'une activité privée de sécurité, dès lors que leur matérialité est établie, ce que le requérant ne conteste pas. En outre, M. A soutient qu'il travaille depuis 2015 en tant qu'agent de sécurité sans avoir jamais commis d'actes répréhensibles dans ce cadre. Toutefois, les faits qui lui sont reprochés, commis moins de deux ans avant l'édiction de la décision contestée, alors que le requérant était déjà titulaire d'une carte professionnelle d'agent de sécurité, et qui ont en partie donné lieu à une incapacité, sont susceptibles de remettre en cause les dispositions de M. A à conserver son sang-froid en toutes circonstances et à intervenir avec le calme requis dans les situations parfois tendues et conflictuelles auxquelles un agent de sécurité est susceptible d'être confronté. Dans ces conditions, le directeur du CNAPS a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que le comportement du requérant était de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes, mission essentielle confiées aux agents privés de sécurité, et qu'un tel comportement était incompatible avec la poursuite d'une activité privée de sécurité. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du conseil national des activités privées de sécurité, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, tout ou partie de la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme Prissette, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.

La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOTLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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