lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2210919 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DAVID-BELLOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2022, M. B A, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 5 septembre 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'erreur de droit ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la vulnérabilité dans laquelle il se trouve placé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête de M. A.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un courrier du 2 octobre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office tirés du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle dès lors que M. A a été admis au bénéfice totale de cette aide par une décision du 21 décembre 2022 et de ce qu'il y a lieu de procéder à une substitution de base légale en substituant aux dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les dispositions de l'article L. 551-15 du même code dès lors que la décision attaquée pourrait être requalifiée en décision de refus de conditions matérielles d'accueil dans le cadre défini par la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 nos 428560 et 428564.
En réponse à ce courrier, M. A a produit un nouveau mémoire, enregistré le 7 octobre 2024, qui n'a pas été communiqué.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2022.
Par une ordonnance du 1er décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 janvier 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Avirvarei, conseillère,
- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan, né le 11 février 1996 à Lagman, est entré en France selon ses déclarations le 4 juillet 2019. Le 29 juillet 2019, il a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII ci-après) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Le 30 décembre 2020, la demande d'asile de M. A a été requalifiée en procédure normale. Le 14 mars 2022, l'OFII a informé M. A de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait et lui a indiqué qu'il disposait d'un délai de 15 jours pour présenter ses observations. L'intéressé n'a pas présenté d'observations. Par une décision du 5 septembre 2022, dont M. A demande l'annulation, l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil au motif qu'il avait refusé une proposition d'hébergement le 4 mars 2022.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président () soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2022, postérieure à l'introduction de sa requête. Dès lors, il n'y a plus lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique :
4. M. A, tout comme l'OFII, estiment devoir se situer dans le cadre défini par la décision du Conseil d'Etat nos 428530, 428564 du 31 juillet 2019.
5. Dans le cadre de cette décision, le Conseil d'État a jugé que les dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi du 10 septembre 2018, prévoyant des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil, étaient incompatibles avec les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.
6. Toutefois, compte tenu des motifs d'incompatibilité des dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 qui ne s'opposent pas à ce que l'autorité compétente puisse limiter ou supprimer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile, il y avait lieu de préciser les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, tirer des conséquences de tels comportements sur le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
7. Ainsi, le Conseil d'Etat a précisé qu'il restait possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui était également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.
8. Par une ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les articles L. 551-15 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été créés définissant respectivement les conditions dans lesquelles les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées ou retirées au demandeur d'asile. Aux termes de l'article 20 de cette ordonnance, ces dispositions sont entrées en vigueur le 1er mai 2021.
9. En l'absence de disposition transitoire, ces dispositions sont bien applicables à la décision attaquée du 5 septembre 2022 quand bien même M. A se serait vu accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil antérieurement à leur entrée en vigueur.
En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :
10. En premier lieu, M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le refus de l'hébergement proposé est seulement susceptible de fonder un refus des conditions matérielles d'accueil et non une suspension, selon la terminologie employée dans la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, ou une cession, selon les termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. L'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article L. 551-16, pour sa part, prévoit que : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".
12. Par une décision du 11 décembre 2023 (n° 467151), le Conseil d'Etat a jugé qu'il résultait de la combinaison de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.
13. Or, tel est le cas pour M. A alors même qu'il a attendu plus de deux ans entre l'acceptation des conditions matérielles d'accueil et la proposition du lieu d'hébergement. Ainsi, la décision attaquée doit être regardée comme une décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que l'OFII ne pouvait légalement rejeter la demande de M. A en se fondant sur les dispositions de l'article L. 551-16 du même code et considérer qu'il s'agit d'une cessation des conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu, dès lors, de substituer à cette base légale erronée les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans sa mise en œuvre et que les parties ont été mises à même de présenter leurs observations sur ce point. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut donc qu'être écarté.
14. En second lieu, M. A se prévaut de ce que l'OFII aurait commis une erreur d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité liée à l'absence de ressources et à son isolement sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'un entretien de vulnérabilité au jour de l'enregistrement de sa demande d'asile, à l'occasion duquel n'ont pas été relevés d'éléments particuliers de vulnérabilité, et au terme duquel sa vulnérabilité a été estimée à 1 sur une échelle de 0 à 3. En outre, s'il appartenait à l'OFII de prendre en considération l'éventuel état de vulnérabilité de M. A avant de prendre la décision attaquée, le requérant, qui se borne à affirmer être sans ressources et isolé sur le territoire national, n'apporte pas la preuve de sa particulière vulnérabilité. Par suite, le moyen invoqué doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 septembre 2022 par laquelle l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Lina Bousnane, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.
La rapporteure,
A. Avirvarei
Le président,
X. PottierLa greffière,
A. Starzynski
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026