mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2210930 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2022, Mme A D, représentée par la Selarl Jove-Langagne-Boissavy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022 en tant que le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ou sur le fondement de celles du 5) de l'article 6 du même accord dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant retrait du titre de séjour :
- le préfet de Seine-et-Marne devait saisir la commission du titre de séjour avant de prendre la décision attaquée compte tenu de la durée de sa présence en France depuis cinq ans, de ses attaches familiales avec M. C, résidant régulièrement sur le territoire national, avec lequel elle a eu un enfant né le 24 septembre 2021 ; la procédure est entachée d'irrégularité et le préfet de Seine-et-Marne a méconnu les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet de Seine-et-Marne n'a pas procédé à un examen sérieux et attentif de sa situation ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit ; le préfet de Seine-et-Marne ne rapporte pas la preuve du caractère frauduleux du mariage ; elle justifie d'une communauté de vie avec son ex-époux jusqu'à la date du divorce ;
- le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle en France ; la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- le préfet de Seine-et-Marne a méconnu les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ; il a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses attaches familiales sur le territoire français ; la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant retrait du titre de séjour est entachée d'illégalité et la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est donc privée de base légale ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.
Mme D a produit des pièces, enregistrées le 22 mars 2023, qui n'ont pas été communiquées.
Par une ordonnance du 21 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 avril 2023 à 12 heures.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible d'enjoindre d'office au préfet de Seine-et-Marne de restituer à Mme D son certificat de résidence algérien de dix ans valable à compter du 27 mars 2019.
Le 5 juin 2023, la Selarl Jove-Langagne-Boissavy représentant Mme D a présenté des observations au moyen d'ordre public dont elle s'est appropriée la teneur.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Réchard,
- et les observations de Me Besson, substituant Me Langagne, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante algérienne née le 8 janvier 1997 à Sidi Bel-Abbes (Algérie), mariée à un ressortissant français le 20 juillet 2016, qui avait obtenu un certificat de résidence algérien valable un an à compter du 28 mars 2018 en qualité de conjoint de français puis, en dernier lieu, un certificat de résidence en qualité valable dix ans à compter du 27 mars 2019 sur le fondement des stipulations du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, a été informée, par un courrier du préfet de Seine-et-Marne du 16 juillet 2021 qu'il envisageait de lui retirer son certificat de résidence algérien au motif que la communauté de vie avec son époux était rompue et l'a invitée à présenter ses observations et à produire tout élément utile relatif à sa situation. Mme D a, par la voie de son conseil, présenté des observations écrites le 28 juillet 2021. Par un arrêté du 26 octobre 2022, le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son certificat de résidence algérien et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté en tant que le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son certificat de résidence algérien et lui a fait obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " (). / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; / () ". Aux termes de l'article 6 de cet accord : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () ; / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / (). / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ".
3. En l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord franco-algérien précité, le préfet peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, pour retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude. Un acte administratif obtenu par fraude ne crée pas de droits et, par suite, peut être retiré ou abrogé par l'autorité compétente pour le prendre, alors même que le délai de retrait de droit commun serait expiré. Toutefois, dès lors que les délais encadrant le retrait d'un acte individuel créateur de droit sont écoulés, il appartient à l'administration d'établir la preuve de la fraude, tant s'agissant de l'existence des faits matériels l'ayant déterminée à délivrer l'acte que de l'intention du demandeur de la tromper, pour procéder à ce retrait.
4. Pour retirer le certificat de résidence algérien dont Mme D est titulaire, le préfet de Seine-et-Marne, qui s'est fondé, d'une part, sur un courrier du 2 juin 2020 par lequel l'ex-époux de la requérante, M. B, avait signalé au préfet de la Seine-Maritime avoir été victime d'un mariage " gris " contracté par Mme D dans l'unique but d'obtenir un titre de séjour, et d'autre part, sur les circonstances tirées de ce que l'intéressée avait insisté pour divorcer dès l'obtention de son titre de séjour et que le jugement du 25 mars 2020 avait prononcé le divorce, a estimé que l'union de la requérante avec M. B n'était pas " réellement sincère de [sa] part et révél[ait] un caractère frauduleux ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, qui s'est mariée le 20 juillet 2016 avec M. B, ressortissant français, a rejoint son époux en France le 5 août 2017. Elle a bénéficié d'un premier certificat de résidence d'un an, valable du 28 mars 2018 au 27 mars 2019, en qualité de conjoint de français, puis d'un certificat de résidence de dix ans, valable du 27 mars 2019 au 26 mars 2029, en cette même qualité. La requérante a déposé une main courante le 20 décembre 2019 par laquelle elle a signalé avoir quitté le domicile conjugal deux mois auparavant, et a divorcé de son époux selon la procédure de consentement mutuel, par une convention signée le 3 mars 2020 et enregistrée le 25 mars 2020 chez Me Lévêque, notaire au Havre. La lettre de dénonciation de l'ex-époux de Mme D sur laquelle se fonde la décision en litige, qui au demeurant n'est pas produite au débat, et dont le contenu n'est corroboré par aucune pièce ni aucune enquête administrative, ne saurait à elle seule démontrer la volonté de Mme D d'avoir contracté mariage dans l'unique but d'obtenir un titre de séjour. En outre, s'il est constant que la vie commune de M. B et Mme D a pris fin quelques mois après la délivrance de son certificat de résidence de dix ans, et si Mme D se prévaut désormais d'une vie commune avec un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence de dix ans et de la naissance de leur enfant le 24 septembre 2021, ces éléments ne sont pas davantage de nature à démontrer que l'union de Mme D avec M. B présentait un caractère frauduleux au moment de la délivrance de son certificat de résidence, dès lors que, par ailleurs, il n'est pas contesté que le couple qu'elle formait avec M. B avait une communauté de vie pendant le mariage et notamment pendant plusieurs mois après la délivrance de son certificat de résidence, et que le divorce a été prononcé par la voie du consentement mutuel. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de la fraude et qu'en conséquence, la décision lui retirant son certificat de résidence est entachée d'erreur de droit.
6. Il résulte de ce tout qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2022 en tant le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré le certificat de résidence algérien de dix ans valable à compter du 27 mars 2019 et, par voie de conséquence, en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Le présent jugement implique, au égard au motif d'annulation retenu au point 5.
ci-dessus, que le certificat de résidence algérien valable dix ans à compter du 27 mars 2019 dont Mme D était titulaire lui soit restitué. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de
Seine-et-Marne de procéder à cette restitution dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 26 octobre 2022 en tant que le préfet de Seine-et-Marne a retiré à Mme D son certificat de résidence algérien de dix ans valable à compter du 27 mars 2019 et lui a fait obligation de quitter le territoire français est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de restituer à Mme D son certificat de résidence algérien de dix ans valable à compter du 27 mars 2019 dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 4 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
La rapporteure,
J. RECHARD
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026