jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2211052 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | KOLIMEDJE LÉONCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Kolimedje, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, et de procéder au réexamen de sa situation sur le fondement de l'article 10 de l'accord franco-tunisien dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la préfecture la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant des décisions attaquées :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ; il est manifeste que le préfet de Seine-et-Marne n'a pas procédé à un examen individuel et approfondi de sa situation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant du délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet de Seine-et-Marne " n'a pas apprécié de manière juste " sa situation au regard des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
S'agissant du pays de renvoi :
- le préfet de Seine-et-Marne a désigné comme pays de destination la Tunisie alors qu'elle a désormais son " centre d'intérêt " en France où se trouve son mari qui l'a violentée et mise à la rue de force.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 avril 2023 à 12 heures.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Réchard a été entendue au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante tunisienne née en 1961 à Beja (Tunisie), mariée à un ressortissant français le 11 décembre 2020, et entrée sur le territoire français le 19 juin 2021 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " famille C " valable jusqu'au 28 mai 2022, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour de dix ans en qualité de conjointe C sur le fondement de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par un arrêté du 2 août 2022, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, l'accord
franco-tunisien du 17 mars 1988 ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Par ailleurs, il précise des éléments de la situation personnelle et familiale de Mme B, dont il rappelle la nationalité, le mariage avec un ressortissant français et la cessation de la vie commune avec son époux ainsi que les raisons sur lesquelles le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé pour prendre chacune des décisions attaquées. Dans ces conditions, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait suffisantes qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de Seine-et-Marne se serait dispensé de procéder à un examen personnalisé de la situation de Mme B. Si la requérante se prévaut de ce que le préfet de Seine-et-Marne n'a pas tenu compte des violences infligées par son époux et des circonstances qu'elle a dû être hébergée d'urgence à l'hôtel le 3 juin 2021 puis à la maison des femmes à compter du 20 juillet 2022, elle ne démontre pas avoir porté à la connaissance du préfet de Seine-et-Marne l'existence de telles violences avant qu'il ne prenne l'arrêté critiqué. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
5. Mme B, qui soutient que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, se prévaut des conditions dans lesquelles la rupture de vie commune avec son époux serait intervenue, et fait valoir, à cet égard, que la séparation lui a été imposée par son conjoint qui lui aurait infligé des violences. Toutefois, il ressort de la main courante qu'elle a déposée le 28 septembre 2021, dans laquelle elle a fait état de l'abandon du domicile conjugal par son époux, qu'elle n'a jamais été victime de violences de la part de ce dernier. S'il ressort des pièces du dossier que son époux a quitté le domicile conjugal et initié une procédure de divorce, la requérante ne démontre ni n'allègue avoir déposé plainte contre celui-ci pour des violences commises à son encontre. Par ailleurs, les courriers que lui a adressés son époux afin de lui demander de libérer l'appartement pour lequel il était titulaire du bail ne sauraient davantage démontrer l'existence des violences qu'elle invoque. Si l'ensemble de ces pièces attestent d'une dégradation des relations au sein du couple, elles ne sont pas de nature à démontrer que la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, alors que, d'une part, elle ne justifie d'aucune attache familiale en France et, d'autre part, elle ne démontre pas, ni même n'allègue, être isolée dans son pays d'origine au sein duquel elle a vécu jusqu'à l'âge de soixante ans. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de Mme B, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
6. En second lieu, Mme B se prévaut de son hébergement en France et de son emploi pour soutenir que la décision en litige serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle. Toutefois, l'intéressée, qui ne réside en France que depuis quatorze mois à la date de la décision attaquée, ne justifie que d'un emploi à temps partiel en qualité d'auxiliaire de vie au sein de l'association Domicile Services entre le mois de mars et le mois de juillet 2022. Dans ces conditions, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, dès lors que le préfet de Seine-et-Marne a accordé à Mme B un délai de départ volontaire de trente jours en application de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquels, par dérogation à l'article L. 612-1, permettent à l'autorité administrative, selon les cas qu'ils énumèrent, de refuser d'accorder un délai de départ volontaire.
8. En second lieu, Mme B ne saurait davantage utilement soutenir que le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé le délai de départ volontaire en méconnaissance des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, lesquelles régissent les conditions de délivrance de plein droit d'un titre de séjour au conjoint d'un ressortissant français. En tout état de cause, à supposer qu'elle ait entendu invoquer ces dispositions au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle ne démontre pas qu'elle remplissait les conditions d'obtention d'un titre de séjour de plein droit sur ce fondement. Par suite, le moyen ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
En ce qui concerne le pays de renvoi :
9. A supposer que Mme B, qui fait valoir qu'elle a " désormais son centre d'intérêt en France où se trouve son mari, qui l'a violenté et mise à la rue de force ", ait entendu soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ou porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il résulte de ce qui a été dit aux points 5. et 6. du présent jugement, que ces moyens ne peuvent qu'être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 août 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023 .
La rapporteure,
J. RECHARD
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026