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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211084

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211084

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantDEBAZAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Debazac, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

2°) d'annuler la décision du 14 septembre 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a refusé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui verser sans délai l'intégralité des sommes dues au titre de l'allocation pour demandeur d'asile depuis l'enregistrement de sa demande d'asile, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de rétablir ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros à verser à Me Debazac, son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce au versement de l'aide juridictionnelle et, en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que la demande présentée en mars 2022 devait être considérée comme une première demande d'asile ; l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable à sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'il justifie être retourné en Italie dans le cadre de l'arrêté de transfert et qu'il ne pouvait, dès lors, pas demander le renouvellement de l'attestation de demande d'asile pendant qu'il était en Italie ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation familiale ; il est père de deux enfants présents en France dont il doit subvenir à leurs besoins et ils sont hébergés dans un logement précaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- si le tribunal devait estimer qu'il n'était pas fondé à considérer que M. B a méconnu les exigences des autorités chargées de l'asile ne se présentant pas à l'embarquement pour exécution de l'arrêté de transfert, il est sollicité que soit substitué à ce motif celui tiré de la méconnaissance des exigences des autorités chargées de l'asile en ne procédant pas au renouvellement de son attestation de demande d'asile et en se maintenant en situation irrégulière sur le territoire français sans régulariser sa situation ; cette substitution ne le prive d'aucune garantie ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au

2 février 2024 à 12 heures.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1989 à Dougbe

(Côte d'Ivoire), a présenté une demande d'asile en France le 21 mai 2019, enregistrée en " procédure Dublin ", et a accepté le même jour l'offre de prise en charge de

l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Le 17 octobre 2019, il a fait l'objet d'un arrêté de transfert vers l'Italie du préfet du Val-de-Marne. M. B, qui ne s'est pas présenté à l'embarquement prévu le 5 décembre 2019, a été déclaré en fuite le 9 décembre 2019. Par courrier du 31 janvier 2020, le directeur territorial de l'OFII de Créteil a informé M. B de son intention de suspendre l'octroi des conditions matérielles d'accueil (CMA) dont il bénéficiait et qu'un délai de quinze jours lui était imparti pour présenter des observations écrites. M. B n'ayant présenté aucune observation, le directeur territorial de l'OFII de Créteil a, par une décision du 14 février 2020, suspendu les conditions matérielles d'accueil. M. B, qui a présenté, le 14 mars 2022, une nouvelle demande d'asile enregistrée en procédure normale, a sollicité, le 4 avril 2022, le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 14 septembre 2022, dont M. B demande l'annulation, la directrice territoriale de l'OFII de Créteil a rejeté sa demande.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 16 novembre 2022, le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. B. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

3. Par sa décision n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat a jugé que les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, applicable au litige dès lors que M. B a bénéficié des CMA après le 1er janvier 2019, étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013. Le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 par le législateur, limiter ou supprimer le bénéfice des CMA aux demandeurs d'asile qui quittent leur lieu d'hébergement ou la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2 du même code ou qui ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile. Ainsi, il reste possible à l'OFII de refuser le bénéfice des CMA, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Enfin, si le bénéfice des CMA a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'OFII qui doit apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

4. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment la décision du Conseil d'État n° 428530 du 31 juillet 2019, mentionne que M. B a accepté, le 21 mai 2019, les conditions matérielles d'accueil que l'OFII lui a proposées et qu'à défaut d'avoir respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, les CMA dont il avait bénéficié avaient été suspendues par une décision du 14 février 2020 et qu'en outre, et sans motif légitime, il ne disposait pas d'une attestation de demande d'asile valide pour la période courant du 29 août 2020 au 14 mars 2022. Elle mentionne également que les motifs qu'il a évoqués ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. La décision en litige précise que, " dans cette configuration, après examen de [ses] besoins et de [sa] situation personnelle et familiale ", il ne pouvait être donné une suite favorable à la demande de rétablissement des CMA qu'il avait présentée. La décision, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. B et qui comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Par suite, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que la directrice territoriale de l'OFII de Créteil n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B.

6. En troisième lieu, les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé conformément à l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 551-9 du même code. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-7, devenu l'article L. 551-16, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

7. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 1. du présent jugement, M. B a, lors du dépôt de sa demande d'asile du 21 mai 2019, accepté les CMA qui lui ont été proposées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 551-9, ne peut qu'être écarté.

8. D'autre part, il ressort des termes de la décision attaquée que pour rejeter la demande de rétablissement des CMA présentées par M. B, la directrice territoriale de l'OFII de Créteil a relevé, tout d'abord, qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités, notamment, à la convocation du

9 décembre 2019, ensuite, et, en outre, sans motif légitime, qu'il ne disposait pas d'une attestation de demande d'asile valide du 28 août 2020 au 14 mars 2022, et, enfin, que, dans cette configuration, et après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale le

20 juin 2022, il ne pouvait être réservé une suite favorable à sa demande.

9. M. B soutient que les griefs qui lui sont reprochés manquent en fait. A cet égard, s'il fait valoir qu'il justifie être retourné en Italie en exécution de l'arrêté du

17 octobre 2019 par lequel le préfet du Val-de-Marne a prononcé son transfert aux autorités italiennes, il n'apporte aucun élément justificatif à l'appui de son argumentation. Or, l'OFII fait valoir, sans être contredit, que si les avis de départ et " routing " ont été remis à M. B le

28 novembre 2019, il ne s'est pas présenté à l'embarquement du vol pour Naples prévu le 5 décembre 2019 à 9 h 15 dans le cadre de l'exécution de l'arrêté de transfert et a, en conséquence, été déclaré en fuite. Dans ces conditions, M. B ne justifie pas d'un motif légitime à l'origine du non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile et il n'est donc pas fondé à soutenir que l'OFII a considéré, à tort, qu'il n'avait pas respecté ses obligations de présentation aux autorités chargées de l'asile. Par ailleurs, si M. B soutient que " sa demande d'asile a été enregistrée en France le 14 mars 2022, de sorte qu'il ne pouvait avoir une attestation de demande d'asile avant cette date étant donné qu'il était en Italie ", ce moyen ne pourra qu'être écarté comme inopérant dès lors que la décision en litige a estimé que, sans motif légitime, il ne disposait pas d'une attestation de demande d'asile valide du 28 août 2020 au 14 mars 2022, cette incise ayant été introduite par un " en outre ", constitutive d'un motif surabondant. Il suit de là que le moyen invoqué, et sans qu'il soit besoin de procéder à la substitution de motif demandé par l'OFII, ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième et dernier lieu, si M. B soutient que le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil le met, avec ses deux enfants, dans une situation de grande précarité compte tenu de leur hébergement dans un logement inadapté à leurs besoins, il ne l'établit pas alors même qu'il ressort des pièces du dossier que ses enfants, qui sont effectivement présents sur le territoire français, bénéficient des conditions matérielles d'accueil dans le cadre de l'enregistrement en procédure normale de la demande d'asile de leur mère. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision litigieuse du 14 septembre 2022. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation, ainsi que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qu'il a présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à

l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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