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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211179

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211179

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantAUCHER-FAGBEMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 18 novembre 2022, Mme B A C, représentée par Me Aucher, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 en tant que la préfète du

Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 en tant que la préfète du

Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la préfète du Val-de-Marne n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision attaquée encourt légalement la censure pour erreur manifeste d'appréciation quant à l'accès effectif aux soins ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la circulaire NOR/INT/98/00108C du 12 mai 1998 a précisé les conditions d'obtention de la carte de séjour mention " vie privée et familiale " ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense mais a communiqué l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 5 juillet 2021.

Par une ordonnance du 14 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 mai 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Réchard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante congolaise née le 4 juin 1990 à Kinshasa (République démocratique du Congo), dont la demande d'asile a été rejetée par une décision du 18 juillet 2014 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 19 juin 2015 de la cour nationale du droit d'asile, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement des dispositions de l'article

L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du

18 octobre 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant, à titre principal, l'annulation de cet arrêté en tant que la préfère du

Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé et l'a obligée à quitter le territoire français et, à titre subsidiaire, l'annulation de cet arrêté entant que la préfère du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation présentées à titre principal :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision contestée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment son article 8, ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont l'article

L. 425-9 sur le fondement duquel la préfète du Val-de-Marne a examiné la demande de titre de séjour de Mme A C. Elle fait mention, en outre, des conclusions de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que le préfet de

Seine-et-Marne a entendu s'approprier en l'absence de circonstance particulière justifiant qu'il s'écarte de cet avis, et de la situation personnelle et familiale de la requérante. La circonstance que le préfet de Seine-et-Marne n'ait pas apporté davantage de précision sur la situation médicale de Mme A C n'est pas suffisante, compte tenu notamment du secret médical, pour démontrer un défaut de motivation. Ainsi, la décision critiquée satisfait à l'obligation de motivation prévue par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration en permettant au requérant de discuter utilement de son bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, qui manque en fait et ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, ne peut qu'être écarté. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne se serait dispensé de procéder à un examen particulier de la situation de Mme A C. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / () ".

6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour en qualité de malade à

Mme A C, le préfet de Seine-et-Marne a relevé, en s'appropriant le sens de l'avis du 5 juillet 2021 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qu'il avait recueilli, que si l'état de santé de Mme A C nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour l'intéressée et qu'au vu des éléments de son dossier, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si la requérante soutient que son état de santé est grave et nécessite une prise en charge médicale et qu'elle ne dispose d'aucune ressource financière lui permettant de poursuivre son traitement dans son pays d'origine, elle ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations susceptible de contredire non seulement l'avis du collège des médecins de l'OFII mais également l'appréciation du préfet de Seine-et-Marne. Il suit de là que Mme A C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision d'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

8. Lorsque l'autorité administrative examine sur le fondement de l'article L. 435-1 la situation d'un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il lui appartient de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

9. Mme A C se prévaut de son séjour continu en France depuis 2013, de son concubinage depuis trois années avec un ressortissant étranger en situation régulière en France et de son insertion professionnelle. Toutefois, Mme A C, qui produit essentiellement des relevés du compte bancaire ouvert auprès de La Banque postale pour les années 2018 à 2022 ainsi que les documents de moindre portée, telles des attestations d'élection de domicile, une carte individuelle d'admission à l'aide médicale de l'Etat et une attestation de droits à l'assurance maladie et à la couverture maladie universelle complémentaire pour les années antérieures ne peut être regardée comme établissant avec certitude sa présence en France à compter de l'année 2013 et pour les années 2015, 2016 et 2017. En outre, Mme A C ne produit aucun élément de nature à établir le concubinage dont elle se prévaut et n'établit pas la réalité d'une communauté de vie. Il ressort, par ailleurs, des termes de la décision attaquée, non contredits par la requérante, qu'elle est mère de deux enfants mineurs nés en 2006 et 2011 qui ne résident pas en France. Enfin, Mme A C ne justifie pas d'une intégration professionnelle particulière en France en se bornant à produire une promesse d'embauche du 25 novembre 2022, au demeurant, postérieure à la décision attaquée et en n'ayant travaillé, ainsi que cela ressort de la décision en litige, que 180 heures en 2020, 830 heures en 2021 et 453 heures en 2022. Dans ces circonstances,

Mme A C ne peut être regardée comme se prévalant d'éléments susceptibles de caractériser, au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. Il suit de là que Mme A C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les dispositions de cet article. Le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Compte tenu des considérations énoncées au point 9. du présent jugement, Mme A C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision critiquée a été prise et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

12. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 9. du présent jugement, Mme A C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait entaché la décision en litige d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Le moyen ainsi invoqué ne peut qu'être écarté.

13. En septième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision contestée que Mme A C aurait sollicité son admission au séjour sur un autre fondement que celui de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la préfète du Val-de-Marne n'était pas tenue d'examiner sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions. Il suit de là que le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

14. En huitième et dernier lieu, Mme A C ne peut utilement invoquer, à l'appui de son argumentation, la circulaire du 12 mai 1998 n° NOR/INT/D/98/00108/C du ministre de l'emploi et de la solidarité et du ministre de l'intérieur, afférente à l'application de la loi

n° 98-349 du 11 mai 1998 relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France et au droit d'asile dès lors qu'elle est dépourvue de valeur réglementaire. Le moyen invoqué ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 10. à 12. du présent jugement, que Mme A C n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Il suit de là que les moyens invoqués ne peuvent qu'être écartés.

Sur les conclusions aux fins d'annulation présentées à titre subsidiaire :

16. Mme A C demande au tribunal d'annuler, à titre subsidiaire, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 15. ci-dessus, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par ailleurs, et en tout état de cause, Mme A C ne soulève aucun moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 octobre 2022 en tant que la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles qu'elle a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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