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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211185

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211185

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantNGELEKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2022, Mme A C B, représentée par Me Ngeleka, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de saisir la commission du titre de séjour sur le fondement de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C B soutient que :

- elle pouvait contester la décision implicite de rejet en litige jusqu'au 19 novembre 2022 ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : elle justifie d'une durée de séjour de plus de dix ans ; elle a le projet professionnel de suivre une formation d'auxiliaire de vie ; elle justifie de circonstances humanitaires compte tenu de la présence de ses deux enfants jumeaux et scolarisés ; elle connaît la langue française ; la circonstance qu'elle est célibataire ne fait pas obstacle à ce qu'elle puisse mener une vie privée et familiale conformément aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 8 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 septembre 2023 à 12 heures.

Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante congolaise née en 1981 à Kinshasa

(République démocratique du Congo), a sollicité, le 15 mai 2022, son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de Seine-et-Marne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour. Mme C B demande au tribunal d'annuler cette décision implicite de rejet.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 15 mars 2023, le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme C B. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

4. D'une part, Mme C B a, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet en litige, entendu, sous l'intitulé " 2. Sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions et soutenir que son séjour sur le territoire français répondait à des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires compte tenu de la durée de sa résidence en France, de son insertion professionnelle, de sa compréhension de la langue française et de sa vie privée et familiale. A cet égard, si Mme C B a invoqué l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle ne l'a pas indexé comme moyen. Dans ces conditions, elle doit être regardée comme ayant seulement invoqué le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 précité.

5. D'autre part, la circonstance que Mme C B soit présente en France depuis plus de dix ans ne constitue pas un motif exceptionnel ou une considération humanitaire susceptible, au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de justifier l'attribution d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale. Elle ne justifie pas davantage de motif exceptionnel ou de considération humanitaire en faisant valoir qu'elle connaît la langue française, que ses enfants et membres plus proches sont établis en France. A cet égard, s'il ressort des pièces du dossier que ses deux enfants, nés en République démocratique du Congo en 2006, sont scolarisés en France depuis 2011, elle ne se prévaut d'aucune circonstance impérieuse justifiant qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine où Mme C B n'établit pas qu'elle y est dépourvue d'attaches familiales. Elle ne conteste, par ailleurs, pas, qu'elle a deux autres enfants qui résident en Angola avec leur père et ne peut justifier la présence en France de " membres plus proches ", qu'elle n'identifie, au demeurant, pas. En outre, les circonstances que Mme C B a exercé, alors qu'elle résidait sur le territoire français en étant titulaire de récépissés de demande de carte de séjour, sous couvert d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel, les fonctions d'agent d'entretien uniquement du 4 juillet 2014 au 20 octobre 2015 et qu'elle est titulaire d'une promesse d'embauche établie le 6 septembre 2023, soit postérieurement à la décision attaquée, ne peuvent caractériser l'" insertion professionnelle () particulièrement bonne au point de vue économique ", dont l'intéressée se prévaut. Mme C B ne peut ainsi justifier de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Compte tenu des considérations qui ont été énoncées au point 5. du présent jugement, la seule circonstance que les enfants de Mme C B soient régulièrement scolarisés en France depuis leur arrivée en 2011 et, qu'en outre, Mme C B soit titulaire de l'autorité parentale exclusive ne fait pas obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, Mme C B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne a méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, ses conclusions aux fins d'annulation ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'elle a présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au préfet de

Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2211185

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