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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211215

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211215

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBOUDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2022, Mme A C, représentée par Me Boudin, demande au juge des référés, en application de

l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision de 15 000 euros, à valoir sur l'indemnisation du préjudice que lui a causé la carence de la préfète du Val-de-Marne à lui proposer un logement tenant compte de ses besoins et capacités tel que prévu au code de la construction et de l'habitation, avec intérêt au taux légal et capitalisation des intérêts échus ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi

du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le 4 juillet 2019, la commission de médiation du Val-de-Marne l'a reconnue prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement de type F2 ;

- par jugement du 25 juin 2020, le tribunal administratif de Melun a enjoint au préfet du Val-de-Marne de lui attribuer un logement répondant à ses besoins et capacités avant

le 1er septembre 2020 ;

- sa créance n'est pas sérieusement contestable dès lors que le préjudice subi est né de la carence fautive de l'Etat ;

- sa demande est urgente car son logement, de nature insalubre, est manifestement incompatible avec son état de santé et celui des membres de sa famille.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente a désigné M. B, premier vice-président, comme juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 4 juillet 2019 de la commission de médiation du Val-de-Marne, motif pris de ce que sa demande de logement social est restée sans réponse depuis plus de trois ans. Elle a ensuite saisi le tribunal administratif de Melun, sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code. Par jugement du 25 juin 2020, le Tribunal a enjoint au préfet du Val-de-Marne d'assurer le relogement de l'intéressée et de son mari, avant le 1er septembre 2020, dans un logement répondant à ses besoins et ses capacités. Par une demande indemnitaire en date

du 20 juin 2022 et reçue le 30 juin 2022, Mme C a demandé à la préfète

du Val-de-Marne réparation du préjudice subi du fait de son absence de relogement. Par sa requête, Mme C a saisi le juge des référés d'une demande tendant à ce que l'Etat soit condamné à lui verser une provision de 15 000 euros à valoir sur l'indemnisation de son préjudice résultant notamment de son absence de relogement, et des troubles de toute nature résultant de son maintien dans ces conditions de logement précaire.

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'avait pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard notamment de ses capacités financières et de ses besoins.

4. Il résulte de l'instruction que Mme C s'est vu reconnaître le droit au logement opposable par la commission de médiation pour le motif suivant : " Attente d'un logement social depuis un délai supérieur à celui fixé par arrêté préfectoral ".

Le 21 février 2022, elle a donné naissance à un enfant. Il ne résulte pas de l'instruction que sa famille, composée d'elle-même, de son mari et désormais de leur jeune enfant, aurait été relogée à la date de la présente ordonnance. En outre, la requérante allègue occuper un logement incompatible avec l'état de santé des occupants et produit, au soutien de cette affirmation des documents médicaux faisant état des pathologies respiratoires de la requérante et de son époux et des risques que l'insalubrité du logement puisse nuire " à l'état de santé du nouveau-né ". Dans ces conditions, et alors que de nombreuses photographies témoignent d'un état de dégradation avancé du logement, le logement occupé par Mme C et sa famille doit être regardé comme inadapté au sens des dispositions du code de la construction et de l'habitation et caractérisant l'existence de troubles dans les conditions d'existence ouvrant droit à réparation.

5. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence, soit cinquante-neuf mois depuis la naissance de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit elle-même, son mari et son fils, né le 21 février 2022, l'existence d'une créance détenue sur l'Etat n'est pas sérieusement contestable. Il doit donc être accordé à l'intéressée une provision d'un montant de 3 200 euros.

Sur les intérêts et la capitalisation :

6. La requérante a droit aux intérêts au taux légal à compter du 30 juin 2022, date de réception de sa demande préalable indemnitaire par les services préfectoraux.

7. La capitalisation des intérêts prend effet à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 30 juin 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. L'Etat est la partie perdante. Il convient donc, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Boudin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 500 euros.

ORDONNE :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C une provision de 3 200 euros, assortie des intérêts au taux légal calculés à partir du 30 juin 2022. Les intérêts échus à la date du 30 juin 2023 seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à Me Boudin la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Boudin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à la ministre

du logement et de la rénovation urbaine et au préfet du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

O. B

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne, les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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