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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211540

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211540

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211540
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDECLERCQ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 29 novembre 2022 et

17 avril 2023, M. B A, représenté par Me Declercq, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 18 octobre 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne l'a informé que sa prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance dans le cadre d'un contrat jeune majeur prendra fin à compter du 19 octobre 2022 ;

2°) d'enjoindre au département du Val-de-Marne de lui accorder une solution d'hébergement comportant le logement dans une structure adaptée à sa situation et la prise en charge de ses besoins alimentaires quotidiens, des ressources financières et un accompagnement social et administratif adapté en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre, à cette autorité, de réexaminer sa demande de prise en charge à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département du Val-de-Marne la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, Me Declercq, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 225-1 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le département du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

21 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Potin, conseillère,

- et les observations de Mme C, représentant le département de Seine-et-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité malienne, né le 20 avril 2004 à Kayes (Mali), est entré en France en 2018. Il a fait l'objet d'une mesure de placement provisoire au service de l'aide sociale à l'enfance du Val-de-Marne le 2 janvier 2019, d'un jugement du juge des enfants du tribunal de Créteil, le 16 du même mois, qui a décidé de son placement auprès de l'aide sociale à l'enfance du Val-de-Marne à compter du même jour et ce jusqu'au 16 janvier 2019, prorogé jusqu'au 16 janvier 2021, et d'une ordonnance d'ouverture de tutelle, le 5 mars 2020. Il a bénéficié d'un contrat de jeune majeur avec le département du Val-de-Marne à compter du 20 avril 2022 jusqu'au 19 octobre 2022. Par un courrier du 18 octobre 2022, le président du conseil départemental du Val-de-Marne a refusé de prolonger sa prise en charge. Par un recours gracieux du 24 octobre 2022, M. A, a demandé un réexamen de sa situation. Par une nouvelle décision du 26 octobre 2022, le département du Val-de-Marne a confirmé sa décision. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision refusant sa prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance dans le cadre d'un contrat jeune majeur.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans le cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du

21 décembre 2022. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande présentée à ce titre.

Sur le cadre du litige :

En ce qui concerne la décision attaquée :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'action sociale et des familles : " Sous réserve des dispositions des articles L. 111-2 et L. 111-3, toute personne résidant en France bénéficie, si elle remplit les conditions légales d'attribution, des formes de l'aide sociale telles qu'elles sont définies par le présent code ". Aux termes de l'article L. 111-4 du même code : " L'admission à une prestation d'aide sociale est prononcée au vu des conditions d'attribution telles qu'elles résultent des dispositions législatives ou réglementaires et, pour les prestations légales relevant de la compétence du département ou pour les prestations que le département crée de sa propre initiative, au vu des conditions d'attribution telles qu'elles résultent des dispositions du règlement départemental d'aide sociale mentionné à l'article L. 121-3 ". Aux termes de l'article L. 221-1 dudit code : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 134-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le contentieux relevant du présent chapitre comprend les litiges relatifs aux décisions du président du conseil départemental () en matière de prestations légales d'aide sociale prévues par le présent code ". L'article L. 134-2 du même code dispose que : " Les recours contentieux formés contre les décisions mentionnées à l'article L. 134-1 sont précédés d'un recours administratif préalable exercé devant l'auteur de la décision contestée. L'auteur du recours administratif préalable, accompagné de la personne ou de l'organisme de son choix, est entendu, lorsqu'il le souhaite, devant l'auteur de la décision contestée () ".

6. Il résulte des dispositions mentionnées aux points 4 et 5 que lorsqu'un majeur âgé de moins de vingt-et-un ans entend contester la décision par laquelle le président du conseil départemental a refusé de lui accorder le bénéfice d'une prise en charge dans le cadre des dispositions des sixième et septième alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale ou a décidé de mettre fin à une telle prise en charge, l'intéressé se doit, avant d'introduire un recours contentieux, de présenter auprès du président du conseil départemental le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 134-2 du code de l'action sociale et des familles, une telle mesure d'accompagnement au titre de l'aide sociale à l'enfance constituant une prestation légale d'aide sociale.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que par courriel du 24 octobre 2022, le conseil de M. A a sollicité le président du conseil départemental du Val-de-Marne afin que sa situation soit de nouveau examinée. Compte-tenu de ses termes et de son objet, ce courrier doit être regardé comme un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 18 octobre 2022. Le département a rejeté cette demande par un courriel en date du

26 octobre 2022, dont le requérant a fourni une copie à l'appui de sa requête. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être regardées comme étant dirigées à l'encontre de la décision explicite du 26 octobre 2022 de rejet de son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 18 octobre 2022.

En ce qui concerne l'office du juge :

8. Aux termes de l'article L. 222-5 du même code, dans sa version en vigueur depuis le 9 février 2022 : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. () ". Aux termes de l'article L. 222-5-2 du même code : " Un protocole est conclu par le président du conseil départemental, conjointement avec le représentant de l'Etat dans le département et le président du conseil régional et avec le concours de l'ensemble des institutions et des organismes concernés, afin de préparer et de mieux accompagner l'accès à l'autonomie des jeunes pris en charge ou sortant des dispositifs de l'aide sociale à l'enfance et de la protection judiciaire de la jeunesse. Ce protocole organise le partenariat entre les acteurs afin d'offrir aux jeunes de seize à vingt et un ans une réponse globale en matière éducative, culturelle, sociale, de santé, de logement, de formation, d'emploi et de ressources ". Enfin, l'article R. 222-7 dudit code dispose que : " Les mesures d'accompagnement vers l'autonomie sont décidées en concertation avec les personnes concernées, par le président du conseil départemental, en lien avec le représentant de l'Etat dans le département et les autres acteurs ayant conclu conjointement avec lui le protocole mentionné à l'article L. 222-5-2. Les mesures sont mises en œuvre avec la participation active des personnes concernées ".

9. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.

10. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

11. En l'espèce, ainsi qu'il résulte de l'article R. 222-7 du code de l'action sociale et des familles, la personne concernée par la prise en charge prévue à l'article L. 222-5 de ce même code doit participer de manière active à sa mise en œuvre. Or, d'une part, il résulte de l'instruction, que la volonté d'insertion de M. A n'est pas ressortie du comportement qu'il a adopté pendant son placement, notamment eu égard à son comportement au sein de la structure d'accueil qui a donné lieu à une lettre du 5 août 2022 en forme d'ultime avertissement par le conseil départemental à la suite de plusieurs incidents liés à la consommation de stupéfiants. D'autre part, il résulte de l'instruction que M. A est titulaire d'un contrat de travail à durée déterminée d'insertion à temps partiel d'une durée de six mois, qu'il a signé le 1er octobre 2022, et dont la rémunération était fixée à 1 246,26 euros bruts. Il résulte de l'ensemble de ces circonstances que c'est sans méconnaître les dispositions précitées du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que le président du conseil départemental du Val-de-Marne a mis fin à la prise en charge de ce dernier. Ladite décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 octobre 2022 par laquelle le président du département du Val-de-Marne a refusé de poursuivre sa prise en charge dans le cadre d'un contrat jeune majeur. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande tendant à l'attribution de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée à la ministre des solidarités et de la santé.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

M. Potin

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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