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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211595

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211595

mercredi 24 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHERRERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

M. B A, représenté par Me Louis Jeune, a demandé au tribunal, le 1er décembre 2022, sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de prendre les mesures qu'implique l'exécution du jugement du magistrat désigné par le président tribunal administratif de Melun en date du 16 mars 2020 (n° 1909196) enjoignant à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, notamment, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de trois mois, et mettant à la charge de l'Etat une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le 21 février 2023, la préfète du Val-de-Marne a indiqué au tribunal que l'exécution du jugement en cause était de la responsabilité du préfet de police de Paris, le requérant ayant communiqué une nouvelle domiciliation dans cette ville (chez Inser Asaf n° 311272, 121 rue Manin, 75019), et que, s'agissant de l'exécution financière, un courrier avait été adressé au requérant en vue de la communication des documents nécessaires à son règlement et qu'il était revenu à l'administration avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ".

Le 3 mars 2023, le préfet de police de Paris a indiqué qu'il avait convoqué M. A à deux reprises les 5 et 19 juillet 2022 mais qu'il ne s'était pas présenté à ces convocations.

Par une requête complémentaire enregistrée le 19 avril 2023, M. B A, représenté par Me Louis Jeune, demande au tribunal, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire, d'enjoindre au préfet du Val- de Marne ou la préfecture territorialement compétente d'exécuter ce jugement, dans un délai de 7 jours sous une astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir, de le convoquer un délai de 7 jours à compter de la date de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard et de la lui verser la somme de 800 euros sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir.

Il maintient que le jugement du 16 mars 2020 n'a pas été exécuté par l'administration.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- le code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 20 avril 2023, tenue en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu les observations de Me Louis Jeune, représentant M. A, requérant, absent, qui rappelle que le préfet de police de Paris ne justifie pas de la notification des convocations du mois de juillet 2022 et qui demande à ce qu'il soit à nouveau convoqué pour pouvoir accéder au guichet.

La préfète du Val-de-Marne dûment convoquée, n'était ni présente ni représentée.

Par un mémoire complémentaire enregistré le 9 mai 2023, M. A, représenté par Me Louis Jeune, indique que les documents demandés par la préfecture du Val-de-Marne pour le paiement des frais irrépétibles ont été communiqués le 6 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1 Aux termes de 1'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu la décision d'en assurer l'exécution. / () Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 921-5 du même code : " Le président () du tribunal administratif saisi d'une demande d'exécution sur le fondement de l'article L. 911-4, ou le rapporteur désigné à cette fin, accomplissent toutes diligences qu'ils jugent utiles pour assurer l'exécution de la décision juridictionnelle qui fait l'objet de la demande. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 921-6 de ce code : " Dans le cas où le président estime nécessaire de prescrire des mesures d'exécution par voie juridictionnelle, et notamment de prononcer une astreinte, ou lorsque le demandeur le sollicite dans le mois qui suit la notification du classement décidé en vertu du dernier alinéa de l'article précédent et, en tout état de cause, à l'expiration d'un délai de six mois à compter de sa saisine, le président de la cour ou du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle. ".

2 Par un jugement du 16 mars 2020, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté du 10 octobre 2019 par lequel le préfet du Val-de-Marne avait obligé M. B A à quitter le territoire français, avait refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, avait fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné et lui avait interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Ce même jugement avait enjoint au préfet du Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 10 octobre 2019 annulée et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour. L'Etat avait été aussi condamné à verser à M. A la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

3 En premier lieu, aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre l'intéressé à l'aide juridictionnelle provisoire.

4 En deuxième lieu, si le préfet de police de Paris, territorialement compétent en raison de la nouvelle domiciliation de M. A, soutient qu'il l'a convoqué à deux reprises les 5 et 13 juillet 2022 aux fins de réexamen de son dossier de demande de titre de séjour, d'une part il est constant que ces convocations n'ont été émises que plus de deux ans après le jugement du 16 mars 2020, et, d'autre part, il n'est pas établi que ces convocations aient été régulièrement notifiées à l'intéressé, l'administration ne produisant ni les lettres d'envois ni les accusés de réception, alors que le requérant conteste les avoir jamais reçues.

5 Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris de convoquer M. A dans ses services, soit directement à sa nouvelle adresse (49 B, boulevard Davout, 75020 Paris) telle qu'indiquée dans la requête complémentaire du 19 avril 2023, soit par l'intermédiaire de son défenseur, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, aux fins de réexamen de son dossier et de délivrance, lors de cette convocation, d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à la décision explicite rendue à la suite de ce réexamen.

6 En troisième lieu, les conclusions aux fins de paiement de la somme mise à la charge de l'Etat par le jugement du 16 mars 2020 ne pourront qu'être rejetées, le défenseur du requérant ayant communiqué à l'administration les éléments nécessaires à leur paiement le 6 mai 2023.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de convoquer M. A dans ses services dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, aux fins de réexamen de son dossier et de délivrance, lors de cette convocation, d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à la décision explicite rendue à la suite de ce réexamen.

Article 3 : Le préfet de police de Paris communiquera au présent tribunal les suites données à l'injonction mentionnée à l'article 2.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à la préfète du Val-de-Marne et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.

Le magistrat désigné,

M. AYMARDLa greffière,

L. DARNAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2211595

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