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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211624

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211624

lundi 28 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211624
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTHIRION LAURENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 28 novembre 2022, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal la requête présentée par M. A C, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par cette requête, enregistrée le 24 novembre 2022, M. C, représenté par

Me Thirion, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a désigné le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté en litige ;

- l'arrêté litigieux a été pris en violation de son droit à être entendu ;

- la mesure d'éloignement n'est pas suffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

La requête a été communiquée le 2 décembre 2022 au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Letort.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant bangladais né le 19 septembre 1999 à Sylhet (Bangladesh), qui serait entré en juin 2021 sur le territoire français, a présenté une demande d'asile que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejetée le 14 décembre 2021, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 19 août 2022. Par un arrêté du 20 novembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. C à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a désigné le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par l'arrêté PCI n° 2021-005 du 4 février 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 5 février, le préfet des Hauts-de-Seine a donné à M. D B, sous-préfet d'Antony et Boulogne-Billancourt, délégation de signature aux fins de signer l'ensemble des décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté pour ce motif.

3. En deuxième lieu, lorsqu'il oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet doit appliquer les principes généraux du droit de l'Union européenne, dont celui du droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle défavorable ne soit prise à son encontre, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Lorsqu'il demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, y compris au titre de l'asile, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement.

4. M. C n'allègue pas avoir demandé un entretien avec les services préfectoraux, ni avoir été empêché de porter des éléments de sa situation personnelle à la connaissance de ces derniers. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté du 20 novembre 2022 doit être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police [] ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. L'arrêté en litige vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. De plus, il précise que la demande d'asile présentée par M. C a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 14 décembre 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 19 août 2022, et qu'en conséquence de ce rejet définitif, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait obliger M. C à quitter le territoire français, en vertu du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, l'arrêté relève que le requérant, célibataire et sans charge de famille, n'établit ni n'allègue être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans et où réside sa famille. Ainsi, l'arrêté comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui fondent la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. C à quitter le territoire français. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 août 2023.

La magistrate désignée,

SIGNE : C. LETORTLa greffière,

SIGNE : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. RIELLANT

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