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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211654

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211654

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211654
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantZOUBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2022, Mme A B épouse C, représentée par Me Zouba, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 novembre 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) à titre principal d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de faire droit à sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen préalable de sa situation ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien modifié ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié ;

- elle est illégale en raison d'un défaut de saisine de la commission du titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 27 décembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pradalié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne, née le 8 juin 1985 à El Mouradia (Algérie) soutient être entrée en France le 20 juillet 2018. Elle a sollicité son admission au séjour dans le cadre des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par une décision en date du 23 novembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Elle demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L 423-23, L 425-9, L. 435-1 et suivants, la convention internationale des droits de l'enfant ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8. La même décision rappelle les conditions d'entrée et de séjour en France de la requérante, ainsi que sa situation administrative, personnelle et familiale, notamment sa nationalité, et précise les motifs pour lesquels il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, en mentionnant notamment que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. L'arrêté litigieux mentionne également l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 8 février 2022 dont il s'approprie les conclusions. Enfin l'arrêté mentionne que la requérante et son époux, également en situation irrégulière, sont parents de quatre enfants scolarisés, et tous les six de nationalité algérienne. Ainsi rédigé, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par ailleurs, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet aurait insuffisamment examiné sa situation avant de prendre la décision de refus d'admission au séjour.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 7) Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

4. Pour refuser de délivrer à la requérante le titre de séjour sollicité, le préfet s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 8 février 2022, dont il s'est approprié la teneur, et a estimé que l'état de santé de Mme B nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays d'origine, elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans ce pays, vers lequel son état de santé lui permet de voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que Mme B souffre d'un diabète de type 1 connu depuis 2011, notamment traité par la mise en place d'une pompe à insuline et d'un capteur de mesure du glucose nécessaires à la stabilisation de son état de santé. Elle a été admise à plusieurs reprises dans un service d'accueil des urgences. Son état de santé nécessite un suivi médical spécialisé en endocrinologie à vie tous les trois à six mois. Cependant, pour établir l'indisponibilité de ce traitement en Algérie, la requérante se borne à produire des certificats médicaux du médecin spécialiste assurant son suivi depuis plusieurs années, qui affirme à plusieurs reprises que devant l'absence de prise en charge de ce type de traitement dans son pays d'origine, il lui parait dangereux pour cette patiente sur le plan médical de la renvoyer dans son pays d'origine, et à affirmer que faute de ressources financières dans son pays d'origine, elle ne pourrait " avoir accès aux soins dans un pays où se soigner est un " luxe " réservé aux riches et aux hauts fonctionnaires militaires et dont les indigents sont exclus ". Or, ces éléments, s'ils attestent de la gravité de la pathologie et de la nécessité d'un traitement, ne sont pas de nature à établir qu'un traitement approprié ne serait pas disponible en Algérie, et ne démontrent pas que le système de sécurité sociale en Algérie n'offrirait pas un accès aux structures publiques de santé pour la requérante. Par conséquent, Mme B ne démontre pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Algérie. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B et son époux sont tous deux en situation irrégulière et ne justifient d'aucune activité professionnelle ni d'aucune ressource sur le territoire. Ils produisent de nombreuses pièces établissant leur hébergement dans des structures diverses, notamment des quittances de loyer et des factures d'électricité pour des périodes comprises entre 2018 et 2020 à Marseille, puis des hébergements par le service intégré d'accueil et d'orientation de Seine-et-Marne et le Samu social de Paris. Si leurs enfants sont scolarisés dont l'un, le jeune D, est handicapé et a fait l'objet d'une orientation en section d'enseignement général et professionnel adapté (Segpa) valable du 1er septembre 2023 au 31 août 2024, et plusieurs sont licenciés en judo, discipline dans laquelle ils ont obtenu plusieurs médailles, il ne résulte cependant pas de ces éléments que le préfet de Seine-et-Marne aurait entaché sa décision d'une méconnaissance des stipulations précitées, ou entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ". Le préfet n'est tenu, en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour, et non de tous les étrangers qui sollicitent un tel titre. Ainsi, dès lors que le requérant n'est pas au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un des titres de séjour qui sont énumérés par ces dispositions, le préfet de Seine-et-Marne n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter leur demande. Le moyen tiré du vice de procédure doit par suite être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B épouse C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller.

M. Pradalié, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 24 novembre 2023 .

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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