mardi 13 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2211660 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2022, Mme B D, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de sa remise aux autorités espagnoles et lui a interdit de circuler pendant deux ans sur le territoire français.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire n'est pas établie ;
- les décisions sont entachées :
* d'un vice de procédure, en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
* d'insuffisance de motivation ;
* d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;
* d'une erreur de droit ;
* d'une violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;
* d'une violation de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme ;
* d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Norval-Grivet, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants,
R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F ;
- les observations de Me Langagne, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- et les observations de Mme D, assistée de M. C, interprète en langue arabe, qui précise que contrairement à ce qu'elle a indiqué dans sa requête, elle n'est pas enceinte car son test de grossesse s'est révélé négatif, et que son état de santé nécessite des soins.
Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent, ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante algérienne née le 17 septembre 1999 à Alger (Algérie) et qui déclare être entrée en France au mois de février 2021, a fait l'objet le 13 novembre 2022, à l'occasion d'une interpellation pour violation de domicile, d'un arrêté du préfet du Val-d'Oise lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. De nouveau interpellée et placée en garde à vue le 30 novembre 2022 pour détention de marchandises contrefaites et de produits psychotropes, elle s'est vu notifier le 1er décembre 2022, après vérification auprès des autorités espagnoles, un arrêté du préfet du Val-d'Oise portant remise aux autorités espagnoles assorti d'une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation des deux décisions contenues dans cet arrêté.
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E A, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté n° 22-145 du préfet du Val-d'Oise du 19 septembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".
4. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a pu formuler, lors de son audition par les services de police le 1er décembre 2022, des observations orales sur l'éventualité d'une décision d'éloignement. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué, que Mme D aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qu'elle aurait été empêchée de faire valoir et qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le principe du contradictoire aurait été méconnu.
Sur la légalité de la décision portant remise aux autorités espagnoles :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée () ".
7. La décision attaquée, qui vise les textes dont elle fait application et notamment l'accord de réadmission du 26 novembre 2002 signé entre la France et l'Espagne et les articles
L. 621-1 et L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne que l'intéressée est titulaire d'un titre de séjour espagnol et n'est présente en France que depuis un an et demi, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de Mme D n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'autorité préfectorale au regard des éléments dont elle avait connaissance à la date de la décision et notamment des déclarations de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'absence de cet examen doit être écarté.
9. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant remise de Mme D aux autorités espagnoles serait entachée d'une erreur de droit, le moyen soulevé à cet égard n'étant assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, et le respect des droits de l'enfant, doit apporter tout élément permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
11. Si Mme D soutient qu'elle est hébergée en France chez un cousin, elle ne justifie ni d'attaches familiales stables et intenses sur le territoire français, alors qu'elle a déclaré lors de son audition du 1er décembre 2022 qu'elle était dépourvue d'attaches familiales en France, ni d'une insertion professionnelle en France. En outre, la requérante, qui se prévaut d'une durée de présence en France d'un an et demi, a été interpellée à deux reprises et est défavorablement connue des services de police pour des faits de vol commis dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs et de recel commis le 19 juillet 2020. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Espagne où résident sa mère et sa fratrie. Dès lors, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si Mme D soutient, aux termes de sa requête, qu'elle craint pour sa sécurité en cas de retour en Espagne dès lors qu'elle y subirait, à la suite du décès de son père, trafiquant de drogue, des menaces de représailles de la part de la mafia espagnole, elle ne produit aucun justificatif au soutien de cette allégation. En outre, ces déclarations apparaissent contradictoires au regard de celles effectuées lors de son audition par les services de police, au cours de laquelle elle avait indiqué avoir fui l'Espagne au motif que sa famille qui y réside tentait de lui imposer sa religion et de la priver de sa liberté, tout en indiquant par ailleurs qu'elle ne subissait de menaces ni en Espagne ni en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment de la seule circonstance qu'elle a été orientée vers une prise en charge psychologique en raison de problèmes d'addictions médicamenteuses que le préfet aurait entaché sa décision d'une quelconque erreur manifeste d'appréciation en prononçant sa remise aux autorités espagnoles, alors au demeurant qu'il n'est pas établi ni même allégué qu'elle ne pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale en Espagne.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant remise de Mme D aux autorités espagnoles doivent être rejetées.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de circuler pendant deux ans sur le territoire français :
15. Aux termes de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'Etat aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 622-2 du même code : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
16. La décision portant interdiction de circuler sur le territoire français indique, après avoir relevé que l'intéressé a été interpellée le 1er décembre 2022 pour des faits de détention de marchandises contrefaites et de produits psychotropes, que la situation de Mme D justifie que soit prise à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an, cette durée ayant été apposée de manière manuscrite, mais mentionne en son article 2 une interdiction de circulation pour une durée de deux ans. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale, qui évoque d'ailleurs dans son mémoire en défense une interdiction d'une durée d'un an, ne peut être regardée comme ayant procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de la requérante. Par suite, la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français doit, pour ce seul motif et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, être annulée.
D E C I D E :
Article 1er : La décision contenue dans l'arrêté du 1er décembre 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a interdit à Mme D de circuler sur le territoire français est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, et au préfet du Val-d'Oise.
Lu en audience publique le 13 décembre 2022.
La magistrate désignée,
Signé : S. F
La greffière,
Signé : S. AIT MOUSSA
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. AIT MOUSSA
N° 2211489
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026