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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211699

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211699

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 30 novembre 2022, enregistrée le 2 décembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Melun, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a, en vertu des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal la requête de M. C B.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le

28 novembre 2022, et un mémoire complémentaire, enregistré le 17 novembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Melun, M. C B, représenté par Me Langagne, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2022 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation par le préfet ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle mentionne qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français alors qu'il n'est pas soumis à une obligation de visa ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision doit être annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne les " demandes du requérant " :

- compte tenu de sa situation actuelle, il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " ;

- il doit se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ou, à défaut, le préfet doit procéder au réexamen de sa situation et lui délivrer une attestation provisoire de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2023, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Luneau, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R.777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Luneau ;

- les observations de Me Langagne représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait plus particulièrement valoir que la vie privée et familiale de M. B se trouve en France où habitent ses deux enfants qui y sont scolarisés, que son ex-femme séjourne régulièrement sur le territoire français jusqu'en 2024 et qu'elle travaille pour une collectivité. Il ajoute que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant

- et les observations de M. B.

Le préfet du Val d'Oise n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 9h57.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant albanais né le 8 juin 1988 à Ceruje Burrel (Albanie), est entré en France en juin 2013 selon ses déclarations. Par un arrêté du 17 novembre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Val d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 22/145 du 19 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val d'Oise du même jour et librement accessible et consultable notamment sur le site internet de la préfecture, le préfet du Val d'Oise a donné délégation à M. D A, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, à l'effet de signer notamment tous les actes relevant des domaines suivants : toute obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire et toute décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté du 17 novembre 2022 énonce l'ensemble des circonstances de fait et de droit qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français et il est ainsi suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet du Val d'Oise n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de la décision attaquée, à un examen particulier de la situation personnelle de M. B. La seule erreur sur le nombre d'enfants du requérant ne caractérise un défaut d'examen particulier et est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Au demeurant, il ressort du procès-verbal d'audition menée le 17 novembre 2022 de 11h55 à 13h15, signé sans réserve par le requérant, que celui-ci a déclaré être le père de trois enfants. Par suite, le moyen tiré du défaut sérieux d'examen de sa situation doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () ".

6. Si M. B soutient que le préfet du Val d'Oise a commis une erreur de droit en retenant qu'il était entré irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il n'est pas soumis à une obligation de visa, il ressort des motifs de l'arrêté du 17 novembre 2022 que l'obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement des dispositions du 1° et du 2° de l'article

L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, à raison du maintien irrégulier de M. B sur le territoire national au-delà de trois mois. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'en ne retenant que le seul motif tiré du maintien irrégulier sur le territoire français de M. B, le préfet aurait pris la même décision. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise l'autorité préfectorale doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. B, qui se prévaut de sa présence en France depuis 2013, soutient qu'il est le père de deux enfants scolarisés en France depuis plus de trois ans qu'il a eu avec une compatriote dont il vit séparé, laquelle est titulaire d'une carte de séjour temporaire, et qu'il contribue à leur entretien et à leur éducation. Il n'établit toutefois pas la durée et la continuité de son séjour en France. En outre, la production d'une simple attestation de la mère de ses enfants indiquant qu'il est présent pour leurs activités sportives et de loisirs et leur suivi médical, de deux attestations, au demeurant non datées, de responsables du club de boxe où s'entraîne l'un de ses fils précisant que le requérant l'accompagne à ses entraînements, et de certificats attestant de la scolarisation de ses enfants dans une école des Yvelines ne permettent pas de justifier qu'il contribue effectivement à l'entretien de ses enfants ni qu'il participe de façon suffisante à leur éducation. Dans ces conditions, M. B, qui ne justifie pas être dénué d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val d'Oise aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En sixième lieu, Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ".

10. Ainsi qu'il vient d'être dit, M. B ne justifie pas de sa contribution effective à l'entretien de ses deux enfants dont il est constant qu'il vit séparé. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées aux points 7. à 10. du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet du Val d'Oise aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 11. du présent jugement que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen invoqué doit donc être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 novembre 2022 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction, présentées par le requérant sous le titre " II.3. SUR LES DEMANDES DE MONSIEUR B C ", ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Val d'Oise

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La magistrate désignéeLa greffière

F. LUNEAU S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2211699

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