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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211714

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211714

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantFAUVEAU IVANOVIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 décembre 2022 et le 16 mars 2024,

Mme H F, représentée par Me Fauveau-Ivanovic, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 novembre 2022 rejetant son recours administratif préalable obligatoire contre la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 8 août 2022 dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut, de réexaminer sa situation personnelle et ses droits ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII, en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et l'article 37, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, le reversement à son conseil de la somme de 1 500 euros.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'insuffisance de motivation puisqu'elle ne contient aucun élément factuel propre à sa situation, en méconnaissance de l'article 41.2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation en méconnaissance de l'article

L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 janvier 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Lalande, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 8 août 2022, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a refusé à Mme F, ressortissante algérienne née le 22 avril 1995, à son époux, M. C A, né le 4 juillet 1979, et à leurs deux enfants, G D et E, nés respectivement les 25 avril 2017 et 17 janvier 2019, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. La requérante a alors exercé le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article R. 551-17 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, recours qui a été rejeté par décision expresse du directeur général adjoint de l'OFII en date du 17 novembre 2022. Par la requête susvisée, Mme F demande l'annulation de cette décision du 17 novembre 2022.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 janvier 2023. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'elle soit admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. " L'article

L. 552-8 du même code dispose que : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. /Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. " L'article L. 552-9 du même code précise que " Les décisions d'admission dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ainsi que les décisions de changement de lieu, sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. "

4. D'autre part, l'article L. 551-15 du même code dispose que : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article L. 551-16, pour sa part, prévoit que : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L. 551-16 du même code. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été proposées.

6. En premier lieu, la décision litigieuse vise notamment l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que la requérante a refusé une proposition d'hébergement, sans motif légitime, le 8 août 2022, que le fait de souhaiter rester en Ile-de-France, où elle déclare être hébergée chez un cousin, de façon stable, ne constitue pas un motif pour justifier son refus et qu'en outre, le service médical de l'OFII, saisi pour avis, n'a pas relevé de vulnérabilité particulière la concernant. Enfin, la décision ajoute que la requérante et son époux ne sont pas isolés sur le territoire français où ils vivent en famille et où résident des membres de leur famille (frère, cousins). B rédigée, la décision comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, et est suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et de la décision litigieuse, qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen de la situation de Mme F.

7. En deuxième lieu, Mme F soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que si elle " a effectivement refusé l'orientation régionale ", c'est " uniquement parce qu'elle bénéficiait d'un hébergement et parce qu'elle n'a pas compris que le refus de l'orientation régionale peut entraîner le refus des conditions matérielles d'accueil ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le

8 août 2022 au guichet unique des demandeurs d'asile (GUDA), Mme F s'est vu proposer par l'OFII, pour elle-même et les membres de sa famille, un hébergement à Poitiers, et qu'elle a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. A cet égard, si Mme F soutient qu'elle n'a pas compris que le refus de la proposition d'hébergement entraînerait un refus des conditions matérielles d'accueil de la part de l'OFII, il ressort de l'offre de prise en charge que Mme F a été informée dans une langue qu'elle parle et comprend, à savoir le français, des conditions et modalités de refus des conditions matérielles d'accueil, notamment en cas de refus d'une proposition d'hébergement. D'autre part, si Mme F se prévaut de la maladie de son époux ainsi que de son état anxio-dépressif, elle n'établit pas, ni même n'allègue que ces pathologies ne pouvaient pas être effectivement suivies à Poitiers, ou à Paris tout en demeurant à Poitiers. De même, si elle invoque la présence à ses côtés de ses deux enfants mineurs de trois et cinq ans, elle n'explique pas en quoi leur scolarisation ne pourrait être prise en charge à Poitiers. Par suite, en considérant que Mme F avait, sans motif légitime, refusé la proposition d'hébergement, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs, la décision litigieuse ne peut être regardée comme méconnaissant l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision litigieuse. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'il a présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et

37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme F.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H F et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Pradalié, premier conseiller,

M. Fanjaud, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

D. LALANDE L'assesseur le plus ancien,

M. PRADALIE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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