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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211729

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211729

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2022, Mme D B, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Mme B soutient que les décisions litigieuses :

* sont entachées d'incompétence ;

* sont insuffisamment motivées ;

* sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

* ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

* sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

* sont entachées d'une erreur de droit ;

* méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Pas-de-Calais, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces le 6 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Norval-Grivet, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Weinberg, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens, à l'exception de celui tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté, sous réserve que la préfecture ait produit la délégation de signature, et de celui tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire, et soutient en outre que :

* la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet aurait dû solliciter l'avis du collège de médecins de l'OFII compte tenu des problèmes de santé dont a fait état la requérante ;

* cette décision méconnaît l'article L. 611-3 du même code ;

* cette décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors que Mme B ayant demandé l'asile en Espagne, Etat responsable de l'examen de cette demande, elle aurait pu faire l'objet d'un arrêté de transfert mais non d'une obligation de quitter le territoire français ;

- et les observations de Mme B.

Le préfet du Pas-de-Calais n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 25 mars 1994 à Bouake, a été interpellée en zone d'accès restreint lors du contrôle des passagers d'un véhicule qui tentait de se rendre en Grande-Bretagne, en possession d'un passeport falsifié. Par un arrêté du 4 décembre 2022, le préfet du Pas-de-Calais l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée d'un an. Par ce même arrêté, elle a été placée en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 6 décembre 2022. Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions contenues dans cet arrêté du 4 décembre 2022, à l'exception de celle la plaçant en rétention.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Par un arrêté n° 2022-10-84 du 10 août 2022, publié le même jour au recueil spécial n° 97 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à Mme C A, attachée d'administration, cheffe du bureau du séjour, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives aux obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire et celles fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

4. La décision attaquée, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et notamment l'article L. 611-1 qui en constitue la base légale, mentionne que l'intéressée, interpellée en zone d'accès restreint alors qu'elle tentait de se rendre en Grande-Bretagne, avait pour seul but de rejoindre ce pays et que son entrée en France était ainsi motivée par un transit au sens de l'article R. 311-3 du même code. Elle précise que l'intéressée ne dispose d'aucun visa lui permettant d'entrer sur le territoire du Royaume-Uni et ne remplit donc pas les conditions d'entrée sur le sol national français fixées par ces dernières dispositions. La décision contestée, qui n'avait pas à exposer tous les éléments relatifs à la situation individuelle de l'intéressée, mentionne également les éléments relatifs à sa situation personnelle au regard des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, cette décision comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent ".

6. Dès lors qu'elle dispose d'éléments d'informations suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie, prévue aux dispositions précitées au 9° de l'article L. 611-3, des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

7. Il ressort des pièces du dossier que, lors de sa première audition par les services de police du 4 décembre 2022, Mme B a indiqué qu'elle souffrait d'endométriose, qu'elle avait subi différents examens à cet égard et devait passer une IRM, et, lors de sa seconde audition du même jour, que sa pathologie ne pouvait être soignée dans son pays d'origine. Toutefois, ces éléments ne permettent pas à eux-seuls, à défaut de tout autre élément, d'établir que le préfet ait disposé, à la date de la décision attaquée, d'éléments suffisamment précis et circonstanciés permettant d'établir que le défaut de prise en charge de l'état de santé de Mme B pourrait avoir pour des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni en tout état de cause, qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Côte d'Ivoire. Le préfet n'était ainsi pas tenu de recueillir l'avis du collège des médecins ou du médecin désigné par le directeur général de l'OFII avant de prendre l'arrêté contesté. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière, qu'elle serait entachée d'une erreur de droit à cet égard, ni qu'elle méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée avant l'édiction de sa décision.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " () l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen ". Aux termes de l'article L. 611-2 du même code : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un des États parties à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les 1° et 2° de l'article L. 611-1 lorsqu'il ne peut justifier être entré ou s'être maintenu sur le territoire métropolitain en se conformant aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20 et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21 de cette même convention ", et aux termes de l'article L. 621-3 : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention () ".

10. Le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement de l'article L. 621-3, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre. En revanche, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.

11. Toutefois, il y a lieu de réserver le cas de l'étranger demandeur d'asile. En effet, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Par suite, lorsqu'en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles d'un autre Etat, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert prise sur le fondement de cet article L. 572-1. En revanche, en application des dispositions de l'article 24 du règlement (UE) n° 604/2013, lorsque sa demande d'asile a été définitivement rejetée, l'étranger peut faire l'objet soit d'une décision de remise, soit d'une obligation de quitter le territoire français.

12. En l'espèce, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction de la décision contestée, Mme B aurait informé le préfet de ce qu'elle aurait déposé une demande d'asile dans un autre Etat. Il ressort au contraire des mentions du second procès-verbal d'audition en date du 4 décembre 2022, qui font foi jusqu'à preuve contraire, que Mme B a indiqué aux services de police qu'elle n'avait pas présenté de demande d'asile dans un autre Etat européen. D'autre part, si la requérante indique être demandeur d'asile en Espagne, il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à la décision critiquée et alors qu'elle a manifesté le souhait de déposer une demande d'asile en France, la consultation du système d'information " Eurodac " a révélé non pas qu'elle avait présenté une telle demande en Espagne, mais que ses empreintes y avaient été relevées pour franchissement de frontières le 19 juillet 2022. Enfin, et en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait demandé, notamment au cours de ses auditions, à être éloignée vers l'Espagne. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'en édictant une décision portant obligation de quitter le territoire français au lieu d'une décision de transfert, le préfet aurait commis une erreur de droit ne peut qu'être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Il ressort des pièces du dossier que Mme B, entrée en France sept mois avant l'édiction de la décision attaquée, est dépourvue de toute attache sur le territoire français ainsi qu'elle l'a d'ailleurs indiqué au cours de son audition et souhaitait rejoindre la Grande-Bretagne. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet, en l'obligeant à quitter le territoire français, aurait méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale.

14. En sixième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, qui n'a ni pour objet ni pour effet de la contraindre à retourner dans son pays d'origine.

15. En septième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 décembre 2022 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais l'a obligée à quitter le territoire français.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

17. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code dispose que :" Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

18. En premier lieu, la décision en litige cite l'ensemble des dispositions des articles L.612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle énonce, d'une part, que Mme B ne peut justifier être entrée régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et, d'autre part, que la requérante n'ayant pas déclaré de lieu de résidence effective et permanente en France, il existe un risque de soustraction aux obligations de quitter le territoire français qui ont été édictées à son encontre. Ainsi, cette décision comporte les motifs de droit et de fait qui constituent les fondements et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

19. En deuxième lieu, il ne ressort ni des énonciations de l'arrêté en litige, ni des pièces versées au dossier, qu'en refusant à Mme B l'octroi d'un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français, le préfet du Pas-de-Calais aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et particulier ni d'une erreur de droit.

20. En troisième lieu, eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation personnelle de la requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant à Mme B l'octroi d'un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français, le préfet du Pas-de-Calais aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

21. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

22. En cinquième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ, qui n'a ni pour objet ni pour effet de la contraindre à retourner dans son pays d'origine.

23. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 décembre 2022 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais lui a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

Sur la décision fixant le pays de destination :

24. En premier lieu, l'arrêté en litige, qui vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique que Mme B n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour à destination du pays dont elle revendique la nationalité ou tout autre pays où elle établirait être légalement admissible. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

25. En deuxième lieu, il ne ressort ni des énonciations de la décision attaquée, ni des pièces versées au dossier, qu'en fixant le pays à destination duquel Mme B pourrait être éloignée d'office, le préfet du Pas-de-Calais aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et particulier ni d'une erreur de droit.

26. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

27. En quatrième lieu, la requérante n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle serait exposée à un risque personnel d'atteinte à ses libertés ou à sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, en fixant le pays à destination Mme B pourrait être éloignée d'office, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

28. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 décembre 2022 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

29. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Enfin, selon l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

30. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

31. La décision en litige vise l'ensemble des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et cite notamment celles de l'article L. 612-6 de ce code. Elle énonce les éléments qu'elle prend en considération, et notamment les conditions de l'entrée et du séjour de Mme B, qui ne réside en France que depuis 7 mois, son absence de liens privés et familiaux dans ce pays, la circonstance qu'elle n'a pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement précédente et l'absence de menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le sol national, pour fixer à un an la durée de l'interdiction de retour en France. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.

32. En deuxième lieu, il ne ressort ni des énonciations de la décision attaquée, ni des pièces versées au dossier, qu'en faisant à Mme B interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet du Pas-de-Calais aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et particulier ni d'une erreur de droit.

33. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

34. En quatrième lieu, en limitant à une année la durée de l'interdiction de retour de Mme B sur le territoire français, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

35. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pendant un an à compter de l'exécution de son obligation de quitter le territoire français, le préfet du Pas-de-Calais aurait infligé à de Mme B un traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

36. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 décembre 2022 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

37. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet du Pas-de-Calais.

Lu en audience publique le 13 décembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé : S. E

La greffière,

Signé : S. AIT MOUSSA

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. AIT MOUSSA

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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