jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2211801 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | HAJJAJI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2022, M. A D, représenté par Me Hajjaji, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du préfet du Val-de-Marne de refus de regroupement familial au bénéfice de son fils B en date du 1er octobre 2020 notifiée le 13 octobre 2020, ensemble le refus implicite de son recours gracieux du 16 novembre 2020 réceptionné le 23 novembre suivant ;
2°) d'enjoindre à la préfecture du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et d'autoriser le regroupement familial au bénéfice de son fils B.
M. D soutient que :
- le refus de regroupement familial au bénéfice de son fils B constitue une atteinte disproportionnée au droit de ce dernier à vivre avec l'un de ses parents et une atteinte disproportionnée au droit du père d'avoir une vie privée et familiale avec son fils ;
- il est entaché d'une première erreur de droit en ce que le préfet du Val-de-Marne n'a manifestement pas examiné sa situation complète ;
- le refus litigieux est entaché d'une seconde erreur de droit tirée de la méconnaissance par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- il méconnaît l'intérêt supérieur de son fils en violation de la convention internationale de sauvegarde des droits de l'enfant ;
- le refus de regroupement familial est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences ;
- contrairement à ce qu'indique le préfet dans son arrêté, il dispose d'un logement considéré comme normal à même de pouvoir recueillir son fils ;
- il dispose également des capacités matérielles et financières pour accueillir son fils.
M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Freydefont a été entendu au cours de l'audience publique.
Le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience par le président de la formation de jugement, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () / 2° Lorsque la demande ne s'inscrit pas dans une procédure prévue par un texte législatif ou réglementaire ou présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif () " Il ressort des pièces du dossier que la demande de regroupement familial de M. A D, ressortissant tunisien né le 1er février 1974, au bénéfice de son fils mineur B né le 13 juin 2011 a été rejetée par décision du préfet du Val-de-Marne en date du 1er octobre 2020 notifiée le 13 octobre suivant. M. D a alors adressé le 16 novembre 2020 aux services de la préfecture du Val-de-Marne un recours gracieux réceptionné le 23 novembre 2020. Le silence gardé par le préfet sur ce recours pendant plus de deux mois a fait naître, en application du 2° de l'article L. 231-4 précité du code des relations entre le public et l'administration, une décision implicite de rejet à compter du 24 janvier 2021. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de la décision préfectorale du 1er octobre 2020 de refus de regroupement familial au bénéfice de son fils B, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formulé le 16 novembre 2020.
2. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa nomenclature antérieure au 1er mai 2021 applicable à la date de la décision attaquée : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : () / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. " Aux termes de l'article L. 411-3 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. " Aux termes de l'article L. 411-5 du même code, dans sa version alors en vigueur : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : () / 2° Le demandeur ne dispose pas ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique () ". Enfin, l'article R. 411-5 de ce code disposait, dans sa nomenclature applicable à la date de la décision, que : " Pour l'application du 2° de l'article L. 411-5, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / - en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m2 par personne supplémentaire au-delà de huit personnes () ".
3. Pour justifier son refus de regroupement familial au bénéfice du fils de M. D, le préfet du Val-de-Marne s'est fondé, d'une part, sur la circonstance que le demandeur " ne dispose pas ou ne disposera pas à la date d'arrivée de son enfant d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même zone géographique, en ce qui concerne sa superficie, conformément aux dispositions de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " et, d'autre part, sur le fait qu'il n'avait pas produit le jugement lui déléguant l'exercice de l'autorité parentale sur l'enfant en cause et précisant que l'autre parent était déchu de ses droits parentaux.
4. En premier lieu, M. D soutient qu'il dispose d'un logement considéré comme normal à même de pouvoir accueillir son fils. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant occupait à la date de la décision querellée un logement de type F4 situé au 9 rue Fernand Baudin à Boissy-Saint-Léger (94470), commune située en zone A, d'une superficie de 69 m², soit une superficie supérieure à la surface minimale de 62 m² exigée, en application des dispositions précitée, pour un foyer composé comme celui du requérant de six personnes, le requérant ne conteste pas sérieusement et ne produit pas de pièce probante de nature à remettre en cause le bien-fondé du second motif sur lequel s'est fondé le préfet du Val-de-Marne. En effet, s'il produit un jugement du tribunal de première instance de Kairouan en date du 4 septembre 2018 lui confiant la garde de son enfant B, M. D ne démontre pas par la production de ce jugement avoir l'autorité parentale exclusive sur ce dernier. Il ressort au contraire des termes du jugement que son ex-épouse et mère du jeune B, Mme C D, dont il est divorcé depuis le 7 avril 2011, bénéficie d'un droit de visite et d'accompagnement les dimanches et les jours de congés nationaux et religieux. De plus, si le requérant produit une " autorisation parentale " de Mme D datée du 24 octobre 2019, un tel document n'a aucune valeur juridique. Au demeurant, Mme D n'a donné l'autorisation parentale à son ex-époux que pour les sorties scolaires, les visites médicales et les voyages et non pour une installation définitive de son fils à l'étranger avec son père. Il s'ensuit que c'est à bon droit que la préfète a opposé à M. D l'absence de jugement lui déléguant l'exercice de l'autorité parentale sur l'enfant en cause et précisant que l'autre parent était déchu de ses droits parentaux pour rejeter sa demande de regroupement familial au bénéfice de son fils B.
5. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le préfet n'a entaché la décision querellée ni d'un défaut d'examen de la situation de M. D, ni d'une méconnaissance de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
6. En troisième lieu, si M. D soutient disposer des capacités matérielles et financières pour accueillir son fils, ce point, qui ne lui a pas été opposé par le préfet dans sa décision du 1er octobre 2020, n'est pas en litige.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Si M. D soutient que le refus de regroupement familial au bénéfice de son fils B constitue une atteinte disproportionnée au droit de ce dernier à vivre avec l'un de ses deux parents, il résulte de ce qui a été développé au point 4 que la mère du jeune B, qui vit en Tunisie, dispose d'un droit de visite et d'accompagnement de telle sorte que le regroupement familial aurait porté atteinte au droit du jeune B à voir sa mère. De plus, si le requérant soutient que le refus de regroupement familial porte une atteinte disproportionnée à son droit d'avoir une vie privée et familiale avec son fils, il est constant que l'intéressé vit en France depuis de nombreuses années sans son fils.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Si M. D soutient que le refus de regroupement familial méconnaît l'intérêt supérieur de son fils B en violation des stipulations précédentes, il résulte de ce qui a été développé au point 4 que la mère de ce dernier, divorcée du requérant, vit en Tunisie et dispose d'un droit de visite et d'accompagnement, de telle sorte que le regroupement familial porterait atteinte au droit du jeune B de voir sa mère régulièrement et méconnaîtrait son intérêt supérieur.
10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été développé aux points précédents que le moyen tiré de ce que le refus de regroupement familial est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences doit être écarté comme infondé.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet du Val-de-Marne de refus de regroupement familial du 1er octobre 2020 et du refus implicite du recours gracieux du 16 novembre 2020 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, seront également rejetées les conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Hajjaji et à la préfète du Val-de-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Freydefont, premier conseiller,
M. Meyrignac, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
Le rapporteur,
Signé : C. Freydefont
Le président,
Signé : N. Le Broussois Le greffier,
Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour exécution conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026