jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2211902 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre, JU |
| Avocat requérant | SELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2022, M. B A D demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information de Schengen.
M. A D soutient :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- qu'elles sont entachées d'incompétence ;
- qu'elles sont insuffisamment motivées ;
- qu'elles sont intervenues au terme d'un examen incomplet de sa situation ;
- qu'elles sont intervenues en méconnaissance des droits de la défense ;
- qu'elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
- qu'elles sont contraires à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- qu'elles sont contraires au paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A D ne sont pas fondés.
Par une décision du 15 mars 2023, la demande d'aide juridictionnelle de M. A D a été déclarée caduque.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Pottier, président, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Langagne, désignée d'office, représentant M. A D, assité de Mme C en langue espagnole, qui abandonne le moyen tiré de l'incompétence, qui réitère les autres moyens, et qui souligne que M. A D a un fils, qu'il est hébergé par le 115, qu'il est entré en France en septembre 2019 ; que son enfant est scolarisé depuis 2019 ; que cet élément n'a pas été pris en compte par le préfet de Seine-et-Marne ; que, s'agissant du refus de délai de départ volontaire, M. A a communiqué son passeport en cours de validité et justifie d'une adresse effective mentionnée sur plusieurs documents ; que l'interdiction de retour est entachée des mêmes illégalités ; qu'il demande une injonction au réexamen et la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant cubain né le 17 mars1988 à Camaguey (Cuba), entré en France le 7 octobre 2019 selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du
5 décembre 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, sur le fondement des dispositions du 4° et du 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a privé de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an.
Sur la légalité externe :
2. En premier lieu, l'arrêté du 5 décembre 2022 énonce l'ensemble des circonstances de fait et de droit qui constituent le fondement de chaque décision attaquée, et notamment le fait que le requérant est marié avec une compatriote et qu'il a un enfant, dont l'existence n'a pas été omise par le préfet. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé. Il ressort en outre des motifs de cet arrêté et des autres pièces du dossier, notamment du procès-verbal de l'audition de M. A D par les services de la gendarmerie nationale le 5 décembre 2022, que le préfet de Seine-et-Marne s'est livré à un examen complet de la situation de M. A D.
3. En second lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique cependant pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision le privant d'un délai de départ volontaire, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
4. En l'espèce, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de la gendarmerie nationale le 5 décembre 2022, avant l'édiction de l'arrêté attaqué, que
M. A D a été entendu notamment sur son identité, sa nationalité, son état de santé, sa situation familiale, son séjour en France et l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, sa situation professionnelle, sa situation administrative, ses ressources et s'il serait d'accord pour retourner dans son pays d'origine en cas de mesure d'éloignement prise à son encontre.
M. A D a ainsi pu être entendu sur l'irrégularité de son séjour et les motifs susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu est par conséquent infondé.
Sur la légalité interne :
5. En premier lieu, il est constant que M. A D n'est entré en France que le
7 octobre 2019 en vue d'y présenter une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 19 décembre 2019, qu'il s'est irrégulièrement maintenu sur le territoire national depuis lors et qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 15 février 2022 demeurée inexécutée. S'il déclare vivre en France avec une compatriote et leur fils, âgé de six ans et scolarisé depuis trois ans en France, il n'est pas établi ni allégué que sa compagne aurait un titre de séjour en France. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. A D est hébergé dans un hôtel social depuis le 12 juillet 2021 et, que s'il justifie d'une promesse d'embauche comme peintre dans une entreprise du bâtiment, celle-ci est datée du 1er décembre 2021 et antérieure à la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, alors qu'il a déclaré aux services de gendarmerie le 5 décembre 2022 ne faire toujours que de petits travaux " payés au noir en espèces de main à la main ", pour un montant d'environ 600 euros par mois. Ainsi, en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A D une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de ce que cette décision méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est par suite infondé. Le préfet n'a pas non plus méconnu l'intérêt supérieur de son enfant, dont rien n'oblige le requérant à se séparer, de sorte que le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant n'a pas davantage été méconnu. Il résulte également de ce qui précède que le préfet de Seine-et-Marne ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. A D.
6. En deuxième lieu, l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'administration peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire à l'étranger, aux termes du 3°, s'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire. L'article L. 612-3 précise que ce risque " peut être regardé comme établi ", " sauf circonstance particulière ", dans huit cas, et notamment le cas, prévu au 5°, où l'étranger " s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ", ainsi que le cas, prévu au 8°, où l'étranger " ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
7. En l'espèce, quand bien même M. A D - qui produit la copie de son passeport en cours de validité, fait état de son hébergement par le samu social, de la scolarisation de son fils et de plusieurs documents mentionnant son adresse (d'ailleurs pas toujours concordants avec l'ensemble des pièces du dossier) - justifierait de garanties de représentation suffisantes, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il s'est déjà soustrait à une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre plus de neuf mois avant l'arrêté attaqué, le 15 février 2022, alors qu'il a déclaré aux services de gendarmerie évoquant la possibilité d'une nouvelle mesure d'éloignement qu'il voulait demeurer en France. Dans ces conditions, le risque qu'il se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire doit être regardé comme établi. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire résulterait d'une inexacte application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 précité. En outre, si la scolarisation de son fils depuis trois ans en France constitue une circonstance qui aurait pu justifier que le préfet s'abstienne de refuser tout délai de départ volontaire, il ne peut en être ainsi en l'espèce du fait de la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet et à laquelle il s'est soustrait pendant plusieurs mois et au-delà même de l'année scolaire où elle avait été prise. M. A D n'est dès lors pas non plus fondé à soutenir que cette décision méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, ni qu'elle résulterait d'une appréciation manifestement erronée des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de
retour. / () ". L'article L. 612-10 précise que, pour fixer la durée de l'interdiction de retour mentionnée notamment à l'article L. 612-6, l'autorité administrative " tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
9. Eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, à l'absence d'attaches familiales en dehors de sa compagne et de son fils qui n'y ont pas de droit au séjour et qui sont de la même nationalité que lui, et à la mesure d'éloignement dont il a déjà fait l'objet au début de l'année 2022, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne se serait livré à une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-10 en lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant un an. Pour les mêmes raisons, et celles qui ont été précédemment énoncées, il n'est pas non plus fondé à soutenir que cette décision méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, ni qu'elle résulterait d'une appréciation manifestement erronée des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
10. Il résulte de tout ce qui précède - et sans qu'il soit besoin d'examiner d'office, au titre de la recevabilité, la question du caractère purement confirmatif de l'obligation de quitter le territoire français contestée eu égard à la précédente obligation prise le 15 février 2022 - que la requête de M. A D doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D et au préfet de
Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
X. PottierLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026