vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2211951 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | GOEAU-BRISSONNIERE |
Vu les procédures suivantes :
I. - Par une requête n° 2211951 enregistrée le 12 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Goeau-Brissonnière, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 8 décembre 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de première demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision portant refus de délivrance d'un récépissé méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une décision du 20 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A.
II. - Par une requête enregistrée le 27 juin 2023 sous le n°2306623, M. B A, représenté par Me Goeau-Brissonnière, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une insuffisance d'examen individuel de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour dès lors qu'il justifie résider de manière continue en France depuis plus de dix ans ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision d'interdiction de retour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'un délai de départ volontaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par un courrier du 3 septembre 2024, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en ce qu'elles sont dirigées contre des décisions inexistantes.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Collen-Renaux a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien, est entré en France le 28 juillet 2012 muni d'un visa court séjour. Après avoir fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans en date du 7 octobre 2021, M. A a sollicité, le 8 décembre 2022, son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été enregistrée mais aucun récépissé de sa demande de titre de séjour ne lui ayant été délivré à cette occasion, il demande, par sa requête n° 2211951, l'annulation de la décision du 8 décembre 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un récépissé. Par ordonnance du 12 janvier 2023, le juge des référés a suspendu l'exécution de la décision du 8 décembre 2022 et a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer un récépissé à M. A. Par un arrêté du 15 mai 2023, dont il demande l'annulation par sa requête n° 2306623, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
2. Les requêtes nos 2211951 et 2306623 présentées par M. A sont relatives à la situation d'un même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les demandes d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
4. La caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. A ayant été constatée par une décision du 20 septembre 2023, sa demande d'admission au bénéfice provisoire de cette aide juridictionnelle est devenue sans objet dans l'instance n° 2211951.
5. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait demandé à être admis à l'aide juridictionnelle dans l'instance n° 2306623. Dès lors, il n'y a pas lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission à titre provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle dans l'instance n° 2306623.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2306623 :
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait fait l'objet, le 15 mai 2023, de décisions portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. L'arrêté du 15 mai 2023, qui ne comporte pas de telles décisions, a pour seul objet de prononcer à son encontre un refus de titre de séjour. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation des décisions du 15 mai 2023 portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, dirigées contre des décisions inexistantes, sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2211951 :
7. Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande ". Aux termes de l'article R. 431-13 du même code : " La durée de validité du récépissé mentionné à l'article R. 431-12 ne peut être inférieure à un mois. Il peut être renouvelé ".
8. Il ressort des pièces du dossier que, le 8 décembre 2022, un document intitulé " Attestation " a été remis à M. A, faisant état que celui-ci s'était " présenté ce jour pour des démarches administratives concernant son titre de séjour et a déposé un dossier de demande de régularisation en qualité de Pacsé ". Toutefois, un tel document ne peut être regardé comme le récépissé prévu par les dispositions précitées de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit être regardé comme révélant un refus de délivrance du récépissé prévu par ces mêmes dispositions, document que les dispositions précitées obligent l'administration à délivrer. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision portant refus de délivrance d'un récépissé méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit donc être accueilli.
9. Il résulte de ce qui précède que la décision du 8 décembre 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer à M. A un récépissé de demande de titre de séjour doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2306623 :
10. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
11. Si la décision contestée comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement, elle ne comporte aucun motif de droit permettant de justifier le bien-fondé du refus de titre de séjour. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée.
12. Il suit de là que la décision en litige doit, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
13. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne ou à toute autre autorité territorialement compétente de procéder au réexamen de la demande de M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour et de prendre une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans cette attente, d'un récépissé. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les frais liés aux litiges :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État, qui est la partie perdante dans les deux instances, une somme globale de 2 400 euros au titre des frais exposés par M. A dans les deux instances et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans l'instance n° 2211951 est sans objet.
Article 2 : La décision du 8 décembre 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer à M. A un récépissé de demande de titre de séjour est annulée.
Article 3 : L'arrêté du 15 mai 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour est annulé.
Article 4 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer sa situation et de prendre une décision dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, un récépissé.
Article 5 : L'État versera à M. A une somme globale de 2 400 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2211951 et de la requête n° 2306623 de M. A est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète du Val-de-Marne et à Me Goeau-Brissonnière.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Mullié, présidente,
Mme Senichault de Izaguirre, conseillère,
M. Collen-Renaux, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.
Le rapporteur,
T. COLLEN-RENAUXLa présidente,
N. MULLIE
La greffière,
C. ROUILLARD
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Nos 22119511
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026