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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2211997

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2211997

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2211997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGRAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2022, la société à responsabilité limitée de Boissy et M. B C, représentés par Me Raimbert, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'il soit statué sur sa légalité :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 2022-534 en date du 17 octobre 2022 par lequel la maire de la commune de Sucy-en-Brie (Val-de-Marne) a ordonné la mise en œuvre immédiate de toute mesure coercitive et " notamment l'apposition, par un agent assermenté et commissionné, de scellés sur le portail extérieur de la propriété située au 39 rue de Boissy " lui appartenant pour prétendument " assurer l'application immédiate de l'arrêté interruptif de travaux édicté le 25 juillet et notifié le 16 août 2022 " ;

2°) de condamner la commune de Sucy-en-Brie à lui régler la somme de 4000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société à responsabilité limitée de Boissy indique qu'elle a acquis un immeuble situé 39 rue de Boissy à Sucy-en-Brie dans lequel elle a entrepris des travaux d'aménagement pour lesquelles elle a déposé une déclaration préalable le 17 janvier 2022, à une date où ces derniers travaux étaient achevés, que la maire de la commune de Sucy-en-Brie s'est opposée à cette déclaration le 4 mai 2022, compte tenu notamment de l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France, qu'un procès-verbal d'infraction a été dressé le 12 mai 2022 pour travaux non déclarés, qu'une visite sur place a été organisée le 23 mai 2022, qu'un arrêté interruptif de travaux en date du 25 juillet 2022 lui a été notifié le 16 août 2022, qu'il lui a été demandé, le 5 août 2022, de procéder à une régularisation de sa situation du chef de la réglementation des établissements recevant du public, que cette situation a été contestée le 23 septembre 2022, qu'elle a conclu un bail le 10 octobre 2022 à l'égard de M. C, qu'elle a été destinataire le 17 octobre 2022 d'une lettre lui indiquant que la commune était susceptible de faire application des mesures coercitives prévues par les alinéas 7 et suivants de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, qu'un arrêté en ce sens a été pris le même jour et exécuté par l'apposition immédiate de scellés sur le portail d'accès des véhicules sur le terrain d'assiette, qu'un recours a été engagé le jour même devant le présent tribunal, que le portail d'accès piétons a été également clos avec des scellés le 18 octobre 2022 et qu'en conséquence l'accès même à la propriété est impossible.

Il est soutenu, sur la condition d'urgence, qu'elle est satisfaite car il est porté atteinte à son droit de propriété et que la mesure en cause l'empêche de faire face à ses obligations financières dès lors que le locataire ne peut plus disposer du bien loué, et sur le doute sérieux, que l'arrêté contesté a été pris sans respect de la procédure contradictoire, le délai qui lui a été donné pour formuler ses observations étant trop court, que la décision en litige est dépourvue de base légale, l'arrêté du 25 juillet 2022 étant lui-même illégal, en raison de l'incompétence de son auteur, de son défaut de motivation d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, qu'elle est elle-même entachée d'un défaut de motivation et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistrée le 30 décembre 2022, la commune de Sucy-en Brie, représentée par Me Grau, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants d'une somme de 5000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite.

Par un mémoire en réplique, enregistrée le 4 janvier 2023, la société à responsabilité limitée de Boissy et M. B C, représentés par Me Raimbert, concluent aux mêmes fins.

Vu

- la décision contestée,

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

La société à responsabilité limitée de Boissy et M. B C ont présenté une requête, enregistrée le 13 décembre 2022 sous le numéro 2211996, demandant l'annulation de la décision attaquée.

La présidente du Tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 5 janvier 2023, présenté son rapport en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, et entendu :

- les observations de Me Raimbert, représentant la société à responsabilité limitée de Boissy et M. B C, qui rappelle que la décision attaquée a pour effet d'interdire l'entrée du local loué au locataire, qu'il s'agit d'une maison de onze pièces, que la mairie est obnubilée par la question du stationnement sur la rue de Boissy, qu'elle a considéré qu'il fallait interdire l'organisation de toute cohabitation sur le bien en y apposant des scellés, qui indique qu'il s'agit d'un détournement de pouvoir car il n'y a pas de changement de destination, que les scellés interdisent au locataire de rentrer chez lui, que les travaux entrepris portaient sur les boiseries extérieures refusés par la mairie, qu'ils ont été interrompus le 4 mai 2022, que les travaux intérieurs consistent en la création d'un point d'eau dans chaque pièce et que la commune a considéré qu'il y avait création de douze logements autonomes avec des conséquences en terme de stationnement, que les logements ne sont toutefois pas autonomes car il n'y a pas de cuisine et pas de toilettes dans toutes les chambres, que la mesure contestée aboutit à interdire toute utilisation du bien par la commune, que le condition d'urgence est ainsi établie, que si l'arrêté interruptif de travaux n'a pas été contesté c'était parce que ceux-ci étaient terminés pour ce qui concerne l'extérieur, qui maintient que le délai pour produire ses observations était trop court et que la mesure coercitive est illégale car le changement de destination est supposé et la mesure est absolue et disproportionnée, la commune disposant d'autres moyens pour faire respecter la légalité,

- les observations de Me Grau, représentant la commune de Sucy-en-Brie, qui rappelle que la société requérante a pour objet social la mise en location que la mairie a été informée en novembre 2021 de travaux sur la maison, que le dossier de déclaration préalable n'a été déposé qu'en mars 2022 et que les travaux ont été interrompus en mai 20122, qu'ils consistent en une modification substantielle des pièces de la maison, que chaque chambre dispose de toilettes, qu'un permis de construire était nécessaire ainsi que le respect de règles de sécurité, que l'arrêté interruptif de travaux a été pris en juillet 2022 et n'a pas été respecté, que les travaux ont continué, la société voulant mettre la commune devant le fait accompli pour faire de la sous-location comme prévu par le bail, qu'elle savait depuis novembre 2021 qu'il fallait une autorisation de construire et a tout fait pour gagner du temps, que la condition d'urgence n'est pas satisfaite car la situation a été créée par la société, que les travaux ont continué après mai 2022, que la mairie n'a pas à demander à la société de remettre le bâtiment en l'état et que la mesure est proportionnée à son comportement consistant à mettre la mairie devant le fait accompli.

Le 9 janvier 2023, Me Grau, représentant la commune de Sucy-en-Brie a transmis au tribunal une note en délibéré qui conclut aux mêmes fins.

Le 9 janvier 2023, Me Raimbert, représentant la société à responsabilité limitée de Boissy et M. B C, a transmis une note en délibéré qui conclut aux mêmes fins.

Considérant ce qui suit :

1 Par un arrêté interruptif du 25 juillet 2022, la maire de la commune de Sucy-en-Brie a mis en demeure la société à responsabilité limitée de Boissy de cesser les travaux engagés sur l'unité foncière cadastrée section AV n° 371 au 39 de la rue de Boissy, considérant que ceux-ci méconnaissaient plusieurs dispositions du plan local d'urbanisme de la commune et en particulier les articles UC 11 et UC 12 ainsi que l'article 12 du A) du titre II de ce règlement. Ayant fait constaté par la police municipale ainsi que par les agents commissionnés et assermentés que les travaux, notamment de changement de destination, étaient toujours en cours et que la société entendait bien, selon elle, mener à bien un projet de transformation de la maison d'habitation en un établissement d'au moins douze chambres, après avoir demandé à la société de formuler ses observations par une lettre du 14 octobre 2022, par un arrêté du 16 octobre 2022, la maire de la commune de Sucy-en-Brie a décidé de mettre en œuvre " toute mesure coercitive nécessaire " pour faire respecter l'arrêté du 25 juillet 2022, qui se sont traduites par l'apposition de scellés sur les portails d'accès à la propriété. La société à responsabilité limitée de Boissy, par une requête enregistrée le 17 octobre 2022 a contesté devant le présent tribunal la légalité de la décision du 25 juillet 2022, puis par une nouvelle requête, enregistrée le 13 décembre 2022, ensemble avec M. C, locataire des lieux, celle de l'arrêté du 16 octobre 2022, dont ils demandent par la présente requête, au juge des référés de prononcer la suspension de l'exécution.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2 Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3 L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4 Pour justifier de l'urgence à voir suspendre l'exécution de l'arrêté du 16 octobre 2022, les requérants soutiennent que la mesure contestée porte atteinte au droit de propriété de la société en ce qu'il lui interdit de disposer de son bien ainsi qu'un préjudice financier en l'empêchant de satisfaire à ses obligations contractuelles à l'égard de son preneur et empêche ce dernier à accéder au bien loué en tout légalité.

5 Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, la société à responsabilité limitée de Boissy ne pouvait ignorer que les travaux engagés, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, dans l'immeuble dont elle était propriétaire n'étaient pas autorisés, la circonstance qu'ils aient été terminés à la date du dépôt de la déclaration préalable, au demeurant donc tardive et qui a d'ailleurs fait l'objet d'une opposition de la part de la maire de la commune, étant sans incidence, et qu'elle a donc, en toute connaissance de cause, loué à un particulier le bâtiment en cause tout en sachant que sa configuration résultante des travaux entrepris n'avait pas été autorisée. Par suite, elle ne peut se prévaloir d'une situation d'urgence qui résulte de son propre comportement et de son retard à vouloir observer les dispositions d'urbanisme applicables dans ce secteur de la commune de Sucy-en-Brie et de la protection du patrimoine architectural qui y est mise en œuvre, alors même qu'elle a disposé du temps nécessaire pour le faire depuis le mois de novembre 2021, date de la première mise en garde de la commune.

6 Il résulte de tout ce qui précède que, la condition d'urgence, qui doit s'analyser globalement, n'est pas satisfaite.

7 Par suite, la requête de la société à responsabilité limitée de Boissy et de M. B C ne pourra qu'être rejetée, dans l'ensemble de ses composantes.

Sur les frais liés à l'instance :

8 En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de la société à responsabilité limitée de Boissy et de M. B C une somme de 1200 euros au titre des frais exposés par la commune de Sucy-en-Brie et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société à responsabilité limitée de Boissy et de M. B C est rejetée.

Article 2 : La société à responsabilité limitée de Boissy et M. B C verseront solidairement à la commune de Sucy-en-Brie une somme de 1200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société à responsabilité limitée de Boissy, à M. B C, à la commune de Sucy-en-Brie et à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2211997

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