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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2212014

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2212014

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2212014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantWANTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2022, Mme B E F, représentée par Me Wantou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2022, notifié le 13 décembre 2022, par lequel le préfet de police l'a maintenue en rétention ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de procéder sans délai et sous astreinte, à la délivrance d'une attestation de demande d'asile au titre de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la décision de la cour nationale du droit d'asile et de lui fournir les droits prévus par la directive 2013/33/UE du 26 juin 2016 et un lieu susceptible de l'accueillir ainsi qu'une allocation journalière ;

3°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier en application de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Elle soutient que :

- l'auteur de cet arrêté n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu'elle n'a pas été entendue préalablement à la décision de maintien en rétention ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où le préfet n'établit pas lui avoir communiqué le guide du demandeur d'asile traduit dans plusieurs langues ;

- elle méconnaît son droit à un recours effectif, dès lors que le recours devant la Cour nationale du droit d'asile formé en rétention n'est pas suspensif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n°2 a communiqué des pièces enregistrées le 28 décembre 2022.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- la décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal administratif de Melun a désigné Mme A, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article R. 776-15 et aux chapitres 6, 7, 7 bis, 7 ter et 7 quater du titre VII du livre VII du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Wantou, représentant Mme F, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre à l'audience que

Mme F appartient à un groupe d'étudiants à Cuba qui ont manifesté contre la suppression de leurs bourses par les autorités de son pays et que certains de ces étudiants, qui sont retournés au Congo, ont disparu, qu'elle a des craintes en raison de son orientation sexuelle, que sa demande d'asile n'est pas dilatoire et qu'elle souhaitait prendre le temps de constituer un dossier de demande d'asile en bonne et due forme.

Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h16.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 12 décembre 2022, notifié le 13 décembre 2022, le préfet de police a décidé de maintenir Mme F en rétention administrative, ressortissante de nationalité congolaise, après le dépôt de sa demande d'asile au centre de rétention administrative le 13 décembre 2022. Par décision en date du 16 décembre 2022, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a prononcé le rejet de la demande d'asile de l'intéressée. Par la requête susvisée, Mme F demande l'annulation de l'arrêté du préfet de police.

Sur la production de l'entier dossier :

2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de la requérante détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 3 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. C D a reçu délégation du préfet de police à l'effet notamment de signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 12 décembre 2022, notifié le 13 décembre 2022, du préfet de police comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté manque en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Selon la jurisprudence de la cour de justice de l'Union européenne [C-166/13 du 5 novembre 2014 et

C-249/13 du 11 décembre 2014], une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

6. D'une part, la circonstance que la requérante n'aurait pas été de nouveau entendue, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué le temps nécessaire de l'examen de sa demande d'asile ne permet pas de regarder l'intéressée comme ayant été privée du droit d'être entendu qu'elle tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. D'autre part, et au surplus, la requérante, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendue a été méconnu, ne précise pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit pris l'arrêté attaqué et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à celui-ci. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée et le principe général des droits de la défense, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis au demandeur d'asile un document d'information sur la procédure de demande d'asile, sur ses droits et sur les obligations qu'il doit respecter au cours de la procédure, sur les conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et sur les moyens dont il dispose pour l'aider à introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. / Ce document l'informe également sur ses droits et sur les obligations au regard des conditions d'accueil, ainsi que sur les organisations qui assurent une assistance aux demandeurs d'asile. / Cette information se fait dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ". Aux termes de l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit : " L'étranger placé ou maintenu en rétention administrative qui souhaite demander l'asile est informé, sans délai, de la procédure de demande d'asile, de ses droits et de ses obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ces obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. / Cette information lui est communiquée dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ". Aux termes de l'article L. 744-6 du même code : " A son arrivée au centre de rétention, l'étranger reçoit notification des droits qu'il est susceptible d'exercer en matière de demande d'asile. / A cette fin, il peut bénéficier d'une assistance juridique et linguistique. Lui sont notamment indiquées les conditions de recevabilité d'une demande d'asile formée en rétention prévues à l'article L. 754-1. ". Enfin, l'article L. 744-8 du même code prévoit que " Dans chaque lieu de rétention, un document rédigé dans les langues les plus couramment utilisées, et décrivant les droits de l'étranger au cours de la procédure d'éloignement et de rétention, ainsi que leurs conditions d'exercice, est mis à disposition des personnes retenues. / La méconnaissance des dispositions du présent article est sans conséquence sur la régularité et le bien-fondé des procédures d'éloignement et de rétention. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui a signé sans réserve le

9 novembre 2022 un document faisant état de la notification de ses droits en rétention et lui indiquant notamment qu'elle dispose d'un délai de cinq jours à compter de la présente notification pour demander l'asile, a déposé une demande d'asile le 13 décembre 2022. Si la requérante entend soutenir que le guide du demandeur d'asile prévu à l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui aurait pas été remis, ni ces dispositions, ni les dispositions précitées de l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient expressément la remise de ce document aux étrangers sollicitant l'asile après leur placement en rétention. Si elle entend faire valoir également que, d'une manière générale, elle n'aurait pas reçu l'information prévue par les dispositions précitées, en tout état de cause, elle n'assorti ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé de sorte qu'elle doit être réputée, par la concrétisation de sa demande, avoir reçu les informations relatives aux droits et obligations du demandeur d'asile placé en rétention.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ / (). ".

10. Si la requérante soutient que la demande d'asile déposée le 13 décembre 2022 lors de sa rétention ne présente pas un caractère dilatoire dès lors qu'elle craint pour sa vie au Congo en raison de son orientation sexuelle et de sa participation à des manifestations d'étudiants congolais à Cuba, il ressort des pièces du dossier que la requérante a été informée le 9 novembre 2022 de ce que sa demande d'asile ne sera plus recevable pendant la période de rétention, si elle est formulée plus de cinq jours après cette notification. En outre, il ressort des pièces du dossier que la requérante n'a entrepris aucune démarche en vue de formuler une demande d'asile alors qu'elle déclare être entrée sur le territoire français depuis le 25 octobre 2022 et n'a présenté une telle demande qu'après son placement en rétention administrative en vue de son éloignement, que l'intéressée a remis sa demande d'asile le 13 décembre 2022, que cette demande a contraint l'administration à annuler le vol prévu le 14 décembre 2022, et que son comportement a été signalé par les services de police le 9 novembre 2022 pour refus d'embarquement. Dès lors, ces faits objectifs sont de nature à établir que la demande d'asile qu'elle a présentée au centre de rétention administrative l'a été dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet au sens de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. En sixième et dernier lieu, la décision de maintien en rétention contestée ne fait pas obstacle à la saisine de la Cour nationale du droit d'asile par la requérante. La circonstance que cette saisine ne soit pas suspensive de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de l'intéressé ne porte pas en elle-même atteinte au droit de celle-ci à un recours effectif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ce droit doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du

12 décembre 2022, notifié le 13 décembre 2022, du préfet de police doivent être rejetées. Il en va de même par voie de conséquence des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E F et au préfet de police.

Lu en audience publique le 28 décembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé : T. A

La greffière,

Signé : S. AIT MOUSSA La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. AIT MOUSSA

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