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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2212069

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2212069

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2212069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantTHIBOLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Thibolot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sans délai et ce, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 423-7, L. 423-10 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elles sont entachées d'erreurs de fait ;

- il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, familiale et professionnelle.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une lettre du 1er septembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 4 octobre 2023 sans information préalable.

Une ordonnance de clôture immédiate de l'instruction a été prise le 5 octobre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Senichault de Izaguirre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant cubain, est entré en France sous couvert d'un visa C valable du 14 février 2018 au 30 mai 2018 puis du 15 août 2018 au 29 octobre 2018. Il a obtenu un visa D " famille de français " valable du 19 octobre 2019 au 17 janvier 2020, puis un titre de séjour en tant que parent d'un enfant français valable jusqu'au 18 décembre 2020 et renouvelé jusqu'au 18 décembre 2021 lui a été délivré le 19 décembre 2019. Le 21 décembre 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et a obtenu deux récépissés valables jusqu'au 16 novembre 2022. Par un arrêté du 1er septembre 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui renouveler le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Il demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. En outre, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

4. Pour refuser de délivrer à M. B le renouvellement du titre de séjour sollicité, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur le motif tiré de ce que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été condamné par le tribunal judiciaire de Créteil le 5 mai 2020 à 5 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de violence sans incapacité, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire liée à la victime par un pacte civil de solidarité.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est le père de deux enfants français nés le 16 août 2018 et le 21 novembre 2020 de sa relation avec une ressortissante française, Mme A, avec laquelle il vit en concubinage. Il justifie, par les nombreuses pièces versées au dossier, qu'il participe à l'éducation et à l'entretien de ses enfants. S'il est constant qu'il a été condamné en raison de violences sur sa concubine le 5 mai 2020 et qu'il avait interdiction de se rendre à son domicile, cette interdiction a été levée par le juge d'application des peines le 8 juillet 2021. Le couple, qui a reçu en 2021 de l'aide de la part d'une assistante sociale, d'une éducatrice spécialisée ainsi que d'une puéricultrice, vit désormais de manière stable avec ses deux enfants comme en atteste d'ailleurs Mme A par un courrier qu'elle a adressé à la préfète du Val-de-Marne le 20 septembre 2022. Enfin, le requérant a réalisé des missions d'intérim en 2020, 2021 et 2022 et a été engagé en contrat à durée indéterminée le 28 septembre 2022 par la société Carrefour qui a dû suspendre son contrat en l'absence de renouvellement de son titre de séjour. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et que la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 1er septembre 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé le renouvellement du titre de séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa reconduite à la frontière doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à M. B un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de sa notification, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Thibolot, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Thibolot de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 1er septembre 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé renouveler le titre de séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa reconduite à la frontière est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent de délivrer à M. B un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Thibolot, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Thibolot et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

C. ROUILLARD

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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