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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2212085

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2212085

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2212085
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Hug, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 février 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a implicitement rejeté le recours préalable qu'il a formé le 14 décembre 2022 contre la décision du 7 novembre 2022 lui refusant les conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard et ce, depuis la date du refus ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte alors qu'il a de sérieux problèmes de santé ;

- elle est entachée d'un vice de procédure compte tenu de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la proposition d'hébergement est intervenue antérieurement à la notification de l'information prévue à l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'arrêté ministériel du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le requérant n'a pas refusé une orientation en région en toute connaissance de cause.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une lettre du 1er septembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 4 octobre 2023 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 5 octobre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Senichault de Izaguirre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tchadien, a présenté une demande d'asile le 7 novembre 2022. Par une décision du 7 novembre 2022, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile au motif qu'il avait refusé l'orientation en région qui lui avait été proposée. M. B a formé contre cette décision un recours administratif préalable obligatoire le 14 décembre 2022. Dans le cadre de la présente instance, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ". Aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; (). La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".

3. En premier lieu, l'institution, par les dispositions précitées, d'un recours administratif préalable obligatoire, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Il en résulte que les vices propres de la décision initiale ne sauraient être utilement invoqués à l'appui d'un recours contestant la décision rejetant ce recours. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à son encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables à la décision initiale qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à cette décision, sont susceptibles d'affecter la régularité de la décision soumise au juge. Par ailleurs, lorsque la décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire est implicite et que le requérant n'en a pas sollicité la communication des motifs en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, elle doit être regardée comme fondée sur les mêmes motifs que la décision initiale.

4. En l'espèce, M. B, qui a saisi le directeur général de l'OFII d'un recours préalable obligatoire dirigé contre la décision du 7 novembre 2022, ne saurait utilement se prévaloir de ce que cette décision lui ayant refusé initialement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à laquelle s'est entièrement substituée la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire, serait insuffisamment motivée. Par suite, ce moyen est inopérant et ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B préalablement à l'intervention de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit ainsi être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L.522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

7. M. B soutient que la décision de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été prise au terme d'une procédure irrégulière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a procédé à un entretien de vulnérabilité le 7 novembre 2022 avant de lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et que les seules pièces du dossier ne permettent pas d'établir une situation de vulnérabilité au sens des dispositions de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en droit d'asile, qui dispose une liste non exhaustive dans laquelle la situation du requérant ne trouve pas d'attache. Enfin, si le requérant soutient qu'il n'est pas justifié que cet entretien aurait été mené par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin, il ne fournit lui-même aucun élément en sens contraire. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen de la vulnérabilité du requérant et du défaut de formation spécifique de l'agent ayant conduit l'entretien d'évaluation doivent être écartés.

8. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".

9. Si M. B soutient que la proposition d'hébergement serait intervenue antérieurement à l'information prévue par les dispositions précitées de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier qu'il a été informé de manière concomitante, le 7 novembre 2022, de la proposition d'hébergement, ainsi que des conditions de refus des conditions matérielles d'accueil. Aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit que ces informations ne puissent pas être délivrées de manière concomitante. Par suite, ce moyen sera écarté.

10. En cinquième lieu, M. B ne saurait utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, qui ne constitue pas la base légale de la décision attaquée, laquelle n'est pas davantage prise pour l'application de cet arrêté.

11. En sixième lieu, M. B soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 précitées. Toutefois, il ne conteste pas avoir refusé la proposition d'hébergement qui lui avait été faite par l'OFII en application de l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 du même code. S'il soutient que ce refus était justifié par la circonstance qu'il ne comprenait pas ce qui lui était dit, il n'assortit en tout état de cause ses allégations d'aucun élément de preuve, notamment s'agissant de l'information transmise dans une langue qu'il ne comprendrait pas. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

12. En septième et dernier lieu, M. B, qui ne soutient pas avoir été privé d'une information dans une langue qu'il comprend, n'apporte aucun élément sur les raisons qui l'ont empêché de discerner les implications de la proposition qui lui a été faite et les effets d'un refus de sa part sur sa situation administrative. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait manque en fait.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Hug et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

Mme Senichault de Izaguirre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.

La rapporteure,

J. SENICHAULT DE IZAGUIRRELa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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