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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2212116

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2212116

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2212116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBECHIEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2022 sous le n° 2212116, M. B A, demeurant 14 rue Louis Talamoni à Champigny-sur-Marne (94500), représenté par Me Béchieau, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de la décision prise par la préfète du Val-de-Marne portant refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour édictée le 13 septembre 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, avec astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour, ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, avec astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le reversement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce dans ce cas à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

* sa requête en référé suspension est recevable compte tenu de l'existence d'une décision lui faisant grief requête distincte en annulation de la décision contestée ;

* la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors que la décision préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation puisqu'elle est mère de trois enfants dont deux mineurs et qu'elle et son époux sont sans ressources et ne peuvent travailler sans document de séjour ;

* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse dès lors que :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation en violation des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce qu'une mesure d'éloignement antérieure ne saurait valablement fonder un refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur de fait puisque c'est sans raison qu'il est indiqué qu'elle ne justifie pas d'une insertion en France ;

- elle viole l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, le sous-préfet de

Nogent-sur-Marne conclut à l'irrecevabilité de la requête en faisant valoir qu'il avait bien compétence pour prendre la décision querellée, que M. A s'est vu notifier une obligation de quitter le territoire français en date du 19 septembre 2019 du préfet du Doubs successivement validée par le tribunal administratif de Besançon et la cour administrative d'appel de Dijon suite aux rejets de ses demandes successives d'asile ; or, l'intéressé ne fait état d'aucun élément nouveau susceptible de justifier le réexamen de sa situation et ne justifie d'aucune insertion dans la société française.

Vu :

- la décision préfectorale litigieuse en date du 13 septembre 2022 ;

- la requête à fin d'annulation de cet arrêté enregistrée sous le n° 2212112 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de cette loi ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C, premier-conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 janvier 2023 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Béchieau, représentant M. A, requérant présent accompagné de son épouse et de leurs trois enfants, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus qu'il a adressé le 23 août 2022 une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'il lui a été opposé le 13 septembre 2022 un refus ; l'urgence est avérée dans la mesure où il est maintenu en situation irrégulière par la décision contestée alors qu'il a toute sa famille en France, à savoir son épouse et ses trois enfants dont l'aîné est majeur en situation régulière et scolarisé en France depuis 8 ans ; de plus, il justifie d'une promesse d'embauche ; enfin, l'autorisation au droit d'asile dont il est fait état dans le mémoire en défense concerne un homonyme ainsi qu'il ressort du n° étranger qui figure sur ce document qui n'est pas le sien ; il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors qu'elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, qu'elle viole l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; la décision litigieuse est également entachée d'erreur de droit en ce qu'elle ne peut avoir pour fondement légal une précédente mesure d'éloignement, de plus de trois ans qui plus est ; la sous-préfecture invoque également sa maîtrise insuffisante du français, mais il n'a jamais été convoqué dans ses services ; au surplus, il prend des cours de français ainsi que le démontrent ses attestations de suivi depuis l'année 2016 ; par suite, la décision querellée est également entachée d'erreur de fait ; enfin, elle viole l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dans la mesure où ses deux aînés sont scolarisés en France depuis 8 ans.

La préfète du Val-de-Marne, défendeur, n'est ni présente, ni représentée.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 10 heures 55.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que, par décision du 13 septembre 2022, le sous-préfet de Nogent-sur-Marne a refusé la régularisation administrative de M. B A, ressortissant bangladais née le 10 mai 1976. Si par la présente requête, M. A demande la suspension de l'exécution de la décision refusant l'enregistrement de sa demande de titre, il doit être entendu comme demandant la suspension de l'exécution de la décision de refus de titre qui lui a été opposée par le courrier du 13 septembre 2022.

Sur le bénéfice de l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin de suspension présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " ; aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. " ; enfin, aux termes du premier alinéa de l'article

R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

S'agissant de l'urgence :

4. D'une part, il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

5. D'autre part, la condition d'urgence de l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci mais, dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision.

6. Le refus de régularisation opposé au requérant par la décision contestée du

13 septembre 2022 concerne non une demande de renouvellement de titre de séjour mais une première demande de titre ; par suite, en application de ce qui a été développé au point précédent, il appartient à M. A de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision, ce qu'il fait en démontrant qu'il réside habituellement en France depuis 2014 avec son épouse et ses trois enfants nés en 2006, 2013 et 2016, son fils aîné majeur, Mahadi Hasan, étant d'ailleurs en situation régulière puisqu'il est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 22 juillet 2023. Il résulte de ce qui précède que si l'urgence n'est pas présumée, elle est démontrée au regard de la situation personnelle et familiale de M. A.

S'agissant du doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté querellé :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

7. Il résulte des termes de la décision attaquée qu'elle est fondée sur la circonstance que M. A a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Doubs du 19 septembre 2019 portant obligation de quitter le territoire français, mesure d'éloignement validée par décision du tribunal administratif de Besançon en date du 10 mars 2020, jugement confirmé par la cour administrative d'appel de Nancy du 27 mai 2021. En fondant sa décision de refus de titre sur une précédente mesure d'éloignement, le sous-préfet l'a ainsi entachée d'erreur de droit et ce d'autant que cette mesure remontait à près de trois ans à la date de la décision attaquée et qu'il n'était ni démontré, ni même allégué, que l'administration aurait essayé en vain de la mettre à exécution par une assignation à résidence ou un placement en rétention. Ainsi, c'est à bon droit que M. A soulève une erreur de droit, moyen de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

8. Les deux conditions de l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative étant réunies, il convient donc d'ordonner sur le fondement de ces dispositions la suspension de la décision du 13 septembre 2022 portant refus d'admission au séjour de M. A.

Sur les conclusions accessoires :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. " ; aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Compte tenu du caractère provisoire des mesures du juge des référés, la suspension de l'exécution de la décision litigieuse prononcée au point précédent implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de procéder au réexamen de la demande du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir, le temps de cet examen d'une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 en mettant à la charge de l'Etat le reversement au conseil du requérant de la somme de 600 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle et que M. A soit définitivement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du 13 septembre 2022 par laquelle le sous-préfet de Nogent-sur-Marne a refusé l'admission au séjour de M. A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de procéder au réexamen de la demande du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir, le temps de cet examen d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera au conseil du requérant la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle et que

M. A soit définitivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Me Béchieau et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie dématérialisée en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : C. C

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2212116

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