jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2212214 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | MEUROU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 décembre 2022, le 12 janvier 2023, le 14 février 2023 et le 23 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Meurou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée en cas d'inexécution ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à l'effacement de son signalement sur le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège de médecins l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lui a pas été communiqué ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les stipulations du 5) et du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation et sur l'état de santé de sa fille ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle n'est pas motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, a présenté des observations enregistrées le 4 juin 2024.
Des pièces complémentaires ont été enregistrées pour Mme A par Me Meurou, le 30 août 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'ont pas été communiquées.
Par courrier du 2 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office de tiré de l'inapplicabilité aux ressortissants algériens des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien aux parents d'enfant malade et de ce que doivent leur être substituées le pouvoir discrétionnaire dont le préfet de Seine-et-Marne dispose pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de la requérante, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfants ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bourrel Jalon,
- et les observations de Me Raymond, substituant Me Meurou, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante algérienne, est entrée en France le 13 septembre 2019, avec deux de ses filles et a sollicité auprès des services de la préfecture de Seine-et-Marne la délivrance d'un titre de séjour faisant valoir l'état de santé de sa fille, E, née en 2007. Par un arrêté du 23 novembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. D C, nommé préfet de Seine-et-Marne par un décret du Président de la République du 30 juin 2021, publié au Journal officiel de la République française du 1er juillet 2021 et qui a pris ses fonctions le 19 juillet suivant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. () Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. " Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. "
4. Si les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade.
5. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A en sa qualité de parent d'enfant malade, le préfet de Seine-et-Marne s'est, à tort, fondé sur l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur le paragraphe 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Toutefois, motivée par la circonstance qu'aucun motif ne justifiait la délivrance à la requérante d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade, la décision attaquée trouve son fondement légal dans l'exercice, par le préfet, de son pouvoir de régularisation discrétionnaire. Par suite, ce fondement légal peut être substitué au fondement erroné retenu par le préfet, cette substitution, soumise au contradictoire, n'ayant pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie.
6. En deuxième lieu, si la procédure consultative médicale prévue par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable dans le cas du ressortissant algérien sollicitant le séjour en qualité de parent d'un enfant mineur dont l'état de santé justifierait le maintien sur le territoire français, il est toutefois loisible à l'administration, alors même qu'une consultation n'est pas requise par les textes applicables, d'y procéder, afin d'éclairer utilement sa décision. Une irrégularité éventuellement commise dans le déroulement d'une procédure suivie à titre facultatif par l'administration n'est normalement de nature à vicier la légalité de la décision intervenue que dans la mesure où cette irrégularité a exercé, en fait, une influence sur cette décision.
7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 5 janvier 2022. Cet avis, produit en défense, a été régulièrement communiqué à la requérante dans le cadre de l'instruction. Dans ces conditions et contrairement à ce que soutient Mme A, la procédure facultative suivie par le préfet de Seine-et-Marne n'a pas été entachée d'irrégularité.
8. En troisième lieu, la décision attaquée vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Elle mentionne également, avec suffisamment de précision, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé, en particulier l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration duquel il ressort que la fille de l'intéressée peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié à ses pathologies en Algérie, ainsi que sa situation familiale en France et dans son pays d'origine. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle de la requérante, a ainsi suffisamment motivé sa décision.
9. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel, sérieux et approfondi de la situation de la requérante.
10. En cinquième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne se serait estimé en situation de compétence liée par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 5 janvier 2022, dont il s'est approprié les motifs.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".
12. D'une part, si les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 31 décembre 1968 prévoient la délivrance d'un certificat de résidence au ressortissant algérien dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays, elles n'étendent pas le bénéfice de ce titre de séjour aux parents d'un enfant malade. Par suite, Mme A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait ces stipulations.
13. D'autre part, ainsi qu'il a été dit précédemment, les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade.
14. Par un avis rendu le 5 janvier 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé de la fille de Mme A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé algérien, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier, notamment du dossier médical de la fille de la requérante et des observations de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette dernière souffre d'asthme et d'une drépanocytose, maladie génétique qui affecte les globules rouges et se traduit par de l'anémie, une plus grande vulnérabilité aux infections et des crises douloureuses affectant différents organes. L'état de santé de la fille de Mme A nécessite un suivi spécialisé, mis en place au sein du Grand hôpital de l'est francilien depuis 2019, et des hospitalisations régulières en cas d'infections ou de crises douloureuses aiguës. Elle bénéficie également d'un traitement médicamenteux constitué de fluticasone et de terbutaline concernant l'asthme et d'hydroxyurée, d'acide folique, d'antalgiques et d'amoxicilline concernant la drépanocytose.
15. Mme A fait tout d'abord valoir que les traitements prescrits à sa fille et le suivi dont celle-ci fait l'objet ne sont pas disponibles en Algérie. Toutefois, le certificat médical du 14 décembre 2022 qu'elle produit, rédigé par un praticien du Grand hôpital de l'est francilien, se borne à préciser qu'il serait " souhaitable pour la jeune fille que le séjour puisse se prolonger en France au moins quelques années " et ne comporte aucune appréciation sur les possibilités de prises en charge de l'intéressée en Algérie. Par ailleurs, le certificat médical du 11 janvier 2023 rédigé par un professeur du service d'endocrinologie du centre hospitalo-universitaire de Bab El Oued (Algérie) indique seulement que " les traitements spécifiques ne sont pas disponibles en Algérie " en raison de " ruptures fréquentes ", sans indication précise permettant de considérer que l'intéressée pourrait être confrontée à un défaut d'accès effectif à la prise en charge requise par son état de santé. Ainsi, ces documents sont insuffisamment circonstanciés pour remettre en cause l'avis du collège des médecins du 5 janvier 2022. Par ailleurs, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait valoir dans ses observations, que l'Algérie dispose de centres spécialisés dans les deux pathologies de la fille de la requérante, référencés notamment dans la base de données Medcoi, et que son traitement médicamenteux est disponible en Algérie d'après la nomenclature des médicaments disponibles dans ce pays. Ensuite, si la requérante indique ne pas disposer des ressources nécessaires pour financer, dans son pays d'origine, les soins nécessaires pour sa fille, elle n'apporte aucune précision ni aucun élément au soutien de cette allégation. Enfin, Mme A soutient que l'état de sa fille s'est aggravé postérieurement à l'avis médical et qu'une opération chirurgicale était prévue en janvier 2023. Toutefois, s'il ressort bien des pièces du dossier que sa fille a été hospitalisée à plusieurs reprises au cours de l'année 2022, les hospitalisations étaient déjà fréquentes lorsque le collège a rendu son avis et les motifs de ces nouvelles hospitalisations, d'assez courtes durées, ne sont pas d'une gravité supérieure à ceux des hospitalisations dont la jeune fille fait l'objet depuis son diagnostic. En outre, il n'est ni soutenu ni établi que l'opération chirurgicale, prévue plusieurs mois en amont, ne pouvait pas être proposée à l'intéressée dans son pays d'origine.
16. Il s'ensuit que la requérante ne justifie pas que sa fille soit dans l'impossibilité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, d'y bénéficier d'un traitement approprié. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne, en refusant, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, de régulariser sa situation en raison de l'état de santé de sa fille, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une erreur de droit.
17. En septième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
18. Mme A soutient qu'elle est entrée en France le 13 septembre 2019 accompagnée de deux de ses filles de nationalité algérienne dont elle a la garde et qui sont scolarisées en France, que sa plus jeune fille y est suivie pour de graves problèmes de santé, qu'elle est divorcée de son mari résidant en Algérie depuis le 26 février 2023 et qu'elle n'a jamais troublé l'ordre public. Toutefois, l'intéressée est célibataire, ne travaille pas en France et ne justifie pas de liens privés et familiaux sur le territoire par la seule présence de ses filles, alors que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie, qu'elles y poursuivent leur scolarité et que sa plus jeune fille y soit soignée. Par ailleurs, Mme A n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où réside sa fille aînée et le père de ses enfants. Ainsi, et compte tenu de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire national, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.
19. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
20. Il résulte de ce qui a été dit au point 18 que la vie de la cellule familiale peut se reconstituer en Algérie où la requérante et ses filles ont vécu la majeure partie de leur vie et où résident le père de ses enfants ainsi que la troisième de leurs filles. En outre, comme il a été dit au point 15, il n'est pas établi que la fille de la requérante ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations précitées.
21. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de refus de délivrance du titre de séjour sollicité.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
22. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
23. En l'espèce, la décision de refus de délivrance de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, ainsi qu'il a été dit au point 8. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit, par suite, être écarté.
24. En deuxième lieu, la décision de refus de titre de séjour n'étant entachée d'aucune illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision d'obligation de quitter le territoire doit, en conséquence, être écarté.
25. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne se serait estimé en situation de compétence liée par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 5 janvier 2022 pour édicter la décision attaquée.
26. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 12, Mme A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, qui ne s'appliquent pas aux parents d'un enfant malade.
27. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 15, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation et de l'état de santé de sa fille en lui faisant obligation de quitter le territoire français.
28. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
29. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle de la requérante a, ainsi, suffisamment motivé sa décision.
30. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit, les moyens tirés du défaut d'examen ainsi que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde, doivent être écartés.
31. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
32. Si Mme A soutient qu'elle encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Algérie, elle n'apporte aucune précision au soutien de cette allégation permettant d'en apprécier le bien-fondé. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations ne peut ainsi qu'être écarté.
33. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 23 novembre 2022, doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
34. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
35. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Massengo, conseillère,
Mme Bourrel Jalon, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
A. BOURREL JALONLa présidente,
I. BILLANDONLa greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026