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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2212273

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2212273

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2212273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantCABINET SEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 21 décembre 2022, la préfète du Val-de-Marne demande au tribunal d'annuler la délibération du 10 mai 2022 par laquelle le conseil municipal de Villejuif a approuvé l'organisation du temps de travail des agents communaux.

Elle soutient que la délibération litigieuse méconnaît l'article 2 du décret du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale, dès lors qu'ont été pris en compte, en tant que sujétion particulière justifiant une réduction du temps de travail, l'exposition des agents à des risques psycho-sociaux ainsi que leur âge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, la commune de Villejuif, représentée par Me Carrère, conclut, à titre principal, au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que ne soient annulées que les dispositions de la délibération, illégales et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la préfète du Val-de-Marne ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée le même jour, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2212280 du juge des référés du tribunal administratif de Melun du 13 avril 2023 ;

- l'ordonnance n° 23PA01815 du juge des référés de la cour administrative d'appel de Paris du 16 juin 2023.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 ;

- le décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 ;

- le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delon,

- les conclusions de Mme Mentfakh, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A, cheffe du bureau du contrôle de légalité au sein de la préfecture du Val-de-Marne, représentant la préfète du Val-de-Marne, et celles de Me Cadoux, représentant la commune de Villejuif.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 10 mai 2022, le conseil municipal de Villejuif a approuvé l'organisation du temps de travail des agents municipaux. Par décision du 24 octobre 2022, le maire de Villejuif a rejeté le recours gracieux formé par la préfète du Val-de-Marne, laquelle demande, par le présent déféré, l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Eu égard aux termes du déféré, les conclusions de la préfète du Val-de-Marne doivent être regardées comme tendant à l'annulation des dispositions de l'article 5 de la délibération adoptée le 10 mai 2022 par le conseil municipal de Villejuif, en tant que celles-ci arrêtent les critères d'exposition aux risques psycho-sociaux et d'âge des agents, au titre de sujétions particulières justifiant une réduction de la durée du temps de travail.

3. Aux termes de l'article 7-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur, désormais codifié à l'article L. 611-2 du code général de la fonction publique : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail des agents des collectivités territoriales et des établissements publics mentionnés au premier alinéa de l'article 2 sont fixées par la collectivité ou l'établissement, dans les limites applicables aux agents de l'Etat, en tenant compte de la spécificité des missions exercées par ces collectivités ou établissements. / Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions d'application du premier alinéa. Ce décret prévoit les conditions dans lesquelles la collectivité ou l'établissement peut, par délibération, proposer une compensation financière à ses agents, d'un montant identique à celle dont peuvent bénéficier les agents de l'Etat, en contrepartie des jours inscrits à leur compte épargne-temps. / Les régimes de travail mis en place antérieurement à l'entrée en vigueur de la loi n° 2001-2 du 3 janvier 2001 relative à la résorption de l'emploi précaire et à la modernisation du recrutement dans la fonction publique ainsi qu'au temps de travail dans la fonction publique territoriale peuvent être maintenus en application par décision expresse de l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement prise après avis du comité social territorial, sauf s'ils comportent des dispositions contraires aux garanties minimales applicables en matière de durée et d'aménagement du temps de travail ". Aux termes de l'article 1er du décret du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail applicables aux agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant sont déterminées dans les conditions prévues par le décret du 25 août 2000 susvisé sous réserve des dispositions suivantes ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux agents publics durant leur travail dans les conditions fixées au titre Ier du livre VIII ".

4. Aux termes de l'article 1er du décret du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature : " La durée du travail effectif est fixée à trente-cinq heures par semaine dans les services et établissements publics administratifs de l'Etat (). / Le décompte du temps de travail est réalisé sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1 607 heures maximum, sans préjudice des heures supplémentaires susceptibles d'être effectuées. / Cette durée est susceptible d'être réduite () pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent, et notamment en cas de travail de nuit, de travail le dimanche, de travail en horaires décalés, de travail en équipes, de modulation importante du cycle de travail, ou de travaux pénibles ou dangereux ". Aux termes de l'article 2 du décret susvisé du 12 juillet 2001 : " L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement peut, après avis du comité technique compétent, réduire la durée annuelle de travail servant de base au décompte du temps de travail défini au deuxième alinéa de l'article 1er du décret du 25 août 2000 susvisé pour tenir compte de sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent, et notamment en cas de travail de nuit, de travail le dimanche, de travail en horaires décalés, de travail en équipes, de modulation importante du cycle de travail ou de travaux pénibles ou dangereux ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la fixation de la durée et de l'aménagement du temps de travail dans la fonction publique territoriale doit s'effectuer sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1 607 heures, laquelle constitue à la fois un plancher et un plafond pour 35 heures de travail par semaine compte tenu des 104 jours de repos hebdomadaire, des 25 jours de congés annuels prévus par le décret susvisé du 26 novembre 1985 et d'une moyenne annuelle de 8 jours fériés correspondant à des jours ouvrés. Cette durée annuelle de travail peut toutefois être réduite par décision expresse de l'organe délibérant de la collectivité et après avis du comité technique paritaire compétent pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent. De tels régimes présentent, toutefois, un caractère dérogatoire et ne peuvent être justifiés que par des sujétions intrinsèquement liées à la nature même des missions.

6. Les dispositions précitées qui définissent, en fonction des seules contraintes intrinsèques aux emplois occupés, les sujétions qui sont susceptibles de permettre une réduction de la durée de travail des agents des collectives territoriales ont un caractère exhaustif et ne sauraient être entendues comme autorisant à majorer cette réduction de la durée du travail en fonction d'autres critères. Elles ont ainsi notamment pour effet de prohiber toute réduction de cette durée prenant en compte le critère de l'âge des agents soumis auxdites sujétions.

7. Par la délibération litigieuse, particulièrement son article 5 renvoyant au tableau annexé, versé au débat, le conseil municipal de Villejuif a défini plusieurs critères de pénibilité dans l'exercice des fonctions, assimilés à des sujétions particulières, au nombre desquels figurent le critère tenant à l'exposition à des risques psycho-sociaux, résultant notamment d'un contexte social sensible, et tenant à l'âge des agents, contestés par la préfète. Ce dernier critère vise les agents âgés de plus de 54 ans, exposés à des fonctions qui répondent à au moins quatre autres critères de pénibilité.

8. Or, et d'une part, ainsi que le fait valoir la préfète du Val-de-Marne, les dispositions litigieuses prévoient une réduction de la durée annuelle du temps de travail en raison de considérations tenant à l'exposition des agents aux risques psycho-sociaux et non à raison de sujétions liées à la nature des missions exercées. A cet égard, conformément au cadre dans lequel ces régimes dérogatoires doivent s'inscrire, les conditions d'exercice des fonctions de chaque métier ne sauraient, au seul motif qu'elles présentent des particularités propres, être systématiquement qualifiées de sujétions au sens des dispositions de l'article 2 du décret du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale. En outre, l'exposition aux risques psycho-sociaux ne caractérise pas une sujétion découlant directement de l'exercice des missions, ni ne répond à la nécessité de moduler le cycle de travail des agents concernés. Au surplus, la protection de la sécurité et de la santé des agents, invoquée par la commune, qui lui incombe de préserver, conformément aux dispositions de l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique, peut être assurée par d'autres voies que la réduction de la durée annuelle du temps de travail. Par conséquent, la délibération en tant que le conseil municipal a arrêté, dans son article 5, le critère d'exposition des agents aux risques psycho-sociaux, comme sujétion particulière, méconnaît les dispositions de l'article 2 du décret du 12 juillet 2001.

9. D'autre part, et tel qu'énoncé au point 6, dès lors qu'il n'est pas lié à la nature des missions exercées, l'âge des agents exposés à l'exercice de fonctions qui répondent à au moins quatre critères de pénibilité ne caractérise pas une sujétion particulière, au sens et pour l'application des dispositions de l'article 2 du décret du 12 juillet 2001 précité. En outre, la prise en compte d'un tel critère ne résulte pas de ces dispositions qui, ainsi qu'il a été précisé, ont un caractère exhaustif. Enfin, si la commune fait valoir que la détermination d'un âge minimal des agents placés dans une situation où ils supportent au moins quatre autres critères de pénibilité a pour objet de préserver leurs santé et sécurité, les dispositions en cause ne sauraient être entendues comme autorisant à majorer cette réduction de la durée du travail en fonction d'autres critères et ont ainsi notamment pour effet de prohiber toute réduction de cette durée prenant en compte le critère de l'âge des agents soumis auxdites sujétions. Au demeurant, la poursuite de cet objectif, qui peut être assurée par d'autres voies, ne peut légalement justifier la réduction de la durée annuelle du temps de travail des agents en cause, la délibération, à cet égard, méconnaissant des dispositions les dispositions de l'article 2 du décret du 12 juillet 2001.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la préfète du Val-de-Marne est fondée à soutenir que l'article 5 de la délibération litigieuse, en tant qu'il arrête les critères d'exposition aux risques psycho-sociaux et d'âge des agents, au titre de sujétions particulières justifiant une réduction de la durée du temps de travail, est entaché d'illégalité.

11. Par suite, les dispositions en litige, telles qu'exposées au point précédent, de l'article 5 de la délibération du 10 mai 2022, qui sont divisibles des autres dispositions de l'article 5 lui-même et de la délibération du conseil municipal de Villejuif du 10 mai 2022, doivent être annulées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune de Villejuif une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du conseil municipal de Villejuif du 10 mai 2022 est annulée en tant que son article 5 arrête les critères d'exposition aux risques psycho-sociaux et d'âge des agents, au titre de sujétions particulières justifiant une réduction de la durée du temps de travail.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Villejuif au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la préfète du Val-de-Marne et à la commune de Villejuif.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La rapporteure,

E. DELON

La présidente,

M. LOPA DUFRÉNOTLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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