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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2212280

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2212280

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2212280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET SEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2022, la préfète du Val-de-Marne demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 554-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'article 5 de la délibération n° 044-2022 du 10 mai 2022 de la commune de Villejuif relatif au temps de travail.

Elle indique que, par une ordonnance du 3 mars 2022, le juge des référés du présent tribunal a enjoint au maire de la commune de Villejuif " de mettre à même le conseil municipal d'adopter les délibérations relatives au temps de travail des agents de la commune en application de l'article 47 de la loi du 6 août 2019 et de les transmettre à la préfète du Val-de-Marne dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance ", que cette délibération a été prise le 10 mai 2022, qu'une recours gracieux a été formé le 24 août 2022, expressément rejeté le 24 octobre 2022.

Elle soutient qu'en retenant un facteur de pénibilité " âge ", affectant 500 des 1 233 agents, la commune de Villejuif a institué un critère de pénibilité ne résultant pas de la nature des missions et des cycles de travail et constitue une rupture d'égalité entre les agents.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2023, la commune de Villejuif, représentée par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'Etat de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés et que le critère retenu de l'âge correspond au besoin de limiter son exposition à des facteurs de contrainte néfastes pour son état de santé et permet donc de compenser l'aggravation de son impact, ce qui est révélé par l'importance des arrêts de travail constatés pour cette tranche d'âge au sein des agents de la commune.

Vu :

- la délibération n° 044-2022 du 10 mai 2022 du conseil municipal de la commune de Villejuif ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique ;

- le décret n°2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature ;

- le décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale ;

- la décision n° 2022-1006 QPC du 29 juillet 2022 par laquelle le Conseil constitutionnel a déclaré conforme à la Constitution la première phrase du premier alinéa du paragraphe I de l'article 47 de la loi n°2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2022 sous le numéro 2212273, la préfète du Val-de-Marne a demandé l'annulation de la délibération contestée.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience du 24 mars 2023, tenue en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Mesdames Boucher, Belbol, Leopold, Chambrillon et Onyibo, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui s'en remettant principalement aux écritures de la requête, qui rappellent que la commune de Villejuif a rajouté une sujétion particulière liée à l'âge pour lesquelles des sujétions particulières ont été identifiées et qu'il s'agit d'une atteinte à l'égalité de traitement des agents de la fonction publique territoriale ;

- les observations de Me Cadoux, représentant la commune de Villejuif , qui soutient que la commune a voulu compenser l'atteinte à la santé de ses agents, que les agents de plus de 54 ans doivent pouvoir bénéficier d'aménagements particuliers et que cela est encore plus flagrant au moment où l'on souhaite reculer l'âge de la retraite, et qu'il ne fait pas confondre une proposition de réduction et la prise en compte d'une sujétion.

Considérant ce qui suit :

1 Par une délibération du 10 mai 2022, le conseil municipal de la commune de Villejuif a adopté les règles applicables en matière de temps de travail au sein de la commune en prévoyant une prise en compte de l'âge des agents exposés à au moins quatre critères de pénibilité, ceux d'un âge supérieur à 54 ans bénéficiant de journées supplémentaires. Par une lettre du 24 août 2022, la préfète du Val-de-Marne a formé un recours gracieux contre cette délibération, en retenant que l'octrois de jours de congés supplémentaires attribués en fonction de l'âge des agents conduisait à une rupture d'égalité entre les agents, méconnaissant ainsi les dispositions de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique.

2 Aux termes de l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l'Etat dirigées contre les actes des communes sont régies par le 3e alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales ci-après reproduit : " Art. L. 2131-6, alinéa 3.- Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. " Les demandes de suspension assortissant les requêtes du représentant de l'Etat dirigées contre les actes d'autres collectivités ou établissements suivent, de même, les règles fixées par les articles L. 2541-22, L. 2561-1, L. 3132-1, L. 4142-1, L. 4411-1, L. 4421-1, L. 4431-1, L. 5211-3, L. 5421-2, L. 5711-1 et L. 5721-4 du code général des collectivités territoriales. () ".

3 En vue de l'harmonisation de la durée du temps de travail au sein des fonctions publiques, l'article 47 de la loi du 6 août 2019 susvisée de transformation de la fonction publique imposent aux collectivités territoriales qui en ont fait usage de fixer, par une délibération prise dans le délai d'un an à compter du renouvellement de leurs assemblées délibérantes, les règles relatives au temps de travail de leurs agents dans les limites applicables à ceux de l'État. En premier lieu, en adoptant ces dispositions, le législateur a entendu contribuer à l'harmonisation de la durée du temps de travail au sein de la fonction publique territoriale ainsi qu'avec la fonction publique de l'État afin de réduire les inégalités entre les agents et faciliter leur mobilité. Ce faisant, il a poursuivi un objectif d'intérêt général. En second lieu, d'une part, les dispositions contestées se bornent, en matière d'emploi, d'organisation du travail et de gestion de leurs personnels, à encadrer la compétence des collectivités territoriales pour fixer les règles relatives au temps de travail de leurs agents. D'autre part, les collectivités territoriales qui avaient maintenu des régimes dérogatoires demeurent libres, comme les autres collectivités, de définir des régimes de travail spécifiques pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions de leurs agents.

4 Aux termes d'une part de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, sous réserve des dispositions des articles L. 131-5, L. 131-6 et L. 131-7 ".

5 Aux termes d'autre part de L. 611-1 du même code : " La durée du travail effectif des agents de l'Etat est celle fixée à l'article L. 3121-27 du code du travail, sans préjudice des dispositions statutaires fixant les obligations de service pour les personnels enseignants et de la recherche. Le décompte du temps de travail est réalisé sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1 607 heures, dans des conditions prévues par un décret en Conseil d'Etat précisant notamment les mesures d'adaptation tenant compte des sujétions auxquelles sont soumis certains agents ". Aux termes de l'article L. 611-2 du même code, qui a repris les termes de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 relative à la fonction publique territoriale : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail des agents territoriaux sont fixées par la collectivité ou l'établissement, dans les limites applicables aux agents de l'Etat, en tenant compte de la spécificité des missions exercées par ces collectivités ou établissements. Les modalités d'application du présent article sont fixées par un décret en Conseil d'Etat, qui prévoit notamment les conditions dans lesquelles la collectivité ou l'établissement peut, par délibération, proposer une compensation financière d'un montant identique à celle dont peuvent bénéficier les agents de l'Etat, en contrepartie des jours inscrits à leur compte épargne temps ".

6 Aux termes enfin de l'article 1er du décret du 12 juillet 2001 susvisé, pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail applicables aux agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant sont déterminées dans les conditions prévues par le décret du 25 août 2000 susvisé () ". L'article 2 du même texte poursuit, dans sa version applicable à la date de la délibération contestée : " L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement peut, après avis du comité technique compétent, réduire la durée annuelle de travail servant de base au décompte du temps de travail défini au deuxième alinéa de l'article 1er du décret du 25 août 2000 susvisé pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent, et notamment en cas de travail de nuit, de travail le dimanche, de travail en horaires décalés, de travail en équipes, de modulation importante du cycle de travail ou de travaux pénibles ou dangereux ". Aux termes de l'article 1er du décret susvisé du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature : " La durée de travail effectif est fixée à trente-cinq heures par semaine dans les services et établissements publics administratifs de l'Etat (). / Le décompte du temps de travail est réalisé sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1607 heures maximum, sans préjudice des heures supplémentaires susceptibles d'être effectuées. / Cette durée est susceptible d'être réduite () pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent, et notamment en cas de travail de nuit, de travail le dimanche, de travail en horaires décalés, de travail en équipes, de modulation importante du cycle de travail, ou de travaux pénibles ou dangereux ".

7 Il ressort des pièces du dossier que la délibération contestée a ajouté aux sujétions particulières des agents de la commune leur ouvrant droit à des jours de congés supplémentaires un critère fondé sur l'âge des agents, bénéficiant à ceux âgés de plus de 54 ans. Ce critère, outre qu'il méconnait les dispositions rappelées ci-dessus de l'article L. 131-1 du code de la fonction publique, n'est pas au nombre de ceux remplissant les conditions de l'article 2 du décret du 12 juillet 2001 susvisé.

8 Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne est fondée à soutenir qu'il existerait en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la délibération du 10 mai 2022 en tant qu'elle établirait un critère lié à l'âge en vue de l'octroi des jours supplémentaires de congés et à en demander la suspension de son exécution.

9 Par suite, il y a lieu de suspendre l'exécution de la délibération du 10 mai 2022 du conseil municipal de la commune de Villejuif en tant qu'il a ajouté aux sujétions particulières des agents de la commune leur ouvrant droit à des jours de congés supplémentaires un critère fondé sur l'âge des agents, bénéficiant à ceux âgés de plus de 54 ans.

Sur les frais du litige

10 Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

11 L'Etat (préfète du Val-de-Marne) n'étant pas la partie perdante dans la présente affaire, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge une somme à verser à la commune de Villejuif une somme en application de ces dispositions citées.

O R D O N N E

Article 1er : L'exécution de la délibération du 10 mai 2022 du conseil municipal de la commune de Villejuif est suspendu en tant qu'il a ajouté aux sujétions particulières des agents de la commune leur ouvrant droit à des jours de congés supplémentaires un critère fondé sur l'âge des agents, bénéficiant à ceux âgés de plus de 54 ans.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Villejuif sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la préfète du Val-de-Marne et à la commune de Villejuif.

Le juge des référés, Le greffière

A : M. B A : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de la transformation et de la fonction publiques, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2212280

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