Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2212314

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2212314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun annule la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé d'abroger un arrêté d'expulsion pris en 2019 à l'encontre de M. A, ressortissant ivoirien. Le tribunal retient un défaut de motivation, le préfet n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée par l'intéressé, en méconnaissance des articles L. 211-2, L. 211-5 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il enjoint au préfet de réexaminer la demande d'abrogation dans un délai de trois mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Langagne, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 6 novembre 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé d'abroger l'arrêté en date du 16 avril 2019 prononçant son expulsion et fixant le pays à destination duquel il sera reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'abroger l'arrêté d'expulsion du 16 avril 2019.

Il soutient que la décision attaquée :

- n'est pas motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- est illégale par exception d'illégalité de l'arrêté d'expulsion du 16 avril 2019, méconnaissant les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par jugement du 11 mai 2023, le juge des tutelles a placé M. A sous curatelle renforcée et a désigné l'Union départementale des associations familiales de Paris en qualité de curatrice.

Par une ordonnance du 3 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 juin 2024 à midi.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 avril 2021, rectifiée le 12 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né en 1997, a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Val-d'Oise le 16 avril 2019 prononçant son expulsion et fixant le pays à destination duquel il sera renvoyé. Par un courrier reçu le 6 juillet 2022, il a saisi cette autorité d'une demande d'abrogation de cet arrêté. Une décision implicite de rejet de cette demande est née le 6 novembre 2022 du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 632-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur une demande d'abrogation d'une décision d'expulsion vaut décision de rejet ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code précité : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et enfin, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier reçu le 21 novembre 2022, M. A a demandé au préfet du Val-d'Oise les motifs de la décision implicite opposée à sa demande d'abrogation de l'arrêté d'expulsion du 16 avril 2019, mentionnée au point 1. En l'absence de réponse de cette autorité, et alors qu'aucune décision explicite n'a confirmé ce refus implicite, le requérant est fondé à soutenir que la décision implicite de rejet de sa demande d'abrogation de l'arrêté du 16 avril 2019, prononçant son expulsion et fixant le pays à destination duquel il sera reconduit, est entachée d'un défaut de motivation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née le 6 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'annulation la décision implicite de rejet du 6 novembre 2022 implique seulement, eu égard au motif d'annulation et seul susceptible d'être retenu, que le préfet du Val-d'Oise réexamine la situation de M. A et prenne une nouvelle décision sur sa demande d'abrogation de l'arrêté du 16 avril 2019. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à Me Langagne, avocate de M. A, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur la demande présentée le 6 juillet 2022 par M. A et tendant à l'abrogation de l'arrêté d'expulsion du 16 avril 2019 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val d'Oise de réexaminer la situation de M. A et de prendre une nouvelle décision sur sa demande d'abrogation de l'arrêté du 16 avril 2019.

Article 3 : L'Etat (préfet du Val d'Oise) versera au conseil de M. A, Me Langagne, la somme de 1 200 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'Union départementale des associations familiales de Paris, à Me Langagne et au préfet du Val d'Oise.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure

C. MASSENGO

La présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,