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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2212592

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2212592

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2212592
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantASSOUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 28 décembre 2022, enregistrée le 31 décembre 2022, le président du tribunal administratif de Besançon a transmis au tribunal le dossier de la requête de M. A.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal de Besançon le 15 décembre 2022 et des mémoires, enregistrés les 8 février 2023 et 9 avril 2024, M. B A, représenté par Me Assous, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel le préfet du territoire de Belfort l'a obligé à quitter, sans délai, le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du territoire de Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour " professionnel " ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- entré régulièrement en France, contrairement à ce que soutient le préfet, le 24 août 2014, il a rejoint Montreuil où se trouvait son père malade, afin de prendre soin de lui et de ses jeunes sœurs alors toutes mineures ; son père étant décédé en janvier 2017, il a alors déposé une première demande de titre de séjour qui a été classée sans suite, comme relevant de l'admission exceptionnelle au séjour ; il a ensuite présenté une demande de titre de séjour professionnel, au titre d'une admission exceptionnelle au séjour, comme il lui avait été indiqué ; le courriel adressé au préfet par lui-même et le courrier recommandé avec accusé de réception adressé à cette même autorité, par son avocat, n'ont reçu aucune réponse ; toutefois la sous-préfecture de Bobigny compétente pour traiter sa demande a mis en place une procédure obligatoire de demande de rendez-vous par internet, préalablement à tout dépôt de dossier, mais le lien internet mis en place s'est avéré indisponible, lors de chacune des tentatives qu'il a menées pendant plusieurs mois pour accéder au service public et qui ont ainsi toutes échoué ; c'est dans ces conditions qu'est intervenue la décision contestée, à la suite d'un contrôle portant notamment sur le droit au séjour de M. A, lequel se trouvait confronté à un refus de guichet qui ne lui était pas imputable ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'erreurs de fait concernant la régularité de son entrée sur le territoire français, ses tentatives pour régulariser sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait concernant la régularité de son entrée sur le territoire français, ses tentatives pour régulariser sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il n'aurait pas dû faire l'objet d'un refus de départ volontaire ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, le préfet du territoire de Belfort, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Declercq, président honoraire, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Declercq,

- les observations de Me Petit-Talamon représentant M. A, qui maintient les conclusions de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h53.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais, est entré en France le 24 août 2014 grâce à un visa Schengen attribué par la Norvège. Par arrêté du 14 décembre 2022, le préfet du territoire de Belfort l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de douze mois. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 14 décembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres mayens de la requête :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, de nationalité sénégalaise, est entré sur le territoire français en 2014 pour rejoindre son père malade, décédé en 2017, qu'il travaille en contrat à durée indéterminée en tant qu'ouvrier du bâtiment depuis le 7 novembre 2019, que, contrairement à ce qu'indique la décision attaquée, il a tenté de régulariser sa situation au titre de l'admission exceptionnelle au séjour à plusieurs reprises, que ses deux sœurs, nées en 1997 et 1999, résident régulièrement sur le territoire français et qu'il entretient une relation avec une ressortissante française depuis 2 ans à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être accueillies. Par voie de conséquence, il y a lieu d'annulation la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, ainsi que celle portant interdiction de retour pour une durée de 12 mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. A et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du préfet du territoire de Belfort une somme de 1 300 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à M. A.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté litigieux, en date du 14 décembre 2022, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, territorialement compétent, de réexaminer la demande de M. A et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le préfet du territoire de Belfort versera à M. A une somme de 1 300 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du territoire de Belfort et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. DECLERCQLa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet du territoire de Belfort et au préfet de Seine-et-Marne en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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