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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2300003

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300003

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantBULAJIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 janvier 2023, M. B F, représenté par Me Bulajic, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ou, à titre subsidiaire ou de réexaminer sa situation et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* Sur la légalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il ne lui est pas possible de s'assurer de la qualité et de la désignation des membres de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en emportant des conséquences excessives sur sa situation personnelle.

* Sur la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte-tenu de son intégration sociale et professionnelle sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Duhamel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F, né le 15 avril 1964 et de nationalité congolaise déclare être entré sur le territoire français le 27 avril 2007. Il a obtenu une carte de séjour temporaire mention " salarié " valable du 28 mars 2021 au 27 mars 2022. M. F demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission du titre de séjour est composée : /

1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci et, à Paris, du maire, d'un maire d'arrondissement ou d'un conseiller d'arrondissement ou de leur suppléant désigné par le Conseil de Paris ; / 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police.

Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la demande de renouvellement de titre de séjour formée par M. F a été examinée par la commission du titre de séjour, en sa séance du 20 octobre 2022, laquelle était composée de M. D, maire de Marchémoret désigné par l'Union des maires de Seine-et-Marne, président titulaire de la commission, de M. C, capitaine de police en fonction à la direction départementale de la sécurité publique de Seine-et-Marne et de Mme G, cheffe de service du Centre d'Accueil et d'Examen des Situations administratives de Vaux-le-Pénil et du Centre provisoire d'hébergement de Tournan-en-Brie de l'association Empreintes. Toutefois, s'il ressort de la consultation du recueil des actes administratifs de la préfecture de Seine-et-Marne du 7 décembre 2021 que Mme E G a bien été désignée membre suppléant de la commission du titre de séjour par un arrêté du 1er novembre 2021 du préfet de Seine-et-Marne, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la consultation du recueil des actes administratifs de la préfecture de Seine-et-Marne, que M. C aurait été désigné par un arrêté du préfet de département, antérieurement à la réunion du 20 octobre 2022 pour siéger, en qualité de personnalité qualifiée, ni que M. D, a bien été désigné par l'Union des maires de Seine-et-Marne. Dans ces conditions, et en l'état des pièces du dossier, le requérant est fondé à soutenir que la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Faute pour le préfet de Seine-et-Marne d'établir la régularité de la composition de la commission du titre de séjour qui a émis un avis sur la demande de renouvellement de titre de séjour de M. F , ce dernier a été privé d'une garantie.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. F est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée portant refus de titre de séjour attaqué ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français qui manquent d base légale.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que la situation de M. F soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou au préfet territorialement compétent, de statuer à nouveau sur la demande de M. F dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer le récépissé de demande de titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. F et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 30 novembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B F dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, le récépissé de demande de titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

Le rapporteur,

M. DUHAMEL

Le président,

M. H

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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