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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2300286

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300286

mercredi 5 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre
Avocat requérantPOUGET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance datée du 9 janvier 2023, le président du tribunal de Nantes a renvoyé au tribunal administratif de Melun la requête, enregistrée le 26 décembre 2022, par laquelle M. B A, représenté par Me Pouget, demande au tribunal :

1°) d'annuler :

- la décision du 21 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Loire- Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire togolais contre un permis de conduire français ;

- la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 29 août 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de procéder à l'échange de son permis de conduire, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer le permis de conduire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros qui devra être versée à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation de cet avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'incompétence de son auteur qui ne justifie pas d'une délégation de signature ;

- elle est entachée d'erreur de fait constitutive d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le préfet de la région des Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les différents moyens soulevés sont infondés.

Vu :

- la décision préfectorale attaquée ;

- les pièces complémentaires, enregistrées les 10 et 16 janvier 2025 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'espace économique européen ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de cette loi ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 20 janvier 2025, en présence de Mme Darnal, greffière d'audience, M. Freydefont, magistrat désigné, qui a lu son rapport.

Ni M. A, requérant, ni le préfet de la région Pays-de-la-Loire, préfet de la Loire-Atlantique, défendeur, ne sont présents ou représentés.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a sollicité le 17 mars 2021 l'échange de son permis de conduire délivré par les autorités togolaises le 22 mars 2018 contre un titre de conduite français. Par une décision du 21 octobre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à cet échange au motif que cette demande n'a pas été effectuée dans le délai d'un an qui suit l'acquisition par M. A de sa résidence normale en France. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision préfectorale du 21 octobre 2021, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux du 29 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article R. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports () Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'espace économique européen : " I. - Tout titulaire d'un permis de conduire délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit obligatoirement demander l'échange de ce titre contre un permis de conduire français dans le délai d'un an qui suit l'acquisition de sa résidence normale en France. () " Selon l'article 11 de ce même arrêté : " I. - Le délai d'un an pour la reconnaissance et la demande d'échange du permis de conduire pour les bénéficiaires du statut de réfugié, pour les apatrides et les étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire, court à compter de la date de remise du récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour portant la mention "reconnu réfugié" ou la mention "a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire ou la mention "a demandé la délivrance d'un premier titre de séjour bénéficiaire du statut d'apatride". () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour un réfugié mis en possession d'un titre de séjour provisoire établi à la suite de l'obtention de la protection subsidiaire, le point de départ du délai d'un an imparti pour demander l'échange d'un permis délivré par un État n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen court à compter de la date de la remise du récépissé de demande de titre de séjour en cette qualité. Par ailleurs, le délai d'un an prévu par ces mêmes dispositions n'est pas un délai franc.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, de nationalité togolaise, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 12 novembre 2019 notifiée le 28 novembre suivant. Il ressort par ailleurs du relevé du fichier de l'application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France (AGDREF), et n'est pas utilement contesté, que le premier récépissé de titre de séjour lui a été remis en cette qualité le 4 décembre 2019. M. A disposait donc jusqu'au 4 décembre 2020 pour déposer sa demande d'échange de permis de conduire. Le préfet de la région des Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique fait valoir que la demande de M. A, enregistrée le 17 mars 2021, soit après l'expiration du délai d'un an à compter de la remise de ce récépissé, est donc tardive.

5. Toutefois, d'une part, M. A produit deux documents Cerfa de demande d'échange de permis de conduire datés des 6 et 24 janvier 2020 et supportant sa signature. Sa première demande du 6 janvier 2020 n'étant pas valide car non rédigée sur le formulaire au format de l'Union européenne, il a donc réitéré sa demande le 24 janvier 2020. Le défendeur fait valoir que ces documents, remplis par l'intéressé lui-même et qui ne comportent aucun tampon dateur d'un service préfectoral, ne sauraient constituer une preuve de la date de dépôt de la demande par M. A, il ressort toutefois des pièces du dossier que, le 22 septembre 2020, la préfecture du Val-de-Marne lui a adressé un courrier prenant acte de sa demande d'échange. Même si ce courrier ne précise pas la date de la demande de M. A, celle-ci a été présentée au plus tard le 22 septembre 2020, date du courrier de la préfecture, et donc avant l'expiration au 4 décembre 2020 du délai d'un an suite à l'acquisition de la résidence normale en France du requérant. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'en lui opposant la tardiveté de sa demande, le préfet a entaché sa décision d'erreur de fait constitutive d'une erreur de droit. Cette décision du 21 octobre 2021 encourt donc l'annulation, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions accessoires :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " L'annulation prononcée au point précédent implique qu'il soit enjoint au préfet de la région Pays-de-la-Loire, préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre des frais d'instance non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 21 octobre 2021 par laquelle le préfet de la région Pays-de-la-Loire, préfet de la Loire-Atlantique a rejeté pour tardiveté la demande de M. A d'échange de son permis de conduire togolais contre un permis de conduire français est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la région Pays-de-la-Loire, préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la région des Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2025.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2025.

Le magistrat désigné,

Signé : C. Freydefont

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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