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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2300322

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300322

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCOULAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, enregistrée le 13 janvier 2023, M. C F, représenté par Me Coulaud, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 novembre 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier Léon Binet l'a licencié sans indemnités ni préavis ;

2°) de condamner le centre hospitalier Léon Binet à lui verser la somme globale de 200 000 euros, sauf à parfaire, en réparation des préjudices moral et financier qu'il estime avoir subis résultant de l'illégalité fautive de de la décision le licenciant pour faute sans indemnités ni préavis ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Léon Binet la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige repose sur une enquête administrative qui a été menée en méconnaissance de l'exigence d'impartialité ;

- elle n'est pas motivée en ce qu'elle repose sur un dossier disciplinaire insuffisant ;

- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ;

- la sanction prononcée est disproportionnée ;

- il a subi un préjudice moral et un préjudice financier qu'il évalue à 200 000 euros, sauf à parfaire.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 22 avril 2023, M. F, représenté par Me Coulaud, conclut aux mêmes fins que la requête et, en outre, à ce que le tribunal ordonne avant dire droit :

1°) à titre principal, la communication, par le centre hospitalier Léon Binet, de l'entier dossier médical de M. D, le cas échéant, à la seule juridiction administrative pour la préservation du secret médical et permettre à celle-ci de forger son intime conviction ;

2°) à titre subsidiaire, une expertise en application de l'article R. 621-1 du code de justice administrative pour que soit recueilli l'ensemble des pièces du dossier médical de M. D et, plus généralement, tout document permettant d'apprécier l'état de santé psychologique et psychiatrique de ce dernier, et qu'il soit procédé sur celui-ci à une expertise par un médecin psychiatre désigné par le tribunal ;

Il soutient que :

- il est utile pour la bonne résolution du litige de connaître l'historique et l'état de santé de M. D qui a dénoncé les faits d'agression sexuelle ;

- le centre hospitalier Léon Binet a méconnu ces principes d'impartialité et de loyauté : l'enquête administrative a été menée à charge et les faits relatés dans les témoignages ne sont pas circonstanciés ni sincères ; la composition du dossier disciplinaire ne comporte aucun écrit sur l'engagement de l'enquête disciplinaire, au cours de laquelle il n'a pas été entendu, ni le rapport du médecin psychiatre selon lequel les propos de M. D n'étaient ni délirants ni inventés ;

- s'agissant des faits d'" attouchements sexuels " sur lesquels est fondée la décision attaquée, ils ne sont pas établis ; il n'existe aucun témoin direct de ces faits ; le fait que les propos de M. D, deux jours consécutifs, soient prétendument concordants, ne suffit pas à établir la matérialité des faits dénoncés ; il n'est d'ailleurs pas impossible que Mmes E, Mutti et Brigand se soient coordonnées pour rédiger leurs attestations ; s'agissant des faits tirés d'un " comportement inapproprié excédant le cadre normal des relations professionnelles soignant / patient ", ils ne sont pas matériellement établis ; les faits rapportés par Mmes B et Lemey ne sont pas circonstanciés ; ses méthodes de travail consistant à développer une relation personnalisée avec ses patients étaient connues du centre hospitalier, ne sont pas de nature à révéler des comportements préjudiciables et graves ou une intention déplacée et ne portent pas atteinte au respect des patients ; s'agissant des faits relatifs à son " comportement intrusif ", ils sont fondés sur les attestations de Mmes A et N'Guyen qui ne sont pas circonstanciées ; s'agissant de la consultation du logiciel de traitement des dossiers " patients ", il répond à un besoin et le centre hospitalier n'établit pas un usage malveillant de la consultation des données " patients " ; s'agissant des relations extra-professionnelles avec ses patients et leurs familles, il n'a jamais été le " copain " des patients et se montre investi dans sa mission de service public ; il n'est pas établi qu'il choisirait ses patients en fonction de leur statut social ;

- la décision en litige est entachée d'erreur de droit tirée de ce que les faits reprochés ne constituent pas des fautes de nature à justifier la sanction prononcée ;

- la décision en litige est entachée d'erreur de droit tirée en ce qu'elle est disproportionnée au regard de la gravité des faits retenus ;

- l'illégalité fautive de la décision de licenciement disciplinaire engage la responsabilité du centre hospitalier Léon Binet ; il a subi un préjudice moral qui peut être évalué à la somme de 20 000 euros ; par ailleurs, il a été privé brutalement de son revenu à compter du

15 novembre 2022 ; il a subi un préjudice financier qui peut être évalué à la somme de 180 000 euros, déduction faite des sommes perçues au titre des allocations d'aide au retour et des revenus perçus de l'Ordre de Malte.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 décembre 2023 et 15 février 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le centre hospitalier Léon Binet, représenté par son directeur en exercice, représenté par la Selarl Blt Droit Public, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de M. F en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 13 février 2023 rejetant la réclamation indemnitaire préalable sont tardives et, par suite, irrecevables ; la requête est irrecevable pour ne pas être motivée en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, à supposer que le tribunal ordonne la communication du dossier médical de M. D, qui n'est pas partie à la procédure, celle-ci ne pourra être faite qu'avec l'autorisation préalable de l'intéressé ; le tribunal ne pourra ordonner une expertise médicale de M. D, qui n'est pas partie à la procédure, sans méconnaître son droit au secret médical ; subsidiairement, cette expertise n'aurait aucune utilité, M. D ayant déjà été examiné par un psychiatre ayant conclu qu'il n'y avait aucune raison de douter de la crédibilité de ses propos et ayant exclu tout état délirant ;

- M. F ne peut utilement se prévaloir de critiques à l'encontre de l'enquête administrative ;

- les autres moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 25 janvier 2024, M. F, représenté par Me Coulaud, conclut aux mêmes fins que la requête.

Il soutient, en outre, que :

- le contentieux indemnitaire est lié ;

- la requête sommaire est suffisamment motivée en application de l'article R. 411-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 25 janvier 2024, la clôture d'instruction a été reportée au

15 février 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Réchard,

- les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique,

- et les observations de Me Coulaud, représentant M. F, et de Me Issartel, représentant le centre hospitalier Léon Binet.

Considérant ce qui suit :

1. M. F a été recruté par le centre hospitalier (CH) Léon Binet en qualité de psychologue clinicien sous couvert d'un contrat à durée déterminée, à compter du 1er septembre 2013, plusieurs fois renouvelé, puis, à compter du 19 février 2015, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel, puis à temps plein à compter du 1er juin 2015. Le 19 juillet 2022, après avoir été informé que M. D, patient hospitalisé dans le service de soins de suite et réadaptation, avait signalé à une infirmière avoir été victime de faits d'attouchements sexuels commis par M. F, le directeur du CH Léon Binet a suspendu ce dernier de ses fonctions. A l'issue de l'enquête administrative ayant mis en évidence le comportement inapproprié de M. F à l'égard des patients excédant les limites de la relation normale attendue entre un soignant et un patient, le directeur du CH Léon Binet l'a, par une décision du 15 novembre 2022, licencié sans indemnités ni préavis. M. F a sollicité du CH Léon Binet l'indemnisation des préjudices moral et financier qu'il estime avoir subis résultant de l'illégalité de son licenciement par une réclamation indemnitaire préalable du 13 janvier 2023, que la directrice des ressources humaines du CH Léon Binet a rejetée par une décision du 13 février 2023. Par la présente requête, M. F demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'ordonner avant-dire droit, à titre principal, la communication du dossier médical de M. D, et à titre subsidiaire une expertise psychologique et psychiatrique de l'intéressé ainsi, qu'en outre, l'annulation de la décision du 15 novembre 2022 et la condamnation du CH Léon Binet à l'indemniser des préjudices moral et financier qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, M. F soutient que la décision en litige a été prise en méconnaissance des principes d'impartialité et de loyauté inhérents à toute procédure disciplinaire.

3. D'une part, les conditions dans lesquelles une enquête administrative est diligentée au sujet de faits susceptibles de donner ultérieurement lieu à l'engagement d'une procédure disciplinaire sont, par elles-mêmes, sans incidence sur la régularité de cette procédure. Au demeurant, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'enquête administrative diligentée par la direction du CH Léon Binet aurait été menée de manière partiale ou déloyale. D'une part, il n'est pas démontré que cette enquête administrative, qui a permis de recueillir les témoignages de médecins et d'agents de l'hôpital, aurait été menée " à charge " ou que les personnels interrogés auraient bénéficié de temps pour se " mettre d'accord sur leurs déclarations respectives ". D'autre part, la seule circonstance que l'enquête administrative ait eu pour objet de " corroborer " les agissements de M. F, ne permet pas davantage d'établir qu'elle aurait été menée " à charge ", l'enquête administrative ayant eu pour seul objet d'éclairer la direction du CH Léon Binet sur les faits reprochés à l'intéressé.

4. D'autre part, la circonstance que la décision du 19 juillet 2022, qui a suspendu M. F de ses fonctions, qui n'est pas en litige, aurait été prise alors qu'à cette date le dossier disciplinaire ne comportait aucun écrit, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il en va de même de la circonstance que M. F n'aurait fait l'objet d'aucune audition administrative dès lors, ainsi que cela a été dit au point 3. du présent jugement, que les conditions dans lesquelles a été diligentée une enquête administrative sont sans incidence sur la régularité de la procédure disciplinaire. En tout état de cause, M. F a été reçu en entretien le 19 juillet 2022 afin de s'expliquer sur les faits qui lui étaient reprochés. De surcroît, à supposer que M. F ait entendu soutenir qu'il n'aurait pas été auditionné au cours de la procédure disciplinaire, il ressort des pièces du dossier qu'il a été convoqué à un entretien préalable à son licenciement fixé au 14 novembre 2022 auquel il a refusé de se rendre. En outre, M. F ne saurait se prévaloir de l'absence, dans son dossier disciplinaire, du rapport du médecin psychiatre s'étant prononcé sur l'absence de caractère délirant des propos tenus par M. D dès lors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que ce spécialiste aurait établi un rapport écrit que l'administration se serait dispensée de verser à son dossier.

5. Il suit de là que le moyen analysé au point 2. du présent jugement ne peut qu'être écarté en toutes ses branches.

6. En deuxième lieu, M. F, qui, sous l'intitulé " A. Sur la méconnaissance des principes d'impartialité et de loyauté inhérents à toute procédure disciplinaire ", fait valoir qu'" il en résulte également un vice de motivation, en ce que les décisions litigieuses reposent sur un dossier insuffisant ", ne peut être regardé comme soulevant le moyen distinct tiré du défaut de motivation de la décision attaquée, qui n'est pas indexé en tant que tel dans le plan de son argumentation.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. / Les dispositions de cet article sont applicables aux agents contractuels ". Aux termes de l'article 39 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / () ; / 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement. / La décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée. / () ". Aux termes de l'article 39-2 de ce décret : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal ".

8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. En outre, en matière disciplinaire, la charge de la preuve incombe à l'autorité administrative en charge des poursuites.

9. D'une part, M. F soutient que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas matériellement établis.

10. Il ressort des pièces du dossier et, notamment, de la décision contestée, que pour licencier sans indemnités ni préavis M. F, le directeur du CH Léon Binet lui a fait grief, d'une part, d'avoir commis des faits d'attouchements sexuels sur un patient et, d'autre part, d'avoir adopté " un comportement inapproprié () envers ses patients, ce comportement excédant les limites normales attendues dans un cadre professionnel soignant / patient ".

11. S'agissant des faits d'attouchements sexuels sur un patient, il ressort des pièces du dossier, et, notamment du rapport disciplinaire établi le 28 septembre 2022 par le directeur du CH Léon Binet et des comptes rendus d'entretiens réalisés dans le cadre de l'enquête administrative, que M. D, patient, alors âgé de 74 ans, admis en service de soins de suite et de réadaptation, a révélé, le 18 juillet 2022, à une infirmière du service, avoir été victime d'attouchements sexuels commis par M. F . Il ressort, ainsi, des termes du compte rendu d'entretien avec l'infirmière que le patient lui a spontanément confié que l'intéressé lui avait retiré son pantalon pour lui toucher " les parties intimes " et s'était baissé pour les " lui embrasser ", en précisant qu'il ne souhaitait plus qu'il vienne le voir dans sa chambre. Il ressort, par ailleurs, du compte rendu de l'entretien qui s'est déroulé le lendemain, soit le 19 juillet 2022, entre M. F, le chef de service et la cadre supérieure de santé, que M. D a confirmé ces faits d'attouchements sexuels, en soulignant que l'intéressé lui avait demandé si " ses parties étaient dures ", qu'il lui aurait " caressé les jambes " sur le pyjama, puis aurait constaté qu'il ne portait pas de protection sous son pyjama avant de lui baisser son pantalon pour caresser et embrasser son sexe. Du compte rendu établi, le 3 août 2022, par la cadre supérieure de santé, il ressort que la tutrice de M. D, a été avertie le 1er août 2022 des faits dénoncés par ce dernier et s'est entretenue le lendemain avec lui. A cette occasion, M. D lui a confirmé les faits d'attouchements sexuels dans les mêmes termes. Si M. F, qui entend remettre en cause la fiabilité des propos tenus par M. D, soutient que ce dernier, qui est l'auteur de violences conjugales, aurait une " personnalité probablement psychotique ", cette allégation n'est étayée par aucun élément du dossier, et, ainsi que le relève le CH Léon Binet en défense, la circonstance qu'un patient soit suivi par un psychologue n'emporte pas pour conséquence que ses propos soient dépourvus de sincérité. Par suite, dès lors que les dénonciations de faits d'attouchements sexuels ont été réitérées à trois reprises entre le 18 juillet et le 2 août 2022, auprès de trois personnels de l'hôpital, dont le chef de service, et de la tutrice du patient, dans des termes similaires et concordants, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que la sincérité des témoignages ou celle des propos de M. D puisse être remise en cause, son psychiatre n'ayant, d'ailleurs, relevé aucun élément en faveur de propos inventés ou délirants, alors que M. D entretenait des relations apaisées et dénuées de conflit avec le requérant, le CH Léon Binet était fondé à considérer que les faits d'attouchements sexuels dénoncés étaient matériellement établis.

12. S'agissant du comportement inapproprié de M. F à l'égard de patients, il ne conteste pas avoir pour habitude de s'asseoir au bord de leur lit et avoir passé la main dans les cheveux de M. D en vue de le sensibiliser à l'hygiène personnelle. Il ne conteste pas davantage le fait d'avoir entretenu avec certains malades des relations en dehors de ses heures de service. Il ressort ainsi des comptes rendus d'entretien avec l'infirmière en soins palliatifs, l'infirmière en médecine interne, l'aide-soignante en médecine interne, l'infirmière en cancérologie, deux infirmières diplômée d'Etat en médecine interne, l'infirmière diplômée d'Etat en hôpital de jour et l'infirmière en médecine interne, que l'intéressé possédait les numéros de téléphone personnels de patients et / ou de leurs famille et qu'il entretenait des relations avec les patients après leur sortie d'hospitalisation ou en dehors des heures de service, sur un mode amical. Il ressort, également, de ces comptes rendus d'entretien que M. F rendait des services personnels aux malades tels que des achats, des courses, déplacer leur véhicule ou récupérer leur courrier. Par ailleurs, il ressort du rapport circonstancié établi par la cadre de pôle de médecine que M. F se connectait de manière répétée et très fréquente sur des dossiers de patients dont il n'était pas chargé du suivi et pour lesquels aucune demande de suivi n'avait été faite. Enfin, si le requérant conteste les comportements intrusifs envers les patients qui lui sont reprochés, il ressort, toutefois, des comptes rendus d'entretien concordants précédemment évoqués qu'il avait pour habitude d'écouter aux portes, d'entrer dans la chambre de patients sans y être invité, de ne pas sortir pendant la réalisation de soins et de s'informer sur les patients ou de les suivre. Dès lors, eu égard au nombre important de témoignages et à leur concordance, sans que ne ressorte des pièces du dossier une quelconque concertation entre les professionnels ayant témoigné, le directeur du CH Léon Binet était fondé à regarder comme établi le comportement inapproprié de M. F à l'égard des patients.

13. D'autre part, M. F soutient que les faits qui lui sont reprochés ne constituent pas des fautes de nature à justifier la sanction disciplinaire litigieuse.

14. Les faits d'attouchements sexuels reprochés à l'intéressé, qui sont de nature à porter atteinte de manière grave à la sécurité et la dignité des patients, caractérisent la méconnaissance des obligations d'intégrité, de probité et de dignité qui s'imposent aux agents publics, ainsi que le prévoit l'article L. 121-1 du code général de la fonction publique. Par ailleurs, les circonstances qu'il ait entretenu des relations avec les patients au-delà de son temps de travail et qu'il ait développé des méthodes de travail consistant à développer une relation personnalisée avec ses patients ne sont pas susceptibles de caractériser une grande implication dans sa mission de service public. En outre, en faisant valoir qu'il a des fonctions transversales et qu'il a vocation à consulter les transmissions, il ne contredit pas non plus sérieusement le caractère fautif des consultations injustifiées des dossiers des patients. Dès lors, les comportements de M. F envers les patients pouvaient être considérés par le directeur du CH Léon Binet comme inappropriés dès lors qu'ils excédaient les limites de la relation normale avec les patients, et constitutifs de fautes justifiant le prononcé d'une sanction disciplinaire.

15. Enfin, M. F se prévaut du caractère disproportionné de la sanction disciplinaire prononcée à son encontre au regard de la gravité des faits qui lui sont reprochés.

16. Toutefois, eu égard à la nature et à la gravité des faits d'attouchements sexuels reprochés à l'intéressé, lesquels ont été commis sur une personne âgée vulnérable, et compte tenu des implications graves que peuvent également entraîner les relations initiées avec les patients selon des modalités excédant le cadre normal de la relation avec le patient, M. F n'est pas fondé à soutenir que le CH Léon Binet aurait adopté à son encontre une sanction disproportionnée aux fautes retenues nonobstant la circonstance que certaines de ses évaluations étaient positives.

17. Il suit de là que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision litigieuse du 15 novembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

18. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 17. du présent jugement que la décision contestée du 15 novembre 2022 n'est entachée d'aucune illégalité fautive de nature à engager la responsabilité du CH Léon Binet. Dans ces conditions, M. M. F ne peut prétendre à être indemnisé des préjudices qu'il estime avoir subis.

19. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par le centre hospitalier Léon Binet et sans qu'il soit besoin d'ordonner la communication du dossier médical de M. D ni avant dire droit l'expertise médicale de ce dernier, que les conclusions aux fins d'annulation et d'indemnisation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CH Léon Binet, qui n'a pas la qualité de partie perdante à l'instance, la somme demandée par M. F sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

21. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. F la somme de 1 500 euros en application de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : M. F versera au centre hospitalier Léon Binet la somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C F et au

centre hospitalier Léon Binet.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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