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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2300438

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300438

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300438
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantDIARRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 janvier et 5 mars 2023, M. B A, représenté par Me Diarra, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2023 en tant que le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade en application des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ou, à défaut, en tant que descendant de français à charge avec la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est incomplet ;

- elles méconnaissent les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 août 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Luneau,

- et les observations de Me Diarra, représentant M. A, requérant présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1993 à Mohamed-Belouizdad (Algérie), a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations

du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien en qualité d'étranger malade. Par arrêté du

3 janvier 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté en tant que le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision portant refus de titre de séjour, qui vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment son article 8, ainsi que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise les principaux éléments de la situation administrative et familiale de M. A sur lesquels le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé pour rejeter sa demande de titre de séjour. Par ailleurs, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1, au demeurant visé par l'arrêté critiqué, n'a pas à faire l'objet d'une motivation en fait distincte de celle de la décision portant refus d'un titre de séjour dès lors que celle-ci est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées, qui ne se confond pas avec le

bien-fondé de ses motifs, manque en fait et ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé./ () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ". L'article 6 de ce même arrêté dispose : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () ".

5. Il ressort de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que celui-ci s'est prononcé, en formation collégiale, sur l'état de santé de M. A, sur les conséquences d'un défaut de prise en charge, et sur la possibilité pour lui de voyager sans risque vers son pays d'origine. Le collège de médecins ayant estimé que le défaut de prise en charge n'était pas susceptible d'entraîner pour M. A des conséquences d'une particulière gravité, il n'était dès lors pas tenu de se prononcer sur la possibilité pour l'intéressé de bénéficier effectivement d'un traitement dans son pays d'origine, ni sur la durée prévisible du traitement. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure tenant à l'incomplétude de l'avis du collège de médecins de l'OFII, en ce qu'il ne s'est pas prononcé sur l'existence d'un traitement approprié dans le pays d'origine du requérant, ni sur la durée des soins nécessaires, doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 : " (). / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () ; / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. / () ".

7. Pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet de Seine-et-Marne s'est, notamment, fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII dont il s'est approprié les conclusions, selon lequel, comme il a été dit au point 5. du présent jugement, l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces de nature médicale versées au débat par M. A qu'il est atteint d'une maladie génétique oculaire rare, la dystrophie des cônes qui est une atteinte rétienne dégénérative d'origine génétique, laquelle a été diagnostiquée en 2004. Il produit, à l'appui de ses allégations, un certificat médical du 12 juin 2015 d'un médecin spécialiste en génétique ophtalmologique de l'hôpital Necker qui atteste qu'il est suivi depuis 2009 pour cette pathologie et deux certificats des 30 novembre 2021 et 13 avril 2022 d'un praticien attaché au centre hospitalier national d'ophtalmologie des quinze-vingts qui précise que la pathologie dont il souffre entraîne un retentissement visuel important avec une baisse de l'acuité visuelle associée à une atteinte du champ visuel. Toutefois, ces éléments ne sont pas suffisants pour contredire sérieusement les conclusions du collège de médecins de l'OFII sur lesquelles s'est fondé le préfet de Seine-et-Marne. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A soutient qu'il dispose de liens familiaux intenses en France dès lors qu'il vit avec sa mère, de nationalité française, qui le prend en charge en raison de la pathologie invalidante dont il souffre et qu'elle dispose des ressources nécessaires pour l'accueillir. A l'appui de son argumentation, l'intéressé produit, outre deux certificats médicaux des 30 novembre 2021 et 13 avril 2022 d'un praticien attaché au centre hospitalier national d'ophtalmologie des

quinze-vingts, qui atteste que sa pathologie nécessite une aide pour les déplacements, les démarches et la réalisation des tâches quotidiennes, une attestation de sa mère du 4 janvier 2023 dans laquelle elle précise qu'il vit avec elle depuis sa venue en 2020 et qu'il est à sa charge. Toutefois, ces éléments ne sont pas suffisants pour démontrer que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors que M. A est présent en France seulement depuis moins de trois ans à la date des décisions attaquées, qu'il ne peut justifier d'une intégration particulière en France, qu'il n'est pas contesté qu'il est célibataire et sans enfant et qu'il ne démontre pas être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans et où réside son père. Dans ces circonstances, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2023 en tant que le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation, et par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de

Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Luneau, première conseillère,

M. Demas, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2300438

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