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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2300553

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300553

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLCA - LES CONSEILS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2217087 du 17 janvier 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis la requête de Mme B D, enregistrée le 16 décembre 2022, au tribunal administratif de Melun territorialement compétent.

Par cette requête, enregistrée sous le n° 2300553 au tribunal administratif de Melun, et un mémoire enregistré le 28 décembre 2022, Mme B D, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représentée par Me Traore, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions contenues dans l'arrêté du 15 décembre 2022 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) subsidiairement d'annuler la seule décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, le préfet s'étant cru en situation de compétence liée par le procès-verbal d'interpellation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet du Val-d'Oise, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Norval-Grivet, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G,

- les observations de Me Jeronimo, substituant Me Traore, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et fait notamment valoir que la requérante a non seulement en France sa sœur, qui l'héberge, mais également son frère, et qu'elle se trouverait en situation de dénuement en cas de retour dans son pays d'origine où elle n'a plus aucune attache familiale,

- et les observations de Mme D, assistée de M. C, interprète assermenté en langue arabe.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante tunisienne née le 16 mai 1978 à Zarzis (Tunisie) et qui déclare être entrée sur le territoire français en 2017 sous couvert d'un visa, a fait l'objet, à l'occasion d'une interpellation par les services de police, d'un contrôle au cours duquel il a été constaté qu'elle était en situation irrégulière sur le territoire français. Par arrêté du 15 décembre 2022, le préfet du Val-d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme D, placée en rétention administrative le même jour, demande l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. F A, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté n° 22-181 du préfet du Val-d'Oise du 30 novembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme D, dont les éléments sur lesquels le préfet du Val-d'Oise s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, en énonçant notamment que l'intéressée, interpelée le 14 décembre 2022 pour des faits de vol à l'étalage, déclare être entrée en France en 2017, munie de son passeport et sous couvert d'un visa qu'elle ne peut présenter, qu'elle s'est maintenue sur le territoire français au-delà de la validité de son visa sans accomplir de démarches pour obtenir un titre de séjour, et qu'elle est célibataire et sans charge de famille. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Val-d'Oise se serait estimé en situation de compétence liée au moment de prendre à l'encontre de Mme D une décision l'obligeant à quitter le territoire français.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :

1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Si Mme D fait valoir qu'elle a travaillé en France en 2018 en qualité d'aide-soignante et qu'elle réside avec sa sœur qui l'héberge et subvient à ses besoins, il ressort des pièces du dossier que la requérante est célibataire et sans enfant, qu'elle ne justifie pas d'une intégration suffisante au sein de la société française et qu'elle n'établit pas qu'elle serait dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans au moins. Dès lors, Mme D, qui s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français après la durée de validité de son visa, n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a, en édictant la décision en litige, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision critiquée a été prise et méconnu, ainsi, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

10. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français est motivée par les circonstances qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à Mme D, que celle-ci se maintient en situation irrégulière depuis son entrée en France, qu'elle est célibataire et sans enfant et qu'elle ne justifie d'aucune circonstance particulière. Cette décision distincte est donc suffisamment motivée à l'aune des dispositions, mentionnées au point 8, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation, à le supposer soulevé, ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, Mme D ne justifiant d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à l'édiction de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, elle n'est pas fondée à soutenir que cette décision serait entachée d'erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme D doit être rejetée, y compris par voie de conséquence dans ses conclusions à fin d'injonction et dans ses conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet du Val-d'Oise.

Lu en audience publique le 27 janvier 2023 à 15h40.

La magistrate désignée,La greffière,

Signé : S. G Signé : Mme E

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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