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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2300587

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300587

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 janvier et 3 mars 2023,

Mme A B, représentée par la Sas Itra consulting, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai d'un mois pour rejoindre le pays dont elle a la nationalité ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour renouvelable une fois et l'autorisant à travailler, ou, à titre encore subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'erreur d'appréciation des éléments constitutifs de sa situation dès lors que : elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; les motifs de rejet de sa demande de titre de séjour sont la traduction d'une appréciation parcellaire des éléments de sa situation personnelle au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire Valls ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la préfète du Val-de-Marne n'a pas pris en compte, au titre de son pouvoir d'appréciation, les éléments relatifs à son état de santé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est, à titre principal, illégale en ce qu'elle a été prise en méconnaissance de plusieurs dispositions légales et en " déphasage avec les considérations de faits qui caractérisent l'essence de [sa] vie sur le territoire français " ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle constitue un traitement inhumain et dégradant au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est entachée de forclusion et ne peut qu'être rejetée comme irrecevable ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 4 octobre 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise née en 1975 à Kinshasa, a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 décembre 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai d'un mois pour rejoindre le pays dont elle a la nationalité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

3. D'une part, si Mme B a, dans le dernier état de ses écritures et sous l'intitulé " II. Discussion ", invoqué au titre du " B. Sur la motivation de l'arrêté contesté ", l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 22 décembre 2022 en tant qu'il porte refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, elle a, également, au vu de l'argumentation qu'elle a développée, fait valoir que " l'autorité administrative n'a[vait] pas fait une étude sérieuse et approfondie de l'ensemble des éléments de [sa] situation ". Toutefois, à défaut d'avoir indexé ce moyen, elle ne peut être regardée comme l'ayant soulevé.

4. D'autre part, la décision portant refus de séjour, qui vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 8, et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle, familiale et professionnelle de Mme B. La décision contestée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et répond aux exigences de motivation, qui ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs de la décision attaquée, requises par les dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, serait insuffisamment motivée dès lors qu'elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision portant refus de séjour en application du deuxième alinéa précité de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

6. D'une part, en présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

7. Mme B soutient que la préfète du Val-de-Marne a inexactement apprécié sa situation dès lors qu'elle n'a pas pris en compte l'ancienneté de son séjour de dix ans sur le territoire français, qui constitue un motif exceptionnel, qu'elle occupe un emploi stable depuis 2017 et qu'elle justifie de l'effectivité d'une résidence significative. D'une part,

Mme B établit, par la production de bulletins de salaires, exercer une activité professionnelle au sein d'une entreprise de propreté depuis le 1er janvier 2017 et produit, à l'appui de son argumentation, un contrat à durée déterminée saisonnier à temps partiel signé le

12 juillet 2016 et courant du 12 juillet 2016 au 11 septembre 2016 et un avenant du

12 novembre 2016 transformant ce contrat en contrat à durée indéterminée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'avenant qu'elle a signé le 1er avril 2017 a uniquement augmenté la durée de travail à 108 h 33 par mois et qu'elle n'a, par ailleurs, pas travaillé les mois d'avril et de mai 2020, de novembre 2021 et en 2022. Ainsi et en tout état de cause, à supposer même que la préfète du Val-de-Marne ne pouvait lui opposer la circonstance qu'elle ne justifie pas d'un contrat de travail réglementaire à temps plein rémunéré au SMIC, elle aurait pris, au vu des éléments précédemment rappelés, la même décision. Dans ces conditions, ces éléments ne permettent pas de caractériser une intégration professionnelle suffisante de Mme B susceptible de constituer un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, Mme B ne peut justifier de l'ancienneté de son séjour en France et, notamment, résider sur le territoire français depuis plus de dix ans en produisant pour l'année 2012 uniquement deux pièces médicales et aucune pièce de septembre 2014 à juillet 2015. Enfin, Mme B ne peut se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants en situation irrégulière dont les dispositions ne constituent que des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation et sont dépourvues de valeur réglementaire. Dans ces circonstances, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait apprécié de manière parcellaire les éléments de sa situation personnelle au regard de l'article L. 435-1 et qu'elle aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7. du présent jugement que Mme B ne peut justifier résider en France depuis plus de dix ans. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la procédure serait viciée à défaut pour la préfète du Val-de-Marne d'avoir saisi la commission du titre de séjour. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Mme B fait valoir qu'elle souffre d'une maladie mentale qui nécessite qu'elle soit suivie par des spécialistes, ce qui n'est pas possible dans son pays d'origine, et qu'elle exerce une activité professionnelle depuis de nombreuses années qui entre dans le cadre de sa vie privée. Toutefois, elle n'apporte aucun élément précis sur les liens qu'elle aurait noués en France malgré la durée de présence dont elle se prévaut. Par ailleurs, elle n'établit ni n'allègue qu'elle serait dépourvue de toute attache privée et familiale dans son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge trente-sept ans et alors même qu'il ressort des termes de la décision attaquée que sa mère, ses trois enfants, un frère et deux sœurs résident à l'étranger. Ainsi, compte tenu de ce qui précède et des considérations énoncées au point 7. du présent jugement, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision critiquée a été prise et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En quatrième lieu, et contrairement à ce que soutient Mme B, dès lors qu'elle n'a pas sollicité son admission au séjour en application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du

Val-de-Marne n'était pas tenu d'examiner d'office si elle pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, Mme B ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de la décision attaquée, de la circonstance qu'elle remplirait les conditions prévues par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, les pièces produites par Mme B , composées notamment d'un certificat médical du 14 mai 2016 d'un médecin psychiatre officiant à Strasbourg et attestant qu'il la suit depuis le mois de septembre 2013 pour une névrose post-traumatique, et d'une étude menée par l'organisation suisse d'aide aux réfugiés concernant l'accès aux soins psychiatriques en République démocratique du Congo, ne permettent pas d'établir que la préfète du Val-de-Marne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire.

13. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2. à 12. du présent jugement que la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité entachant la décision de refus de séjour ne peut qu'être écarté.

14. En sixième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'implique pas, par elle-même, le retour de Mme B dans son pays d'origine.

15. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur " la forclusion " invoquée en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 22 décembre 2022. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles qu'elle a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Luneau, première conseillère,

M. Kourak, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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