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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2300894

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2300894

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2300894
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantMULAND DE LIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Muland de Lik, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté, en date du 6 janvier 2023, par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification dudit arrêté et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

3°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Muland de Lik renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour au titre de l'asile est intervenue sans qu'il ait pu bénéficier de son droit d'être entendu ;

- la décision refusant de l'admettre au séjour est entachée d'un défaut de motivation, en violation des dispositions de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle méconnaît de la circulaire du 25 janvier 1990 et notamment son article 1.1.1, ne comportant aucune énonciation relative à la situation précise du requérant en France ;

- elle ne comporte en outre aucune indication précise des circonstances s'opposant à une éventuelle régularisation du requérant révélant un défaut d'examen de sa situation personnelle et ne vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que d'une manière générale ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de ne pas subir des traitements inhumains et dégradants, ainsi qu'à son droit au respect de sa vie privée, en cas de retour dans sa région natale de Mopti, cette région étant occupée par des djihadistes depuis 2012 ;

- c'est au prix d'une erreur manifeste d'appréciation que l'administration préfectorale a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation qui démontre que l'autorité administrative n'a pas procédé à un examen individuel et approfondi de sa situation ;

- elle n'indique pas sur quoi elle se fonde pour dire qu'il ne court aucun danger en cas de retour dans son pays, les informations de plusieurs sources publiques confirmant l'état de violence aveugle de grande intensité qui règne dans la région de Mopti ;

- l'obligation de quitter le territoire français sera annulée par la voie de l'exception d'illégalité dès lors qu'elle n'est que la conséquence d'une décision illégale de refus de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée, sa motivation ne révélant aucun examen propre aux effets de cette décision, notamment au regard des critères fixés par les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la circonstance que le demandeur ait été débouté du droit d'asile ne fait pas obstacle à ce que des risques lui soient reconnus, le préfet n'étant pas lié par l'appréciation de l'OFPRA et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- victime de persécutions dans son pays, il n'a pu obtenir le soutien des autorités et a ainsi rejoint la France pour y être protégé ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales concernent non seulement la vie familiale des individus mais également leur vie privée ;

- en l'espèce, la décision de la préfète n'a pas cherché à connaître des liens personnels et amicaux de M. B en France ni si sa décision porte atteinte au droit du requérant à la vie privée au regard du but poursuivi qui, au demeurant n'est pas établi ;

- par ailleurs, aucune nécessité impérieuse liée à l'ordre public ne peut justifier l'empressement de la préfecture à faire partir au plus vite M. B.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Declercq, président honoraire, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Declercq,

- et les observations de Me El Assad, représentant la préfète du Val-de-Marne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h53.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien, qui est entré en France à une date indéterminée, a présenté une demande d'admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande ayant été rejetée par l'OFPRA dans une décision du 27 avril 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile dans une décision du 15 décembre de la même année, notifiée le jour même, la préfète du Val-de-Marne lui a, par un arrêté du 6 janvier 2023, fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". M. B ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ".

4. La requête de M. B, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA dans une décision du 27 avril 2022 confirmée le 15 décembre de la même année par la Cour nationale du droit d'asile, est dirigée, dans un premier temps, contre deux décisions figurant dans un même arrêté de la préfète du Val-de-Marne, en date du 6 janvier 2023, la première lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la seconde fixant son pays d'origine, le Mali, comme pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Toutefois, dans sa requête, M. B se prévaut également de l'illégalité d'une décision portant refus de séjour, qui peut être regardée comme correspondant à l'article 1er de l'arrêté litigieux, aux termes duquel : " l'admission au séjour de M. A B est refusée ".

5. A l'encontre de chacune de ces trois décisions M. B invoque, en premier lieu, le caractère insuffisant de leur motivation. Toutefois, dès lors que l'arrêté litigieux, qui vise les textes applicables et ne se borne pas à viser le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une manière générale, et qui mentionne que la demande d'asile présentée par le requérant a été rejetée successivement par l'OFPRA et la Cour nationale du droit d'asile, en indiquant les dates des décisions, avant de faire ensuite état de leur conséquence sur la délivrance des titres de séjour envisagés puis d'évoquer, avant de les écarter, les solutions alternatives, est ainsi suffisamment motivé, cette motivation ne témoignant pas, ainsi, d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant.

6. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé, lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Le droit d'être entendu implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusée à l'étranger, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande d'asile. Dès lors, le moyen sus-analysé, qui est tiré par M. B de la méconnaissance de son droit d'être entendu, sera lui aussi écarté.

7. En troisième lieu, si M. B soutient que les décisions lui refusant le séjour au titre de l'asile, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ont été prises en méconnaissance, d'une part, des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", d'autre part, des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes desquelles : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ", d'une part, il ressort des pièces que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 27 avril 2022, par une décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 décembre 2022 qu'il n'appartient pas au tribunal de contrôler et donc de remettre en cause, d'autre part que M. B, qui ne justifie pas de son origine géographique et n'apporte aucune précision sur son appartenance ethnique ni, d'ailleurs, sur les persécutions qu'il aurait subies dans son pays d'origine, n'indique pas non plus pour quel motif il ne pourrait, s'il le souhaitait, se réinstaller dans une autre région que dans la région de Mopti. Ces moyens seront donc également écartés.

8. En quatrième lieu, si M. B se prévaut des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ", il n'apporte aucune précision sur les liens qu'il aurait construits en France et auxquels il serait porté atteinte, se bornant à se livrer à des considérations générales sur les stipulations invoquées.

9. Enfin, la mesure litigieuse a pu être prise légalement au seul motif que le requérant se maintenait irrégulièrement sur le territoire français, sans qu'il eût été nécessaire d'établir, avant de décider de son éloignement, qu'il y avait nécessité, impérieuse pour l'ordre public, à le faire.

10. Ce dernier moyen sera ainsi également écarté et la requête de M. A B devra, en conséquence, être rejetée y compris, du fait du rejet de ses conclusions principales tendant à l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté litigieux du 6 janvier 2023, s'agissant de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de ses conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète du Val-de-Marne et à Me Muland de Lik.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. DECLERCQLa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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