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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301139

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301139

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantTAJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 février 2023, M. A C, représenté par Me Taj, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 décembre 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

S'agissant de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour,

- la décision contestée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée par le défaut de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 512-3 et L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 11 de la déclaration universelle des droits de l'homme, 9 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et 6§2 de la convention européenne des droits de l'homme relative à la présomption d'innocence ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français,

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination,

- l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité cette décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les conclusions de M. Freydefont, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant pakistanais né en 1987, est entré en France selon ses déclarations le 29 août 2013. Il a bénéficié de la protection subsidiaire du 4 septembre 2015 au 19 mars 2021 et a demandé le renouvellement du titre de séjour dont il bénéficiait. Par arrêté du 23 décembre 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, l'intéressé demande l'annulation de ces décisions.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, M. B, sous-préfet de l'arrondissement de Nogent-sur-Marne, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète du Val-de-Marne par arrêté n° 2021/659 en date du 1er mars 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs le même jour et, au demeurant, visé dans l'arrêté contesté, notamment à l'effet de signer les " décisions () relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Nogent-sur-Marne ", à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de délivrance de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, en particulier les éléments ayant trait à la situation personnelle et familiale de M. C et à ce qu'il constitue une menace pour l'ordre public, ainsi que la mention des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 412-5, L. 432-1, L. 432-2 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C.

5. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. C soutient qu'il est présent en France depuis le 29 août 2013, qu'il a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, qu'il y a vécu majoritairement sous couvert de titres de séjour et de récépissés, qu'il est parfaitement intégré, qu'il partage les valeurs républicaines, qu'il justifie de sa maîtrise du français, qu'il dispose d'un contrat à durée indéterminée et qu'il a perdu tous ses contacts au Pakistan. Toutefois, il est célibataire et sans enfant, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans, et ne justifie pas de liens privés sur le territoire inscrits dans la durée et la stabilité. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement des mentions non contestées de l'arrêté attaqué, qu'il a été condamné le 29 octobre 2018 par le tribunal correctionnel de Créteil à un an d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité et de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Eu égard à la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, sa présence en France constituait une menace à l'ordre public à la date d'édiction de la décision contestée. Ainsi et compte tenu des conditions de son séjour sur le territoire national, ladite décision n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

7. En cinquième lieu, si le requérant invoque la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, un tel moyen est inopérant à l'appui de la contestation d'une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "bénéficiaire de la protection subsidiaire" d'une durée maximale de quatre ans () ". Aux termes de l'article L. 512-3 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides met fin, de sa propre initiative ou à la demande de l'autorité administrative, au bénéfice de la protection subsidiaire lorsque les circonstances ayant justifié l'octroi de cette protection ont cessé d'exister ou ont connu un changement suffisamment significatif et durable pour que celle-ci ne soit plus requise. L'office met également fin à tout moment, de sa propre initiative ou à la demande de l'autorité administrative, au bénéfice de la protection subsidiaire dans les cas suivants : 1° Le bénéficiaire de la protection subsidiaire aurait dû être exclu de cette protection pour l'un des motifs prévus à l'article L. 512-2 ; 2° La décision d'octroi de la protection subsidiaire a résulté d'une fraude ; 3° Le bénéficiaire de la protection subsidiaire doit, à raison de faits commis après l'octroi de la protection, en être exclu pour l'un des motifs prévus à l'article L. 512-2. Par dérogation au premier alinéa, la protection subsidiaire est maintenue lorsque son bénéficiaire justifie de raisons impérieuses tenant à des atteintes graves antérieures pour refuser de se réclamer de la protection de son pays ". Enfin, aux termes de l'article R. 531-19 du même code : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

9. Si M. C soutient que les dispositions précitées ont été méconnues par la préfète du Val-de-Marne, dès lors que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dont il est fait état, ne lui a pas été notifiée, il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé Télemofpra produit par la préfète du Val-de-Marne et qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que par une décision du 19 mars 2021, qui lui a été notifiée le 13 avril suivant, l'Office a exclu le requérant du bénéfice de la protection subsidiaire. Par ailleurs, il ressort du même relevé que M. C a contesté cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile qui a rejeté cette contestation par ordonnance n° 21022927 du 12 juillet 2021. Dans ces conditions, le requérant ne saurait sérieusement soutenir que la décision de l'Office précité du 19 mars 2021 ne lui aurait pas été notifiée et que la décision contestée méconnaîtrait dès lors les dispositions des articles L. 424-9 et L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En septième lieu, le requérant soutient que le principe de sa présomption d'innocence protégée par les dispositions des articles 11 de la déclaration universelle des droits de l'homme, 9 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et 6§2 de la convention européenne des droits de l'homme aurait été méconnu par la préfète du Val-de-Marne en ce que les signalisations effectuées par les services de police et citées dans l'arrêté contesté n'ont donné lieu à aucune poursuite et donc à aucune condamnation. Toutefois, la préfète du Val-de-Marne aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur la condamnation citée au point 6 qui suffit à établir que la présence de M. C constituait une menace à l'ordre public à la date d'édiction de la décision contestée. Pour le même motif, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

11. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

12. Si M. C soulève un vice de procédure tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en violation des dispositions précitées, il résulte de ce qui a été développé précédemment que le requérant ne remplissait pas les conditions pour se voir renouveler un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que par décision du 19 mars 2021, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides l'a exclu du bénéfice de la protection subsidiaire, ni pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit. Par suite, en application des dispositions de l'article L. 432-13 précité du même code, la préfète du Val-de-Marne n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, les moyens tirés du vice d'incompétence, du défaut d'examen et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

15. Si les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposent de motiver l'obligation de quitter le territoire français, elles la dispensent d'une motivation spécifique lorsque cette mesure assortit un refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour. Dès lors, la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, une motivation particulière. En l'espèce, la décision de refus de délivrance de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, ainsi qu'il a été dit au point 3. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il dispose d'un passeport en cours de validité et justifie d'une résidence stable, de sorte qu'il pouvait être envisagé une mesure d'assignation à résidence, un tel moyen est inopérant pour contester la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. Compte tenu de ce qui précède, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne en date du 23 décembre 2022 doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles au titre des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

Le rapporteur,

Signé : P. Meyrignac Le président,

Signé : N. Le Broussois

Le greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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