jeudi 10 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2301177 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | WANTOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 janvier et 31 juillet 2023, M. I D, représenté par Me Ahsan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir, d'une part, l'arrêté du 28 janvier 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette obligation, d'autre part, l'arrêté du même pour par lequel la même autorité lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de faire procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
-cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle est entachée d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;
-elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur dans la qualification juridique des faits en ce qu'elle retient que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ;
-elle est entachée d'inexactitudes matérielles ayant faussé l'appréciation portée par l'autorité administrative sur sa situation personnelle, notamment aux regard des conditions d'admission exceptionnelle au séjour prévues à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle retient qu'il n'établit pas sa présence effective sur le territoire français depuis 2019, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et, enfin, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
en ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
-cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français
- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits en ce qu'elle retient que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ;
-elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
en ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
-cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français
-elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
en ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
-cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
-elle est insuffisamment motivée ;
-elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits en ce qu'elle retient que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer selon la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur les recours en annulation dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français prises sur le fondement des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code et les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative notifiées simultanément, lorsque l'étranger n'est pas placé en rétention, assigné à résidence ou détenu.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. Zanella ;
-les observations de Me Cherouati, substituant Me Ahsan, représentant M. D, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et précisé que : le requérant n'avait pas fait usage des documents faux ou falsifiés trouvés en sa possession lors de son interpellation du 27 janvier 2023 par les service de police ; il n'avait jamais eu affaire à ces services auparavant ; il a payé le montant des amendes auxquelles il a été condamné ;
-et les observations de M. D, qui a répondu aux questions posées dans le cadre de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 23 septembre 1991, a fait l'objet, le 28 janvier 2023, d'un arrêté par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette obligation ainsi que d'un arrêté par lequel la même autorité lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Sa requête tend à l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée [] par la juridiction compétente ou son président []. ".
3. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de ces dispositions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police. " Aux termes de l'article R. 721-2 du même code : " Le préfet de département et, à Paris, le préfet de police sont compétents pour fixer le pays de renvoi d'un étranger en cas d'exécution d'office des décisions suivantes : / 1° La décision portant obligation de quitter le territoire français ; / 2° L'interdiction de retour sur le territoire français []. ".
5. D'une part, il ne résulte ni de ces dispositions, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire qu'un préfet de département ou, à Paris, le préfet de police ne serait pas territorialement compétent pour obliger un étranger à quitter le territoire français et assortir cette obligation d'une décision relative au délai de départ volontaire, d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français et d'une décision fixant le pays de renvoi lorsque l'intéressé a précédemment présenté une demande de titre de séjour auprès de la préfecture d'un autre département. Par suite, M. D, qui, au demeurant, n'établit pas, par la simple production d'une attestation de dépôt, au 16 décembre 2022, non pas d'une demande de titre de séjour mais d'une demande de rendez-vous en vue de la présentation ultérieure d'une première demande de titre de séjour, qu'il aurait présenté une demande de titre de séjour auprès de la préfecture du Val-de-Marne avant l'intervention du premier des deux arrêtés attaqués, ne peut utilement soutenir que le préfet du Val-de-Marne aurait été seul compétent, à l'exclusion du préfet de police, pour édicter l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet.
6. D'autre part, en vertu d'un arrêté n° 2023-00059 du préfet de police pris le 23 janvier 2023 et publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, la signataire de l'arrêté attaqué, Mme B C, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, avait reçu délégation à l'effet de signer, notamment, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de M. E F, préfet délégué à l'immigration, de M. J H, chef du service de l'administration des étrangers, et de Mme A G, cheffe du département zonal de l'asile et de l'éloignement, les décisions portant obligation de quitter le territoire français ainsi que les autres décisions d'éloignement dont de telles décisions peuvent être assorties. Or M. D, auquel la charge de la preuve incombe sur ce point, n'établit pas que MM. F et H et Mme G n'étaient pas simultanément absents ou empêchés lorsque les arrêtés attaqués sont intervenus.
7. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de Mme C pour signer le premier des deux arrêtés ne peut qu'être écarté dans ses deux branches.
8. En deuxième lieu, le premier des deux arrêtés attaqués vise les textes dont son auteur a entendu faire application, en particulier l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les 1° à 6° prévoient les cas dans lesquels l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français, l'article L. 612-2 du même code, dont les 1° à 3° prévoient quant à eux les cas dans lesquels l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire, et les articles L. 721-3 et L. 721-4 dudit code, relatifs à la désignation du pays à destination duquel un étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Cet arrêté, qui n'avait pas à faire état, à supposer qu'ils aient été portés à la connaissance de l'administration, de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, indique par ailleurs, notamment, les raisons pour lesquelles son auteur a estimé que M. D se trouvait dans le cas prévu au 2° du premier des quatre articles mentionnés ci-dessus ainsi que dans ceux prévus aux 1° et 3° du deuxième des quatre mêmes articles. Il indique en outre les raisons pour lesquelles son auteur a estimé ne pas porter, en le prenant, une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale et relève enfin que l'intéressé, dont il rappelle la nationalité algérienne, n'établit pas qu'il se trouverait exposé à des peines ou traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté en cause comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions d'éloignement qu'il contient. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de l'obligation faite à M. D de quitter le territoire français manque en fait.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / [] 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré [] ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public []. ".
10. Il ressort des termes du premier des deux arrêtés attaqués que, si le refus de délai de départ volontaire opposé à M. D est en partie fondé sur le 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation faite à l'intéressé de quitter le territoire français n'est quant à elle pas fondée sur le 5° de l'article L. 611-1 du même code mais seulement sur le 2° de cet article. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de police aurait inexactement qualifié les faits de l'espèce en estimant que le comportement du requérant constituait une menace pour l'ordre public ne peut être utilement invoqué à l'encontre de cette décision.
11. En quatrième lieu, de première part, il ne ressort pas des termes du premier des deux arrêtés attaqués que le préfet de police, qui a seulement relevé, à cet égard, que M. D était entré en France le 14 novembre 2019 " selon ses déclarations ", aurait retenu que l'intéressé n'établissait pas sa présence effective sur le territoire français depuis 2019. De deuxième part, il en ressort en revanche que c'est seulement pour caractériser l'existence d'un risque de soustraction à une obligation de quitter le territoire français permettant de refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire sur le fondement du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non pour édicter l'obligation de quitter le territoire français en litige, que le préfet de police a retenu que le requérant ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il ne présentait pas des documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il ne justifiait pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. De dernière part, M. D n'établit pas, ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 5, avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet. Dans ces conditions, l'ensemble des moyens critiquant l'exactitude matérielle des faits sur lesquels est fondée l'obligation de quitter le territoire français en litige doivent être écartés.
12. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard, notamment, à ce qui a été dit au point 8 du caractère suffisant de la motivation du premier des deux arrêtés attaqués, ainsi qu'à ce qui a été dit aux points 10 et 11, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation personnelle de M. D avant d'obliger celui-ci à quitter le territoire français.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
14. M. D soutient qu'à la date des arrêtés attaqués, il séjournait en France depuis novembre 2019, soit depuis un peu plus de trois ans, qu'il y occupait, depuis le 1er janvier 2020, un emploi sous contrat à durée indéterminée de vendeur lui procurant des revenus déclarés à l'administration fiscale, qu'il y a suivi plusieurs formations et qu'il y avait un frère titulaire d'un certificat de résidence d'un an valable jusqu'au 30 juin 2023. Toutefois, il ne conteste pas être célibataire sans enfant à charge et ne justifie pas entretenir des relations particulièrement intenses avec son frère, ni avoir noué des liens personnels en France. Il ressort par ailleurs de ses propres déclarations à l'audience qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, où résident ses parents et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas, en édictant l'obligation de quitter le territoire français en litige, porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but en vue duquel il a pris cette décision et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, il n'a pas davantage entaché ladite décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
16. Alors même que son exécution implique, par définition, que M. D cesse de séjourner et de travailler en France, l'obligation de quitter le territoire français en litige ne saurait pour autant être regardée comme ayant pour effet de placer l'intéressé dans une situation constitutive d'un traitement inhumain ou dégradant au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale. Le moyen tiré de sa contrariété à ces stipulations doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 6 que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire du premier des deux arrêtés attaqués pour refuser un délai de départ volontaire à M. D manque en fait.
18. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 8 que le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation du refus de délai de départ volontaire opposé à M. D manque également en fait.
19. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus aux points 2 à 16 que l'obligation faite à M. D de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle lui refusant un délai de départ volontaire.
20. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public [] ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour [] ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité [], qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale []. ".
21. S'il ressort des pièces du dossier, notamment de procès-verbaux de police dressés le 27 janvier 2023, que, lors d'un contrôle routier, M. D a présenté, en plus d'un permis de conduire algérien qui ne l'autorisait pas à conduire en France, une fausse " attestation de suivi de formation à la conduite des motocyclettes légères et des véhicules de la catégorie L5e " et qu'il était en outre en possession d'une carte d'identité italienne falsifiée, cette double circonstance ne saurait toutefois être regardée comme suffisant par elle-même à caractériser un comportement de l'intéressé constitutif d'une menace pour l'ordre public. Il apparaît par ailleurs qu'à la date des arrêtés attaqués, le requérant était possesseur d'un passeport valable jusqu'en 2025 et résidait de manière effective et permanente, en vertu d'un contrat d'occupation conclu le 6 décembre 2021, dans un local meublé en résidence sociale situé à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 2, M. D, qui ne conteste pas qu'il se maintenait alors sur le territoire français malgré l'expiration du visa " États Schengen " de type C valable du 14 novembre au 8 décembre 2019 sous le couvert duquel il y était entré, n'établit pas qu'il avait sollicité, à la même date, la délivrance d'un titre de séjour. Il se trouvait ainsi dans le cas prévu au 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Or il résulte de l'instruction que le préfet de police aurait pris à son égard la même décision s'il s'était fondé sur cette seule circonstance pour lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que cette décision serait entachée d'inexactitudes matérielles ainsi que d'une erreur dans la qualification juridique des faits en ce qu'elle retient que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public doivent être écartés.
22. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que le refus de délai de départ volontaire en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D doivent être écartés pour les mêmes raisons que celles exposées ci-dessus au point 14.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
23. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 6 que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire du premier des deux arrêtés attaqués pour fixer le pays de renvoi de M. D manque en fait.
24. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 8 que le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision fixant le pays de renvoi manque également en fait.
25. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 19, l'obligation faite à M. D de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle fixant son pays de renvoi.
26. En quatrième lieu, le requérant n'établit pas qu'il serait exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, au risque de subir la torture ou des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations, citées ci-dessus au point 15, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ne peut dès lors qu'être écarté.
27. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes raisons que celles exposées ci-dessus au point 14.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
28. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
29. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 6 que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire du second arrêté attaqué pour interdire le retour sur le territoire français à M. D manque en fait.
30. En deuxième lieu, le second arrêté attaqué, qui vise les dispositions dont son auteur a entendu faire application, notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et comporte des mentions attestant de la prise en compte par son auteur des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du même code, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de l'interdiction de retour sur le territoire français qu'il contient. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision manque également en fait.
31. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 19, l'obligation faite à M. D de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle lui interdisant le retour sur le territoire français.
32. En dernier lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée une décision d'interdiction de retour sur le territoire français et si cette décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
33. Eu égard à ce qui a été dit ci-dessus au point 14, et alors qu'il n'est fait état d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. D, il n'apparaît pas que, dans son principe ou sa durée, l'interdiction de retour sur le territoire français en litige porterait au droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle méconnaîtrait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, pour fixer à deux ans la durée de cette interdiction, le préfet de police a considéré que la présence de l'intéressé sur le territoire français représentait une menace pour l'ordre public. Or, d'une part, ce motif est, pour les raisons déjà exposées ci-dessus au point 21, entaché d'une erreur dans la qualification juridique des faits. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de police aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas retenu.
34. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté 28 janvier 2023 par lequel le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français en tant qu'il fixe la durée de cette interdiction à deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
35. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
36. Le présent jugement, qui n'annule pas la décision d'interdiction de retour sur le territoire français en litige dans son principe mais seulement dans sa durée, n'implique pas nécessairement que le signalement de M. D aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen soit supprimé. Les conclusions du requérant tendant à la suppression de ce signalement doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
37. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
38. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er :L'arrêté du préfet de police en date du 28 janvier 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français est annulé en tant qu'il fixe la durée de cette interdiction à deux ans.
Article 2 :L'État versera à M. D une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Les conclusions de la requête de M. D sont rejetées pour le surplus.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. I D et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 août 2023.
Le magistrat désigné,
Signé : P. ZANELLA
La greffière,
Signé : S. AÏT MOUSSALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. AÏT MOUSSA
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026