jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2301221 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | NERESTAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 8 février et 17 avril 2023, M. C A B, représenté par Me Nerestan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le délai de départ volontaire à trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa demande de titre de séjour et de statuer sur cette demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de la justice administrative.
M. A B soutient que :
- il remplit toutes les conditions pour obtenir une régularisation par le travail ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours est fondée sur une disposition contraire à la directive 2008/115/CE, et plus précisément à ses articles 7 et 14 ;
- le délai de départ volontaire de trente jours n'est pas approprié à sa situation ;
- la décision de délai de départ volontaire est entachée d'un vice de procédure tiré de la violation des droits de la défense et de l'absence d'observations préalables en méconnaissance de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et de l'article 41.2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'absence de motivation en violation de l'article 12 de la directive 2008/115/CE ;
- la décision fixant le pays de retour viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Freydefont ;
- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. A B, ressortissant colombien né le 9 avril 1991, a sollicité le 29 septembre 2022 du préfet de Seine-et-Marne un changement de statut par la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, ce qui lui a été refusé par le préfet par arrêté du 6 décembre 2022 portant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et décision fixant le pays de destination. Par la présente requête, M. A B demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. " Aux termes de l'article L. 5221-5 de ce code : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. " Si M. A B soutient qu'il remplit toutes les conditions pour obtenir une régularisation de sa situation au titre de son travail, il n'assortit ce moyen d'aucune précision quant aux dispositions législatives ou réglementaires applicables. En tout état de cause, s'il fait valoir habiter en France depuis trois ans à la date de sa requête, avoir travaillé pendant vingt-quatre mois dont huit dans les douze derniers mois, parler couramment français, ne pas représenter une menace pour l'ordre public, ne pas être en situation de polygamie, être titulaire d'un contrat à durée indéterminée et être accompagné par son employeur dans sa démarche de régularisation, il ne justifie pas ni même d'ailleurs n'allègue être titulaire de l'autorisation de travail prévue aux articles L. 5221-2 du code du travail. Par suite, contrairement à ce qu'il soutient, il ne remplit pas toutes les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de salarié.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a remplacé à compter du 1er mai 2021 l'article L. 511-1 : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () " Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. " Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
4. M. A B soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation. Toutefois, en application du deuxième alinéa de l'article L. 613-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français, mesure de police qui doit, comme telle, être motivée, se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter l'obligation de motivation. Or, il ressort des termes de l'arrêté querellé que celui-ci vise les dispositions du code relatives aux obligations de quitter le territoire et comporte les mentions de droit et de fait fondement de la décision de refus de titre. Il en résulte que l'obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation différente de celle du refus de titre. Si M. A B fonde son moyen sur la violation de l'article 12 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 dite " directive retour ", celle-ci a été transposée en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité, entrée en vigueur le 18 juillet 2011, de telle sorte que le requérant ne peut utilement s'en prévaloir.
5. En troisième lieu, l'arrêté attaqué, qui précise que M. A B ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé, est suffisamment motivé en tant qu'il fixe le délai de départ octroyé à l'intéressé.
6. En quatrième lieu, M. A B soutient que la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'un vice de procédure tiré de la violation des droits de la défense et de l'absence d'observations préalables en méconnaissance de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 et de l'article 41.2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, il ressort des dispositions du titre Ier du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des obligations de quitter le territoire français et des décisions fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui se sont substituées depuis le 1er janvier 2016 à celles de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, doit être écarté comme inopérant.
7. En outre, le droit d'être entendu consacré à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu faire parvenir tous les éléments relatifs à sa situation dans sa demande de titre ou en cours d'instruction de celle-ci. Il découle de ce qui précède que le préfet n'avait pas à entendre M. A B préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français et donc de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours qui en découle.
8. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. A B aurait justifié qu'à titre exceptionnel, un délai supérieur à trente jours lui soit accordé pour quitter le territoire français. En décidant de fixer, en application des dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne sont pas contraires à la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, à trente jours le délai de départ volontaire du requérant, le préfet de Seine-et-Marne n'a dès lors commis ni erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " M. A B se prévaut de ces stipulations contre la décision fixant le pays de destination en faisant valoir l'instabilité économique et politique de son pays d'origine, la Colombie. Toutefois, par un tel argument de nature très générale, le requérant ne démontre pas de manière probante qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour forcé dans son pays d'origine, soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. De plus, il est constant que l'intéressé est venu en France en août 2018 pour y poursuivre ses études et non pour demander l'asile. Enfin, depuis qu'il est en France, l'intéressé n'a jamais saisi l'Office français de protection des réfugiés et apatrides d'une quelconque demande d'asile ou de protection subsidiaire. Par suite, ce dernier moyen sera écarté comme infondé.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 6 décembre 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, seront également rejetées les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, M. A B ayant en tout état de cause été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 15 mars 2023.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Freydefont, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
Le rapporteur,
Signé : C. Freydefont
Le président,
Signé : N. Le Broussois Le greffier
Signé : G. Ngassaki
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026