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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301268

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301268

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBAOUZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2023, M. B A, représenté par Me Baouz, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a implicitement rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte de résident, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux formé le 28 novembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de résident ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ne sont pas motivées ;

- elles sont illégales en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988.

Par ordonnance du 28 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jean a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, est né le 23 octobre 1984. Il est entré en France le 10 juin 2018 sous couvert d'un visa long séjour, puis a obtenu une carte de séjour pluriannuelle " passeport talent - salarié en mission " valable du 21 septembre 2018 au 20 septembre 2022. Par un courrier du 3 avril 2022, dont il a été accusé réception le 13 avril 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour de dix ans sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988. En délivrant à M. A, le 5 novembre 2022, une carte de séjour pluriannuelle " passeport talent - salarié en mission ", la préfète du Val-de-Marne doit être regardée comme ayant opposé une décision implicite de rejet à sa demande de titre de séjour de dix ans. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision implicite de rejet, ainsi que la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté son recours gracieux formé le 28 novembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 : : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié ". / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants tunisiens visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. / Les autres ressortissants tunisiens ne relevant pas de l'article 1er du présent Accord et titulaires d'un titre de séjour peuvent également obtenir un titre de séjour d'une durée de dix ans s'ils justifient d'une résidence régulière en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence professionnels ou non, dont ils peuvent faire état et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande (). ".

3. Il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté par la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas défendu dans la présente instance, que M. A justifie d'un séjour régulier depuis son entrée en France le 10 juin 2018, soit depuis plus de trois années à la date de la décision attaquée. Le contrat de travail, les avis d'imposition et les bulletins de salaire produits par le requérant permettent par ailleurs d'établir qu'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée à temps complet depuis le 11 juin 2018, qu'il exerce les fonctions d'ingénieur qualité automaticien et perçoit, à ce titre, une rémunération largement supérieure au salaire minimum de croissance. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. A est titulaire d'une carte de résident valable du 24 janvier 2023 au 23 janvier 2033, qu'elle est titulaire d'un contrat de travail à durée déterminée et que leur fils, né en 2017, est scolarisé en France depuis 2020. Ainsi, compte tenu de la durée de sa résidence en France et des justificatifs apportés par M. A quant à ses moyens d'existence, la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant sa demande de délivrance d'un titre de séjour de dix ans. Le requérant est, par voie de conséquence, fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, qu'un titre de séjour de dix ans soit délivré à M. A. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a implicitement refusé de délivrer une carte de résident à M. A, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux formé le 28 novembre 2022, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à M. A un titre de séjour de dix ans sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988, dans le délai de trois mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé : A. Jean Le président,

Signé : N. Le Broussois

Le greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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