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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301270

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301270

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 8 février et 8 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande d'admission au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention "salarié" ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Mme A soutient que :

- sa requête est recevable car déposée dans le délai de trente jours suivant notification de l'arrêté litigieux le 11 janvier 2023 ;

- les décisions attaquées sont entachées d'insuffisance de motivation en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elles sont entachées d'erreur d'appréciation de sa situation en méconnaissance des articles L. 423-22, L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour ;

- elles violent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur de droit par méconnaissance par la préfète de son pouvoir de régularisation ;

- elles méconnaissent la circulaire du 28 novembre 2012 dite " circulaire Valls " ;

- enfin, l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, le sous-préfet de Nogent-sur-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :

- aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- la requête est irrecevable car forclose.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Freydefont ;

- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que Mme B A, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 12 septembre 1998, a sollicité de la préfète du Val-de-Marne son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui lui a été refusée par la préfète par arrêté du 21 décembre 2022 notifié le 11 janvier 2023 portant également obligation de quitter le territoire français. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces deux décisions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () " Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () " Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

3. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il comporte les considérations de droit et de fait fondement de la décision de refus d'admission au séjour opposée à Mme A puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 423-22, L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que l'intéressée ne justifie pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1, qu'elle ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 423-22 puisqu'elle a été confiée tardivement à l'aide sociale à l'enfance à l'âge de 17 ans et 7 mois, qu'elle ne remplit pas non plus les conditions de l'article L. 435-3 puisqu'elle n'a pas démontré être engagée dans une formation professionnelle qualifiante ayant débuté sa scolarisation en septembre 2018. L'arrêté précise également que les conditions d'obtention d'un titre portant la mention "étudiant" ne sont pas remplies puisque Mme A est démunie de visa long séjour. Enfin, l'arrêté indique que la requérante est célibataire, sans enfant, qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales à l'étranger et que, dans ces conditions, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale. Il résulte de ce qui précède que le refus d'admission au séjour est suffisamment motivé.

4. D'autre part, en application du deuxième alinéa de l'article L. 613-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français, mesure de police qui doit, comme telle, être motivée, se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter l'obligation de motivation. Or, il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les dispositions du code relatives aux obligations de quitter le territoire et il résulte de ce qui a été développé au point précédent que le refus de titre de séjour est motivé. Il en résulte que l'obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation différente de celle du refus de titre.

5. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède sur la motivation de l'arrêté que la préfète a suffisamment examiné la situation de Mme A avant de prendre à son encontre l'arrêté contesté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. " Mme A soulève la violation de ces dispositions en faisant valoir qu'elle en remplit les conditions. Toutefois, il n'est pas contesté que la requérante n'a été confiée à l'aide sociale à l'enfance qu'à l'âge de dix-sept ans et sept mois et qu'elle ne peut donc se prévaloir de l'article L. 423-22 précité qui exige un placement à l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour des seize ans du demandeur. Par suite, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation en refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. Si Mme A se prévaut des stipulations et dispositions précédentes, il n'est pas contesté qu'elle est célibataire, sans enfant et que son insertion professionnelle est récente puisque la requérante n'a obtenu son premier contrat à durée déterminée que le 25 juillet 2022 et son premier contrat à durée indéterminée que le 1er novembre 2022, soit respectivement moins de six mois et moins de deux mois avant l'arrêté contesté. De plus, si la requérante fait valoir que son père est décédé, elle ne démontre pas, par cette seule circonstance, être dépourvue d'autres attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, la préfète n'a porté aucune atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc violé ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire".

10. Si Mme A se prévaut des dispositions précédentes de l'article L. 435-1, il résulte de sa situation personnelle, familiale et professionnelle telle que décrite au point 8 que la requérante ne justifie ni de motifs exceptionnels, ni de considérations humanitaires pour se voir admettre exceptionnellement au séjour, que ce soit au titre de la vie privée et familiale ou au titre du travail. Par suite, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que la préfète a refusé à Mme A le bénéfice des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. " Si Mme A soulève la violation de ces dispositions, et s'il n'est pas contesté qu'elle a été confiée à l'aide sociale à l'enfance à l'âge de dix-sept ans et sept mois, soit entre seize et dix-huit ans, elle ne démontre ni même d'ailleurs n'allègue avoir déposé une demande de titre de séjour sur ce fondement dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, soit entre le 12 septembre 2016 et le 11 septembre 2017, plus de cinq avant que ne soit pris l'arrêté contesté. Par suite, ce moyen sera écarté comme inopérant.

12. En septième lieu, si Mme A soulève une erreur de droit en ce que la préfète n'a pas usé de son pouvoir de régularisation, un tel pouvoir ne demeure qu'une possibilité.

13. En huitième lieu, Mme A ne saurait utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ladite circulaire étant dépourvue de valeur réglementaire.

14. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède sur la légalité de la décision de refus de titre que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus d'admission au séjour qui lui est opposé.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté préfectoral du 21 décembre 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Freydefont, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

Signé : C. Freydefont

Le président,

Signé : N. Le Broussois Le greffier

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Le greffier,

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