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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2301272

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2301272

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2301272
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSADFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés le 9 février 2023 et le 21 février 2023, Mme A B, représentée par Me Sadfi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 5 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de retour à trente jours :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 février 2023 et le 8 septembre 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 24 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jean,

- les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public,

- et les observations de Me Sadfi, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne, née en 1990, est entrée en France le 29 août 2017 sous couvert d'un visa de long séjour pour études. En 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour, sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par arrêté du 5 janvier 2023, la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande et l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et mentionne différents éléments de la situation personnelle, familiale et professionnelle de la requérante. Il contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondée la préfète du Val-de-Marne pour refuser à l'intéressée le renouvellement de son titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Si Mme B fait valoir qu'elle réside régulièrement sur le territoire français depuis le 29 août 2017, qu'elle justifie d'une insertion professionnelle et d'une communauté de vie avec M. C, son partenaire pacsé de nationalité française, il ressort des pièces du dossier que la conclusion de leur pacte civil de solidarité, le 13 juillet 2021, est récente et que leur vie commune n'est pas établie avant cette date. Par ailleurs, ainsi que le relève la décision attaquée, la requérante ne justifie pas de son insertion professionnelle dans la société française dès lors qu'elle n'a perçu aucun revenu depuis août 2021. Enfin, l'intéressée n'établit pas être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine dans lequel elle a résidé jusqu'à l'âge de 27 ans. Dans ces conditions, la préfète du Val-de-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu stipulations du 5. de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Ainsi qu'il a été dit au point 2, la préfète du Val-de-Marne a suffisamment motivé la décision par laquelle elle a rejeté la demande de renouvellement de titre de Mme B. Par conséquent, il y a lieu d'écarter le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

5. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour les motifs exposés au point 3, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le délai départ volontaire :

6. Aux termes l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne aurait, dans les circonstances de l'espèce, commis une erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas à Mme B, à titre exceptionnel, un délai de départ supérieur à trente jours.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Freydefont, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé : A. Jean Le président,

Signé : N. Le Broussois

Le greffier,

Signé : G. Ngassaki

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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